Guerre commerciale Etats-Unis / Chine : aux sources du clash

Guerre commerciale Etats-Unis / Chine : aux sources du clash

Vent de panique sur le commerce transpacifique. En menaçant de priver la marque Huawei des fonctionnalités d’Android, Google a marqué le dernier point dans la partie qui oppose les Etats-Unis à la Chine depuis plus d’un an. Des deux côtés, on n’hésite pas à parler de guerre commerciale. Comment en est-on arrivé là ? 

Tout a commencé en mars 2018, lorsque le Président nouvellement investi a décidé d’une hausse des taxes sur l’acier et l’aluminium. Une décision prise sur la foi d’un rapport concluant à l’existence de pratiques déloyales de la part d’entreprises chinoises.

La tension a continué de monter tout au long de l’année, avec une succession d’annonces et de mesures de part et d’autre. Chaque fois que Donald Trump s’est fait menaçant, la Chine a répondu dans les 48 heures, en promettant des taxes visant les entreprises américaines. L’escalade s’est produite en septembre, lorsque Washington a imposé des taxes de 10% sur 200 milliards de dollars d’importations chinoises.

Après une trêve hivernale, les hostilités ont repris le 10 mai dernier, lorsque Trump a mis à exécution sa menace d’une nouvelle hausse du tarif douanier. Le 15 mai, il adoptait un décret interdisant aux réseaux américains de télécoms de se fournir en équipements auprès de sociétés étrangères jugées à risque. C’est sur la base de ce décret que Google a annoncé suspendre ses relations avec Huawei.

Devant l’émoi provoqué par cette décision, l’administration américaine a voulu temporiser, même s’il est toujours question de taxer l’ensemble des biens et services chinois sur le sol américain si aucun accord n’est trouvé d’ici fin juin. Car tous ces événements se déroulent alors qu’ont lieu des négociations autour d’un accord commercial censé poser les règles du commerce transpacifique.

Pourquoi Trump s’est-il lancé dans ce bras de fer avec la Chine ?

Le Président Trump ne s’en est jamais caché : il veut rendre son pays plus grand, plus sûr, plus protégé. Dans cette optique, les taxes visent à redonner de l’oxygène à une industrie américaine menacée. Et accessoirement, à séduire les classes moyennes désenchantées par la mondialisation sur lesquelles il compte pour sa réélection.

C’est aussi une question de croyance dans le fonctionnement du commerce mondial. Persuadé que l’état actuel des choses est défavorable aux partenaires historiques, surtout depuis l’entrée de la Chine dans l’OMC, Trump espère des changements structurels profonds. Il n’a de cesse de mettre en avant le montant colossal du déficit commercial entre les deux pays, qui s’élevait en 2018 à 419 milliards de dollars uniquement pour les biens. Nombre d’observateurs soulignent toutefois qu’il s’agit d’un chiffre trompeur car il inclut la production délocalisée de biens estampillés US. En d’autres termes, la maîtrise de la supply chain reste en grande partie américaine, et donc la création de valeur.

Pour beaucoup, le vrai enjeu est ailleurs : dans la lutte pour le leadership technologique qui oppose Pékin à Washington. Avec l’affaire Huawei, géant chinois des télécoms qui fait désormais mieux que rattraper ses concurrents de la Silicon Valley, on touche au coeur de cette guerre. S’ajoutent à cela des soupçons d’espionnage industriel imputés aux entreprises chinoises qui expliquent la forte sensibilité américaine sur le sujet.

Quels sont jusqu’à présent les effets de cette guerre ?

Nuls selon les économistes orthodoxes, qui s’accordent à dire que ces taxes ne servent à rien. Pour eux, il ne peut pas y avoir de gagnant dans une telle guerre commerciale car l’augmentation d’un côté se double de mesures de rétorsions de l’autre, provoquant également un renchérissement des marchandises importées. En d’autres termes, les Américains paient plus cher certains biens et leurs entreprises sont pénalisées à l’export. Pour Patrick Artus, les rétorsions plus ou moins officielles de la Chine ont entraîné une réduction de 38 % d’exportations américaines vers la Chine. Quant aux effets des taxes sur l’acier sur l’industrie américaine, il est encore trop tôt pour les mesurer.

Les événements des derniers mois ont en tout cas provoqué un ralentissement de la croissance chinoise. Alors qu’elle avait déjà enregistré sa plus timide hausse l’an passé à 6,6%, celle-ci devrait selon le FMI atteindre 6,3% en 2019.

Les marchés boursiers aussi commencent à en pâtir. Au début, ils ont eu tendance à considérer les événements des mois écoulés comme de simples escarmouches, mais quand Trump a tweeté qu’il voulait taxer l’ensemble des exportations chinoises, Wall Street a décroché, perdant mille milliards de capitalisation boursière en une dizaine de jours.

 

Eric Fougerolles est un journaliste spécialisé dans le domaine de l’économie et de l’Europe. Diplômé de Sciences Po et en Droit communautaire, il travaille depuis une quinzaine d’années pour divers médias européens. Il est rédacteur pour Confluences.

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