Dette publique : la France flirte avec les 100%

Dette publique : la France flirte avec les 100%

En dépit des promesses de réduction faites en début de quinquennat, la dette publique française s’est rapprochée au trimestre dernier de la barre symbolique des 100%.

Pour le disqualifier, ses opposants aiment à le qualifier de président libéral. On l’accuse de vouloir détruire le modèle français de redistribution. Pourtant, s’il est un reproche que les économistes les plus soucieux de l’équilibre des comptes adressent à Emmanuel Macron, c’est son peu d’entrain à maîtriser l’emballement de la dette.

Les présidents se suivent et rien n’y fait : la dette continue de grandir, comme une boule de neige dévalant une piste noire. En 2007, Nicolas Sarkozy s’était engagé à la ramener en dessous des 60% du PIB, ratio correspondant aux critères de convergence de l’UE. Cinq ans plus tard, François Hollande promettait de la faire passer de près de 90% à 80% du PIB. Emmanuel Macron s’était à son tour engagé à juguler la hausse. Le programme de stabilité présenté en avril 2018 prévoyait une réduction du ratio de 7,8 points sur l’ensemble du quinquennat.

Les derniers chiffres de l’INSEE sont venus doucher cet espoir. À la fin du premier trimestre 2019, la dette publique de la France a atteint 99,6% du PIB, en hausse par rapport au trimestre précédent. Soit un incommensurable total de 2 358,9 milliards d’euros.

Doutes sur la trajectoire de réduction de la dette publique

Sur les 43,6 milliards de hausse par rapport au trimestre précédent, c’est l’Etat qui se taille la part du lion avec 42 milliards. Les communes, les départements et les organismes de sécurité sociale enregistrent pour leur part une courte diminution de leur endettement.

Comme toujours dans ces cas-là, l’effort de réduction est ramené à un horizon plus lointain. Il ne figure en tout cas plus parmi les priorités du pouvoir. Selon les nouvelles prévisions du gouvernement, la réduction de la dette publique rapportée au PIB ne représenterait désormais plus que 1,6 point de PIB entre 2017 et 2022. Une peau de chagrin au regard des engagements du début de quinquennat.

Mais la Cour des comptes, qui a immédiatement condamné le non-respect de la trajectoire initiale, redoute une nouvelle fuite en avant. La situation politique tendue de la fin 2018 pèse lourd sur la trajectoire annoncée. Les mesures en faveur du pouvoir d’achat annoncées en pleine crise des gilets jaunes, couplées à des promesses de baisse d’impôts de 5 milliards sont de nature à alimenter les doutes.

« Il paraît peu probable, soulignent les magistrats de la rue Cambon, que leur coût de 6,5 milliards d’euros puisse être intégralement compensé dès 2020 par la suppression de niches fiscales et sociales ». Ils rappellent aussi qu’en cas de ralentissement conjoncturel ou de choc financier, le gouvernement disposerait de faibles marges de manœuvre pour faire face à la situation.

Les taux bas : aubaine ou cadeau empoisonné ?

La seule bonne nouvelle pour le gouvernement vient des taux d’intérêt. L’absence d’inflation a en effet compressé les taux à des niveaux historiquement bas. Le 18 juin dernier, le taux d’emprunt à dix ans de la France a même atteint une valeur négative. En clair, s’endetter ne coûte rien.

Mais s’agit-il d’une si bonne nouvelle ? Oui, disent certains, si l’Etat en profite pour réaliser des investissements d’avenir. Notamment si ceux-ci sont favorables à la croissance ou s’ils permettent de financer la transition écologique, par exemple en investissant dans les énergies renouvelables (à condition qu’on considère l’Etat comme l’acteur le plus efficace pour agir de la sorte, sinon une baisse de l’impôt des sociétés conditionnée à des investissements serait tout aussi recommandée).

Non, si cette baisse des taux sert uniquement à financer des dépenses courantes non maîtrisées – soupçon qui pèse sur le gouvernement au regard de sa politique budgétaire. Quand s’endetter ne coûte rien, les efforts structurels sont encore plus difficiles à faire. Notamment ceux préconisés à longueur de rapports par la Cour des comptes et auxquels rechignent tous les gouvernements successifs : réduire la dépense publique.

Eric Fougerolles est un journaliste spécialisé dans le domaine de l’économie et de l’Europe. Diplômé de Sciences Po et en Droit communautaire, il travaille depuis une quinzaine d’années pour divers médias européens. Il est rédacteur pour Confluences.

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