Amazon, les géants du web et la révolte des Etats

Amazon, les géants du web et la révolte des Etats

La domination sans partage des GAFA fait grincer des dents des deux côtés de l’Atlantique. Les activités des géants américains donnent toujours plus de grain à moudre aux autorités de la concurrence. Nouvelle illustration : l’enquête lancée par la Commission européenne contre Amazon.

En annonçant ce mercredi l’ouverture d’une enquête contre Amazon pour concurrence déloyale, la Commission s’est donné l’occasion d’accrocher un nouveau GAFA à son tableau de chasse.

Bruxelles soupçonne le géant du cybercommerce, dont 60% du volume des ventes sont liés à sa marketplace, de tirer profit des informations collectées lors des transactions opérées par des vendeurs indépendants. Un avantage concurrentiel qui lui permettrait de mieux cibler ses offres. Les conditions d’attribution du statut de vendeur sont également visées pour leur opacité. Dans les deux cas, c’est l’écrasante domination d’Amazon sur le commerce en ligne qui se trouve pointée du doigt.

Si l’enquête va jusqu’au bout et que les faits sont avérés, Amazon s’expose à une lourde amende, dont le montant pourrait aller jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires. Ce ne serait pas la première fois qu’un géant de la tech serait sanctionné par les autorités européennes. En mars 2019, Google avait écopé d’une amende de 1,49 milliard d’euros pour position dominante dans le domaine de la publicité en ligne.

Des amendes indolores

Le problème, étant donné la taille des contrevenants, c’est que ces amendes sont aussi indolores qu’un PV pour un milliardaire qui aurait mal garé sa Rolls. Le 12 juillet, la Federal Trade Commission, équivalent américain de la DG Concurrence, a condamné Facebook à une amende record de 5 milliards de dollars pour avoir autorisé la firme Cambridge Analytica à puiser dans ses données, sans que les performances du groupe s’en trouvent le moins du monde menacées.

Aux Etats-Unis, où les pionniers du web étaient jusqu’ici célébrés comme des héros de la liberté ayant su tirer profit de la technologie pour réaliser le rêve du self made man, les vents sont en train de tourner. Parvenus à des sommets de capitalisation boursière, les géants du secteur se voient désormais accusés de favoriser le bidouillage des élections, de violer la confidentialité des données, d’exercer un monopole préjudiciable à la liberté d’entreprendre et de commercer.

Jamais un aussi petit groupe d’entreprises n’avait exercé autant de pouvoir sur l’économie depuis le temps des « barons voleurs », entre la fin du 19e siècle et le début du 20e. A l’époque, les autorités de la concurrence avaient procédé au démantèlement des groupes industriels les plus puissants dans le pétrole, le tabac, la sidérurgie, la finance…

Les GAFA dans le collimateur de Trump

Des candidats à l’investiture démocrate parlent aujourd’hui de séparer certains groupes en plusieurs entités. Une fois n’est pas coutume, leurs préoccupations rejoignent celles de la Maison Blanche, même si les motivations divergent. Depuis son arrivée au pouvoir, Donald Trump figure parmi les critiques les plus virulents des GAFA. Non sans arrières-pensées politiques, dans la mesure où la Silicon Valley est considérée comme étant favorable aux Démocrates, même on y trouve un ethos libertarien plus fort que partout ailleurs.

Ces derniers mois, Trump a plus d’une fois agité la menace d’enquêtes approfondies et de nouvelles réglementations antitrust. Lors d’un récent sommet consacré aux réseaux sociaux, il a promis de convoquer à la Maison Blanche les patrons de la tech afin « d’explorer toutes les solutions réglementaires et législatives pour protéger la liberté d’expression » – l’une de ses préoccupations les plus médiatisées étant de permettre à ses partisans les plus borderline d’exprimer leur haine de leurs adversaires sans modération.

En mars dernier, suite au tollé provoqué par la diffusion en direct sur Facebook de la tuerie de Christchurch, Mark Zuckerberg se fendait d’une tribune dans laquelle il écrivait : « Je suis convaincu que les gouvernements et les régulateurs doivent jouer un rôle plus actif ». Mais son appel à la régulation concernait l’usage des données et les questions de liberté d’expression, pas les enjeux purement économiques.

On comprend pourquoi. En annonçant le lancement du libra, sa cybermonnaie, le roi des réseaux sociaux est en passe de concurrencer les Etats sur l’une de leurs prérogatives historiques : le pouvoir de battre monnaie. Au point que les ministres des finances du G7 ont souligné mercredi le « besoin d’agir rapidement » pour empêcher sa mise en place. Preuve que les défis générés par la puissance des GAFA ont pris une dimension mondiale.

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