Qui finance les Jeux Olympiques ?

Qui finance les Jeux Olympiques ?

En poussant Total à renoncer au sponsoring des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, Anne Hidalgo a eu un geste éminemment politique. Quitte à rendre plus compliqué le bouclage du budget. Mais au fait : qui finance cette compétition ? 

Plus que toute autre compétition au monde, les Jeux Olympiques sont une affaire de symboles.  Un rendez-vous planétaire où les valeurs du sport se mêlent à celles de la cité. C’est ce qu’a rappelé Anne Hidalgo en faisant savoir au comité d’organisation des jeux qu’elle souhaitait une sélection de sponsors en phase avec ses valeurs d’exemplarité sur le plan environnemental. La neutralité des jeux en carbone fait clairement partie des objectif visés par la Mairie de Paris. Une position qui a eu pour effet de pousser le groupe pétrolier Total à renoncer à ses projets de financement. 

La décision ne va pas sans poser des difficultés dans le bouclage du budget. A cinq ans de la compétition, le comité d’organisation doit encore trouver 1,2 milliards d’euros sur un total de 3,8 milliards correspondant au volet organisation « pur ». 

L’Etat mobilisé à hauteur de 25%, le reste à la charge du privé 

Car le budget de l’épreuve comporte deux volets : celui de l’organisation des épreuves et celui des constructions et infrastructures nécessaires à la tenue de l’événement. Le premier est abondé quasi intégralement par le secteur privé (à 97%, le pourcentage restant correspondant à des coûts spécifiques aux jeux paralympiques). Le second, qui s’élève à 3 milliards d’euros, est financé pour moitié par l’Etat et les collectivités territoriales, la part du privé étant liée pour l’essentiel à des programmes immobiliers. 

Cette répartition fait dire aux organisateurs « qu’il n’y pas d’argent public mobilisé pour financer l’organisation des Jeux Olympiques », ainsi qu’on peut lire sur le site FranceOlympique. De fait, les sommes réunies pour ce seul volet organisation proviennent d’une contribution directe du Comité International Olympique ainsi que du marketing et de la billetterie gérés par le comité mis en place pour l’événement (Cojo), selon une répartition à peu près égale entre ces trois sources. 

La contribution publique correspond donc à un quart du budget total de 6,8 milliards. C’est ce volet qui fait l’objet de toutes les précautions : tout le monde a encore en tête le coût élevé des infrastructures construites pour les JO d’Athènes, demeurées vides une fois la compétition passée, ou encore l’explosion des coûts à Pékin. 

L’importance de ces sommes rappelle à quel point l’organisation des Jeux est un challenge en soi. « Une vraie épreuve qui s’inscrit dans quelque chose entre le marathon et la course d’obstacles », ironisait Edouard Philippe au moment de signer le protocole d’organisation de l’épreuve en juin 2018. A l’époque, le budget initialement prévu avait déjà été ajusté pour éviter tout risque de dérapages : réduction de la taille du village olympique, suppression d’un site de volley ball, reconfiguration d’un projet de centre aquatique en Seine Saint Denis. Pas de quoi rassurer pour autant les contribuables les plus soucieux de l’équilibre des finances publiques : depuis 1984, toutes les villes organisatrices ont dû revoir à la hausse leur budget prévisionnel.  

Le financement, un critère de choix pour le CIO

Un petit budget, qui pèse le moins possible sur les contribuables, c’est ce que préconise le CIO aux villes candidates. Le comité s’est réjoui récemment de ce que les villes de Milan et Stockholm, en lice pour les JO d’hiver 2026, présentent des budgets en retrait par rapport aux éditions précédentes, soulignant que la ville italienne avait pris soin de miser sur « 93 % d’équipements temporaires ou existants ».

Un état d’esprit fidèle aux préceptes édictés par Pierre de Coubertin en 1910, tout autant soucieux d’équité que d’économies : « (Une) richesse excessive paraît regrettable pour deux raisons. La première, c’est qu’il ait à craindre de voir monter l’estimation des dépenses nécessaires au-delà de toute vérité, ce qui découragerait certains pays, certaines cités aptes à organiser de très belles olympiades, parfaites aux points de vue de l’esthétique et de la technique. Il y en a un second plus sérieux encore quoiqu’indirect. C’est de rendre possible la construction d’édifices définitifs au lieu des installations provisoires qui conviendraient. »

Eric Fougerolles est un journaliste spécialisé dans le domaine de l’économie et de l’Europe. Diplômé de Sciences Po et en Droit communautaire, il travaille depuis une quinzaine d’années pour divers médias européens. Il est rédacteur pour Confluences.

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