Etats-Unis / Chine : l’escalade jusqu’où ?

Etats-Unis / Chine  : l’escalade jusqu’où ?

Marquée par les tensions autour du constructeur Huawei, la guerre économique entre Washington et Pékin fait régner un climat de tension sur l’économie mondiale. Quelles sont les suites possibles et les conséquences prévisibles du bras de fer en cours ? 

La Chine sous pression à court terme 

Une Chine « désemparée ». Un climat de « panique ». C’est ainsi que Le Monde décrit l’ambiance à Pékin depuis que le gouvernement américain a encore fait monter d’un cran la pression sur son partenaire.

Le pari de Donald Trump, justement, c’est que la Chine ne pourra pas suivre le rythme imposé par son offensive protectionniste. Et cela fait un moment déjà que Xi Jinping est confronté à un problème : le manque de produits américains importés à surtaxer. Quant aux solutions alternatives, elles ont toutes leurs désavantages. Limiter les exportations de certains métaux exposerait la Chine, qui se présente comme un chantre du multilatéralisme, à des sanctions à l’OMC. Boycotter les produits américains ? Même le patron de Huawei a tempéré les velléités de patriotisme économique en affirmant que « les affaires n’ont rien à voir avec la politique ».

Quant à la liquidation de bons du trésor US, souvent présentée comme une arme atomique, l’économiste Michel Santi croit savoir qu’elle a peu de chances d’être utilisée : le risque est trop grand de faire plonger le dollar… et de provoquer des retombées préjudiciables à l’économie chinoise. Une économie déjà touchée par la hausse des droits de douane américains, avec une croissance qui accuse le coup. 

Pour l’heure, la Chine a davantage besoin des excédents américains que les États-Unis n’ont besoin du commerce et des finances chinoises. De quoi inciter le régime à mettre les bouchées doubles pour réduire cette dépendance et accroitre son autonomie dans plusieurs secteurs. C’est tout l’objet du programme Made in China 2025. 

Les Etats-Unis menacés de récession ? 

Cela fait un moment que l’économie américaine se porte à merveille. Dix ans de croissance soutenue et un chômage au plus bas. Beaucoup d’économistes s’accordent aujourd’hui à dire qu’avec sa guerre commerciale, le Président américain s’achète une victoire de court terme, probablement utile dans la perspective de sa réélection mais aux résultats économiques incertains. 

Car son offensive face à la Chine fait peser de nombreux risques sur la croissance américaine. Tensions inflationnistes à cause du renchérissement des importations. Difficultés pour de nombreux exportateurs, notamment dans le secteur agricole. Risques de décrochage du marché des actions.

Les pressions se font chaque jour plus fortes sur le locataire de la Maison Blanche pour lui demander de lâcher du lest, sous peine de provoquer une récession. La loi des cycles économiques invite de toute façon à considérer cette hypothèse comme crédible. Mais les récessions, « on passe plus de temps à les annoncer qu’à les vivre » tempérait récemment Guillaume Maujean, rédacteur en chef aux Echos. 

Des répercussions au niveau du commerce mondial 

Pendant ce temps, le reste du monde ne cache pas son inquiétude. Le ministre de l’économie Bruno Le Maire l’avouait récemment : « il n’existe pas de menace plus importante sur la croissance mondiale qu’une guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis ».

Un avis partagé par nombre d’analystes au sein des institutions internationales. Le 23 mai dernier, la cheffe économiste du FMI, Gina Gopinath, a déclaré que les tensions en cours pourraient « sérieusement détériorer le climat des affaires et la confiance des marchés financiers, perturber les chaînes de production ». Et compromettre sérieusement la reprise de la croissance mondiale prévue en 2019.

Même son de cloche chez les économistes de Bloomberg. D’après eux, si les droits de douane augmentent encore, le PIB mondial pourrait diminuer de 600 milliards de dollars.

Quant à l’épouvantail parfois agité d’une escalade allant jusqu’au conflit armé, pas grand monde n’y croit. Interrogé par le Parisien, Pascal Lamy, l’ancien patron de l’OMC, se veut rassurant. « Un grand rééquilibrage est en cours et il durera encore trente ans. Mais je crois que nous avons atteint un stade de mondialisation, d’interpénétration et d’interdépendance des systèmes économiques dans le monde qui fait qu’une guerre meurtrière est très improbable. »

Eric Fougerolles est un journaliste spécialisé dans le domaine de l’économie et de l’Europe. Diplômé de Sciences Po et en Droit communautaire, il travaille depuis une quinzaine d’années pour divers médias européens. Il est rédacteur pour Confluences.

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