EuropaCity : le Val-d’Oise espère un effet « stade de France »

EuropaCity : le Val-d’Oise espère un effet « stade de France »

Le projet devrait permettre de créer plus de 10 000 emplois dans un département où le taux de chômage culmine à 28 % chez les 15-24 ans. Les habitants de la banlieue nord de Paris, eux, se battent pour « changer l’image » de leur territoire.

Ils sont déterminés à se faire entendre. Alors que le gouvernement doit rendre sa décision définitive sur le projet EuropaCity, des habitants favorables à la création du complexe commercial et culturel se sont rendus au ministère de la Transition écologique et solidaire, à Paris. Leur objectif : rappeler que « le sujet n’est pas encore tranché » et qu’ils sont « déterminés à ne pas [se] laisser confisquer [leur] avenir et celui de [leurs] enfants ».

Persuadés « que le débat public est pour l’instant pris en otage par les opposants au projet », les membres du « Collectif des vrais gens » invitent la jeunesse des quartiers du Val d’Oise à prendre la parole et à faire entendre sa voix. Il faut dire que le projet fait toujours polémique, notamment pour son impact sur l’environnement. Mais pour les membres de l’association, Europacity est un levier essentiel « pour changer l’image de ce territoire, favoriser son attractivité et offrir des propositions de travail pour les jeunes ».

Une conviction bien ancrée qui n’est pas dépourvue de fondement historique. Les habitants de la banlieue nord de Paris ont été témoins de la transformation du quartier de la Plaine–Saint-Denis et espèrent ardemment que le « miracle » se reproduira dans le Val-d’Oise.

« On l’a oublié, mais il y a 20 ans le 93 était à l’abandon », se souvient Francis Dubrac, président de l’association d’entrepreneurs Plaine commune promotion. « La Plaine Saint Denis c’était la dernière grande friche industrielle d’Europe voisine d’une capitale. Trente ans après, nous sommes l’un des trois piliers du développement économique francilien, avec 1,6 million de m2 de bureaux, 50 000 salariés et 15 000 habitants », raconte celui qui a participé à la rédaction du livre Les Bâtisseurs de la Plaine Saint-Denis.

« On a sauvé La Plaine »

Que s’est-il passé exactement ? Alors que la France s’était engagée à construire un stade d’une capacité de 80 000 places afin d’accueillir la Coupe du monde de football en 1998, tous les regards (et en particulier celui d’Edouard Balladur) se sont tournés vers la commune de Saint-Denis, qui avait subi de plein fouet le processus de désindustrialisation dans les années 1980.

L’opposition a été farouche, le maire de la ville, le communiste et ancien ouvrier Marcelin Berthelot, étant plutôt hostile au projet. Mais il a suffi que son successeur, Patrick Braouezec (actuel président FG de Plaine commune) « fasse discrètement savoir qu’il y [était] favorable » pour que la machine s’emballe : création de deux stations de RER, couverture de l’autoroute A1, naissance d’un nouveau quartier d’affaires, créations de rues, de places… Trois milliards de francs (plus de 600 millions d’euros) ont été dépensés pour l’aménagement local, soit autant que pour la construction du stade ! « On a sauvé La Plaine », se félicite aujourd’hui Jacques Marsaud, alors directeur général des services de la ville.

Le quartier est en effet devenu le deuxième pôle tertiaire d’Île-de-France après La Défense. Mais la construction du Stade et l’aménagement du secteur ont eu un impact autrement plus profond sur les habitants : « Progressivement, un changement d’image s’opère », raconte Patrick Braouezec. Alors que de nombreux Parisiens franchissaient pour la première fois le Périph, les habitants de Seine–Saint-Denis « étaient fiers d’accueillir un équipement à portée internationale. Ils se sentaient respectés, alors que jusqu’à présent Paris avait plutôt considéré ses banlieues comme ses commodités », ajoute l’homme politique.

50 000 emplois à la clé

Plus de vingt ans après, les habitants du Val-d’Oise ont rejoint leurs voisins et se battent avec eux pour « changer l’image » de leur territoire. Alors que 14 des 20 communes françaises où le taux de pauvreté est le plus élevé se situent en banlieue parisienne (en particulier au nord de la capitale), ils voient le projet d’aménagement du Triangle de Gonesse, Europacity et la construction de la ligne 17 du Grand Paris Express comme la promesse d’un nouveau « miracle ». « Nous avons besoin de la ligne 17 en 2024 pour ne plus être les oubliés du Grand Paris », revendiquent en effet les habitants de Seine–Saint-Denis et du Val-d’Oise, pour qui « le rejet des banlieues et leur ghettoïsation » interdit à ces territoires de profiter « des opportunités économiques et culturelles » de la région.

Selon les prévisions de l’Insee, le Val-d’Oise devrait enregistrer la plus forte augmentation démographique d’Île-de-France (+ 40 000 habitants tous les cinq ans). Or, le département affiche déjà un préoccupant taux de chômage de 9,8 % et même 28 % chez les 15-24 ans. L’aménagement du Triangle de Gonesse devrait permettre de créer quelque 50 000 emplois, dont 40 000 pour le quartier d’affaires Triango et 10 000 pour EuropaCity. Une mise en perspective qui permet de comprendre pourquoi la commune de Gonesse soutient si ardemment le projet.

Pourra-t-on parler dans les prochaines années « d’effet Europacity » comme on a parlé « d’effet stade de France » sur le développement du territoire ? Réponse dans quelques semaines, alors que la ministre Élisabeth Borne s’apprête à rendre son rapport gouvernemental sur le sujet.

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