Fractures françaises sur les enjeux économiques

Fractures françaises sur les enjeux économiques

Dans son édition datée de mardi, Le Monde publiait les résultats de sa grande enquête annuelle sur l’état de la France. Retour sur ses principaux enseignements sur le plan économique. 

Le déclinisme. Après l’élection d’Emmanuel Macron, quelques commentateurs optimistes (ou imprudents) avaient rangé ce concept au magasin des accessoires, avec d’autres symboles fâcheux de l’ancien monde. Alors qu’on approche de la mi-mandat et que la réforme des retraites s’engage dans un climat social incertain, l’enquête annuelle « Fractures françaises », réalisée par Ipsos Sopra-Steria, en partenariat avec la Fondation Jean-Jaurès et l’Institut Montaigne, révèle un retour en force des idées noires.

Si l’élection de M. Macron avait effectivement permis d’inverser la « courbe du déclinisme », celle-ci est repartie à la hausse au cours de l’année précédente, sans doute à la faveur du mouvement des gilets jaunes. Ainsi, 73 % des sondés considèrent que le pays décline. C’est + 3 points par rapport à 2018. Mais la moitié d’entre eux, chiffre en hausse de 4 points, estime que ce déclin n’est pas irréversible. 

Le libéralisme, voilà l’ennemi ? 

Les résultats de l’enquête traduisent une recrudescence chez les Français des marqueurs habituels de méfiance à l’égard du fonctionnement de l’économie. 

57% des Français estiment ainsi que la mondialisation est une menace pour la France, quand ils sont 43% à la considérer comme une opportunité. Il s’agit d’une tendance lourde, qui repart  puissamment à la hausse (+ 6 points en un an). Les politiques protectionnistes sont plébiscitées en conséquence, puisque 61 % des sondés considèrent que la « France doit se protéger davantage du monde ».

Autre marqueur flagrant de la méfiance à l’égard de l’idéologie libérale, envisagée cette fois sous l’angle de la circulation des personnes : la défiance d’une large majorité de Français à l’égard de l’immigration. L’impression « qu’on ne se sent plus chez soi comme avant » recueille ainsi l’assentiment de 64 % des sondés (+ 4 points depuis 2017). C’est probablement la persistance de ce sentiment négatif qui a poussé M. Macron à annoncer l’adoption prochaine de mesures sur le sujet. 

Les questions liées au rapport à l’Etat traduisent une division des Français en deux parts à parts à peu près égales. Quand 52 % d’entre eux considèrent qu’il « faut limiter au maximum le rôle de l’Etat », 48 % plaident pour un interventionnisme accru. On constate en revanche une baisse de l’idée selon laquelle « il faudrait prendre aux riches pour donner aux pauvres » (- 5 points). Un résultat qu’il faut sans doute rapprocher des récents travaux dirigés par l’économiste Daniel Cohen, qui évoquent une méfiance croissante vis-à-vis des politiques redistributives, notamment dans la part de l’électorat attirée par le vote d’extrême-droite. 

L’action des entreprises diversement appréciée 

On sait justement, depuis les recherches de Pierre Cahuc et Yann Algan sur des enjeux similaires, à quel point les Français cultivent une véritable défiance à l’égard des institutions, une des manifestations de leur déclinisme. Députés partis politiques et syndicats et médias pâtissent de cette tendance, puisqu’aucune de ces institutions ne recueille plus de 30% d’opinions favorables. 

Les PME s’en sortent nettement mieux avec 81% de taux de confiance, de loin « l’institution » préférée des Français selon les termes de cette enquête. En comparaison, ils sont 34% à déclarer ne pas faire confiance aux grandes entreprises (bond de 6 points). 

Notons enfin, avec les journalistes du Monde que « l’inquiétude pour les questions environnementales semble s’être installée durablement dans l’esprit des Français ». 52 % des personnes interrogées citent la protection de la nature comme leur première source de préoccupation, juste devant l’avenir du système social et le pouvoir d’achat. 

Division en revanche sur le rythme et l’importance à accorder aux mesures environnementales, puisque 51 % (et plus encore chez les moins de 35 ans) attendent des mesures rapides « même si cela signifie de demander aux Français et aux entreprises des sacrifices financiers ». Tandis que 49 % souhaitent d’abord que le gouvernement s’attelle à résorber la crise sociale « même si cela signifie de mettre la question environnementale au second plan ». De quoi faire le lit des frustrations et des mécontentements à venir. 

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