MEDEF : les patrons en quête de sens 

MEDEF : les patrons en quête de sens 

La grand-messe annuelle du MEDEF est l’occasion pour les patrons d’imprimer leur marque sur la rentrée politique. Cette année, c’est à un vaste exercice d’introspection qu’ils se sont livrés. 

C’est une tradition bien française : avec la fin des vacances, vient le temps des universités d’été. Dans le vieux monde, c’était un rendez-vous incontournable où chacun prenait ses marques pour la rentrée politique. A l’heure de l’hyperprésidence et de l’info en continu, ces rendez-vous ont un peu perdu de leur saveur. Moins studieux, moins programmatiques, ils offrent néanmoins l’occasion à des voix importantes de faire passer des messages alors que de nouvelles réformes se profilent à l’horizon. 

Témoin Geoffroy Roux de Bézieux. Le président du MEDEF depuis un an organisait mercredi et jeudi le grand raout annuel de l’organisation patronale, rebaptisé Rencontre des Entrepreneurs de France. (Prononcer LaRef… comme certains disent LaREM. Coïncidence ?) Que dire à un Président qui s’est attelé depuis son élection à faire passer toute une série de réformes appelées de longue date par les entreprises, au point d’être accusé par ses opposants de « faire la politique du MEDEF » ? Tout simplement de continuer. Les revendications qui revenaient le plus dans la bouche des patrons présents ? La main d’oeuvre qui fait de plus en plus cruellement défaut, la valorisation du travail au-delà de la récente réforme de l’assurance-chômage, et, toujours, la réduction des normes administratives. 

Le MEDEF face aux mutations du capitalisme

Mais l’objectif de cette université new look n’était pas (seulement) d’adresser aux pouvoirs publics une liste de desiderata, tendance qui a pu donner du MEDEF l’image d’un syndicat des plaintes, comme l’admet lui-même Roux de Bézieux. Soucieux de moderniser l’organisation, ce dernier a voulu faire de ces deux journées l’occasion de débattre d’enjeux plus importants. Le thème choisi montre bien l’ambition : No(s) futur(s) : climat, inégalités, conflits… quel capitalisme demain ? 

Menaces climatiques, risques de délitement de l’Europe, tensions sur le libre-échange, vagues de mécontentement populaire : c’est peu dire que le capitalisme traverse actuellement une sérieuse crise d’identité. L’heure est à la réinvention, à la recherche de nouvelles raisons d’être, de nouvelles manières d’agir. Les Américains en sont bien conscients, dont le lobby des grands patrons vient de doter l’entreprise d’un nouveau purpose : désormais, celle-ci devra plus agir uniquement pour ses actionnaires, mais pour l’ensemble de la société. Signe qu’on est peut-être entré dans le « capitalisme des parties prenantes », selon le consultant en stratégie André Coupet, membre des think tanks Terra Nova et Entreprise et progrès.

Parties prenantes

Parties prenantes, c’est le rôle que le politique aimerait de plus en plus voir jouer par les chefs d’entreprise. Emmanuel Macron ne manque jamais de rappeler aux patrons à quel point il compte sur eux pour remplir la tâche qu’il s’est assignée : projeter la France sur les marchés mondiaux en réformant son modèle social. Rien de tel pour cela que de les impliquer personnellement, à l’image de ce qui s’est passé au G7 de Biarritz, où François-Henri Pinault (Kering) a réuni les acteurs de la mode autour d’un pacte environnemental, tandis qu’Emmanuel Faber (Danone), présentait le résultat de ses réflexions sur les inégalités.

En contrepartie de cette association à la résolution des grands problèmes de la planète, le pouvoir attend des entreprises qu’elles jouent le jeu dans l’accompagnement des réformes. « Nous attendons une mobilisation forte des entreprises pour appuyer les mesures mises en place pour la sortie du grand débat », avance-t-on dans l’entourage d’Édouard Philippe. A savoir :  favoriser l’intéressement et la participation salariale, accompagner les dispositifs de retour à l’emploi, s’adapter aux exigences de la transition écologique. Pendant les travaux, la politique continue.  

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