La Bourse de Paris, otage de la guerre commerciale

La Bourse de Paris, otage de la guerre commerciale

En dépit du léger rebond enregistré mardi matin (+0,39%), la Bourse de Paris a connu ces derniers jours un net fléchissement. Un effet collatéral de la guerre commerciale qui oppose depuis des mois Pékin à Washington. 

Après avoir fait plonger les principaux indices boursiers, les nouvelles venues de Chine ont quelque peu rassuré les marchés. La décision de stabiliser le yuan a eu pour effet d’enrayer la chute de la place parisienne (près de 6 points en deux jours), réplique de la mauvaise passe traversée par Wall Street : moins 3% pour le Dow Jones lundi, moins 3,5% pour le Nasdaq, lors de la pire séance de l’année. 

Malgré ce léger rebond, il est encore trop tôt pour parler de reprise tant la situation entre les deux rives du Pacifique reste tendue.

Les économistes l’envisageaient depuis plusieurs mois. C’est désormais une réalité : l’enchainement de mesures de rétorsion commerciale entre la Chine et les Etats-Unis commence à peser sur la confiance des investisseurs. Les mauvais résultats des derniers jours témoignent des craintes d’un enlisement du conflit, alors que la campagne présidentielle américaine pointe le bout de son nez. 

Nouvelle escalade sino-américaine 

Fidèle à la stratégie suivie depuis plusieurs mois, Donald Trump avait annoncé en fin de semaine dernière une nouvelle hausse de tarifs douaniers (10% sur 300 milliards de produits), portant la taxation sur la quasi-totalité des importations. Sanctions qualifiées de « légères » par certains observateurs, ce qui indiquerait la volonté de la Maison Blanche de « laisser une chance » aux négociations censées aboutir à un accord commercial à l’automne prochain. 

Là où les entreprises avaient absorbé l’essentiel des hausses précédentes, la mesure devrait se faire ressentir sur les finances des ménages américains. Les produits concernés par cette hausse sont en effet des biens de consommation courante : électroménager, électronique, agro-alimentaire, textile… Par conséquent, les prix des iPhone et des chaussures Nike devraient augmenter dans les prochains mois.

Comme de coutume, la riposte chinoise ne s’est pas faite attendre. Et elle s’est avérée « d’une rare violence ». Pékin a annoncé vouloir renoncer aux importations de produits agricoles en provenance des Etats-Unis pour les entreprises publiques. Fait plus notable : les autorités ont laissé le yuan se déprécier par rapport au dollar, jusqu’à son taux le plus bas depuis 2008.

Le spectre d’une guerre des monnaies 

Washington craint désormais que son rival n’utilise l’arme monétaire pour en tirer un avantage sur le plan commercial. C’est le sens du tweet publié hier par le locataire de la Maison Blanche, dans lequel il qualifiait la réaction de Pékin de « violation majeure ». 

Par la voix plus de leur secrétaire au Trésor, les Etats-Unis ont officiellement accusé la Chine de manipuler sa devise, annonçant qu’ils allaient porter le dossier devant les instances du FMI. Pourtant, le gouverneur de la Banque populaire de Chine a déclaré dans le même temps qu’il n’utiliserait pas l’arme des changes dans le conflit commercial avec les Etats-Unis.

Dans le jeu de poker menteur auquel se livrent les deux pays depuis plusieurs mois, difficile de distinguer la volonté stratégique de la part de bluff destinée à influencer les négociations en cours. Tant que le duel auquel se livrent les deux géants continuera d’hypothéquer la croissance mondiale, de nouvelles fluctuations des marchés sont à craindre.

Eric Fougerolles est un journaliste spécialisé dans le domaine de l’économie et de l’Europe. Diplômé de Sciences Po et en Droit communautaire, il travaille depuis une quinzaine d’années pour divers médias européens. Il est rédacteur pour Confluences.

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