Comment concilier croissance économique et urgence écologique ?

Comment concilier croissance économique et urgence écologique ?

Déjà classique, la question se pose de manière particulièrement aiguë après le départ de François de Rugy au ministère de la Transition écologique.

Quelques semaines avant les élections européennes, l’ancien ministre Nicolas Hulot – qui s’était notamment illustré par son spectaculaire départ du ministère – le leader de la CFDT Laurent Berger et une quinzaine de responsables associatifs appelaient à « un profond sursaut politique pour que ce quinquennat ne soit pas un quinquennat perdu pour la transition écologique et la justice sociale ». Les signataires, qui mettaient en garde le gouvernement contre la tentation de voir dans la crise des gilets jaunes « un ras-le-bol fiscal » au lieu d’un « un ras-le-bol de l’injustice fiscale », insistaient sur la nécessité de se donner malgré tout les moyens d’agir pour l’environnement.

Quelques mois plus tard, et après la poussée écologiste aux européennes, la situation n’est pas plus simple pour l’exécutif : François de Rugy démissionne à la suite des scandales révélés par Mediapart. Greta Thunberg s’apprête à prononcer un discours à l’Assemblée nationale afin de mobiliser les députés autour de la cause environnementale. Pas moins de 70 organisations appellent à stopper le Ceta, et Nicolas Hulot exhorte déjà les députés à « dire non » à ce traité de libre-échange avec le Canada, qui supprime les droits de douanes sur 98 % des produits échangés entre les deux zones. L’ancien ministre ne s’était pas privé de souligner à quel point l’accord avec le Mercosur, signé en juin, était « complètement antinomique avec nos ambitions climatiques ».

Exigences écologiques normatives

Mais Emmanuel Macron persiste et signe. Le président a estimé qu’une ratification du Ceta irait « dans le bon sens », bien qu’il faille s’assurer que le traité sera « bien mis en œuvre ». Certains experts lui donnent raison. C’est par exemple le cas d’Elvire Fabry, chercheuse senior au sein de l’Institut Jacques Delors. Pour la spécialiste, « les chiffres parlent d’eux-mêmes : pour l’Union européenne, comme pour la France, on constate une augmentation très importante des exportations ». Et d’ajouter, au sujet du changement climatique : « il s’agit moins à mon sens d’opposer commerce et changement climatique que d’utiliser le levier du commerce pour parvenir à faire évoluer les modes de production des pays tiers en imposant des exigences normatives dans les échanges ».

La signature de ces traités de libre-échange est loin d’être le seul dossier chaud sur le bureau du gouvernement en matière d’environnement. Il suffit de songer à la Montagne d’or, cette immense mine à ciel ouvert envisagée au cœur de la forêt guyanaise. Elle doit permettre d’extraire près de 7 tonnes d’or par an pendant 12 ans, mais elle pourrait également faire augmenter de 50 % la production de gaz à effet de serre en Guyane.

Une croissance, toute en sobriété ?

Il conviendrait ensuite de se rappeler l’épineux dossier des « passoires thermiques ». Contre l’avis du gouvernement, les sénateurs ont choisi d’interdire à la location les logements classés F et G dans l’échelle du diagnostic de performance énergétique. D’après les informations du Monde, 7,2 millions de logements sont concernés, dont 3,1 millions sont loués par des bailleurs privés, soit 43 % du parc locatif privé.

Vient également le problème du glyphosate. Emmanuel Macron avait promis de l’interdire définitivement pour fin 2020, mais ce scénario semble aujourd’hui « difficilement crédible vu les efforts déployés par le gouvernement en 2018 pour éviter d’avoir à inscrire l’interdiction pure et simple du glyphosate dans la loi alimentation », comme le souligne Libération.

Lutte contre le gaspillage, économie circulaire, éco-contribution sur les vols, pollution de l’air… La liste des questions écologiques qui pourraient avoir un impact sur la croissance est loin d’être exhaustive. Le gouvernement devra trouver la manière de lancer des appels à une certaine « sobriété ». Un exercice délicat et qui demande de la continuité, que le départ fracassant de son deuxième ministre de la Transition écologique ne rend pas aisé.

Eric Fougerolles est un journaliste spécialisé dans le domaine de l’économie et de l’Europe. Diplômé de Sciences Po et en Droit communautaire, il travaille depuis une quinzaine d’années pour divers médias européens. Il est rédacteur pour Confluences.

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