A Panama, Bercy poursuit sa chasse aux fraudeurs

A Panama, Bercy poursuit sa chasse aux fraudeurs

Le ministre français des comptes publics Gérald Darmanin était ce lundi à Panama City pour conclure un accord de coopération contre l’évasion fiscale. 

Entre la France et Panama, c’est une histoire compliquée. Panama, c’est le nom d’un scandale qui faillit emporter la Troisième République au tournant du siècle précédent, sur fond de ruine des épargnants et de corruption des députés. Plus récemment, en 2016, les Panama Papers, grand déballage mondial sur les paradis fiscaux et leurs bénéficiaires ont remis sur le devant de la scène cette triste particularité à laquelle reste associé ce petit pays d’Amérique centrale. 

C’est ce qui expliquait la présence à Panama City d’un ministre français, pour la première fois depuis sept ans : la volonté affichée des deux pays de lutter contre ce fléau. A l’issue de leur entretien, Gérald Darmanin et son homologue Hector Alexander ont annoncé la création d’un « groupe spécial bilatéral» qui se réunira deux fois par an. Objectif : renforcer la coopération et l’échange d’informations entre les deux pays. 

Avant même que ce comité entame ses travaux, cette rencontre apparaît comme une opération de communication mutuellement bénéfique. Pour le Panama, c’est un moyen de redorer un blason terni par les récentes révélations. Pour la France, l’occasion d’illustrer sa volonté de récupérer le gros des sommes indument soustraites au fisc, en des temps où chaque euro compte. « L’étau se resserre autour des évadés fiscaux » titrait d’ailleurs Le Figaro pour rendre compte de ce déplacement transatlantique. 

Dans la communication accompagnant son voyage au Panama, M. Darmanin a rappelé sur Twitter quelques chiffres parlants. En 2016, au moment de l’éclatement du scandale, 500 dossiers douteux concernaient la France. L’enquête menée par les services fiscaux sur un dixième d’entre eux a déjà permis de réclamer 130 millions d’euros aux fraudeurs. 

Avec le Panama, une confiance qui reste à construire 

M. Darmanin s’est bien gardé à l’issue de sa visite de prononcer l’absolution du Panama, à savoir son retrait de la liste des paradis fiscaux tenue par Paris. Il a néanmoins reconnu « les efforts réalisés par le Panama en matière de mise en œuvre des normes du Forum mondial de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques.» Mais ce n’est qu’à la fin du processus de coopération que la France se prononcera sur un éventuel retrait. 

La preuve que la méfiance reste de mise. En 2012, l’état centre-américain avait réussi à rompre avec la réputation qui lui colle à la peau, signant avec la France un accord qui a eu pour effet de le retirer de la liste noire. Les Panama Papers l’ont a nouveau mis dans le collimateur des services fiscaux français. Pire : en juin dernier, le Groupe d’action financière l’a placé sur la liste grise des pays qui ne collaborent pas assez à la lutte contre le  blanchiment d’argent et la lutte contre le terrorisme. 

Le président Laurentino Cortizo, investi en juillet, avait mis eu coeur de sa campagne la nécessité d’améliorer l’image de son pays, et pour ce faire de poursuivre les efforts entrepris depuis les révélations des Panama Papers. Depuis lors, le pays a multiplié les réformes de son système financier afin de le mettre en conformité avec les normes internationales. Fin 2018, il s’est enfin décidé à participer au système d’échange d’informations financières mis en place sous l’égide de l’OCDE. Le directeur général des finances de l’organisation avait alors salué une « évolution positive » de la part de celui qui était encore considéré comme le «dernier grand bastion» de l’évasion fiscale.

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