Les dossiers chauds de Nadia Fettah Alaoui, nouvelle ministre marocaine du Tourisme

Les dossiers chauds de Nadia Fettah Alaoui, nouvelle ministre marocaine du Tourisme

Nommée à la tête du ministère du Tourisme du Maroc, l’ancienne directrice générale de Saham Finance Nadia Fettah Alaoui à un objectif ambitieux pour ce secteur essentiel de l’économie du pays : multiplier par quatre le nombre de touristes internationaux. Écotourisme, Royal Air Maroc… passage en revue des défis que devra relever la nouvelle ministre pour réussir sa mission.

Toutes les statistiques sont à la hausse. D’après les chiffres de l’Observatoire du tourisme (OTM), le Maroc a accueilli 5,4 millions de touristes internationaux entre janvier et juin 2019, soit une augmentation de 6,6 % par rapport à 2018. Et ce n’est pas tout. Pas moins de 11,46 millions de nuitées ont été payées sur la même période, soit une progression de 5 % par rapport à la même période l’année précédente.

Des résultats encourageants qui ne doivent cependant pas faire oublier l’ampleur du défi que doit relever le pays. Le royaume espère en effet attirer 20 millions de touristes d’ici 2020, ce qui lui permettrait de se classer parmi les 20 premières destinations touristiques mondiales.

Le pari est-il tenable ? Alors qu’une partie de la presse et de la classe politique exprime déjà son scepticisme vis-à-vis d’un objectif qu’ils jugent inatteignable, une femme, et c’est une première, viens d’être nommée à la tête du très stratégique ministère du Tourisme.

Nadia Fettah Alaoui arrive dans la politique marocaine auréolée d’une excellente réputation dans le milieu de la finance casablancaise. Diplômée de HEC Paris, cette « financière de choc » a notamment créé en 2000 le fonds de capital investissement « Maroc Invest Finances Group ». Après l’avoir accompagné vers une extension à l’international, la Marocaine a rejoint, en 2005, le groupe Saham. Son objectif : développer une compagnie d’assurance africaine s’étendant sur l’ensemble du continent.

En 2010, c’est chose faite. Nadia Fettah Alaoui a en effet accompagné le groupe dans ses opérations de fusions-acquisitions en Afrique et au Moyen-Orient, si bien qu’elle a été nommée directrice générale déléguée Finances et M&A en 2013, puis directrice générale Finances & opérations en 2014 et directrice générale de Saham Finances en 2017.

Membre du réseau international Women Corporate Directors, la financière intègre, toujours en 2017, le club des cinq femmes africaines les plus puissantes. Un an plus tard, elle est distinguée « CEO of the Year » lors de l’Africa CEO Forum 2018, organisé à Abidjan.

Casablanca, « le premier hub véritablement international d’Afrique »

Malgré ce parcours d’exception, le nom de Nadia Fettah Alaoui était peu connu des technocrates et hauts-fonctionnaires du royaume, qui devront s’habituer à voir une femme à la tête d’un ministère clef pour l’économie marocaine.

Car les défis sont nombreux. La responsable devra notamment finaliser le processus de signature du contrat-programme entre la compagnie Royal Air Maroc (RAM) et l’État. L’accord, qui sera signé avant la fin de l’année, permettra à la compagnie aérienne de réaliser une économie d’un milliard de dirhams (environ 94 millions d’euros) sur les charges d’exploitation. Ainsi, l’aide de l’État permettra à « RAM » de « pallier à [ses] besoins et de répondre à [ses] ambitions », selon son président, Abdelhamid Addou. « Elle concernera également l’accompagnement de la stratégie touristique nationale, qui demande des moyens », ajoute l’homme d’affaires.

Avec 33 destinations vers 29 pays, la compagnie porte-drapeau marocaine occupe actuellement la quatrième place sur le marché africain. Mais elle nourrit des ambitions autrement plus élevées. RAM aspire en effet à devenir un « transporteur global », dépassant les 14 millions de passagers à l’horizon 2025.

Depuis 2015, elle a lancé 15 nouvelles destinations, dont Boston, Manchester, Miami, Doha, São Paulo et Pékin. La compagnie a également fait son entrée dans Oneworld, la troisième plus grande alliance de compagnies aériennes dans le monde (elle regroupe quinze membres, dont British Airlines, Iberia, American Airlines et Japan Airlines). Alors que RAM ne cache pas ses ambitions de devenir le leader africain, son président souhaite doubler rapidement sa flotte d’aéronefs afin de faire de Casablanca « le premier “hub” véritablement international d’Afrique ». Un dossier qui pourrait s’accélérer dans les prochaines semaines. En effet, de nombreux observateurs de la vie politique marocaine relèvent la proximité générationnelle entre le Président de la compagnie Abdelhamid Addou, le conseiller du cabinet royal au tourisme Yassir Zenagui et la nouvelle ministre du Tourisme, tous quarantenaires et issus du monde des affaires.

Mais la signature du contrat-programme n’est pas le seul dossier urgent qu’attend la nouvelle ministre du Tourisme. Nadia Fettah Alaoui devra également rassurer les professionnels du secteur après la fracassante faillite du voyagiste anglais Thomas Cook.

Développer le tourisme en protégeant l’environnement

Certes, si l’Office national marocain du tourisme (ONMT) s’est dit « attristé de voir disparaître le pionnier universel du voyage packagé », il « demeure confiant sur la résilience de la destination Maroc à travers le développement de l’activité des Compagnies aériennes et celle des autres tour-opérateurs, qu’ils soient classiques ou en ligne ». Reste que le géant britannique du tourisme n’avait réalisé que 60 % de ses objectifs en matière de clients (102 000 étaient prévus en 2019) et 90 % en matière de sièges aériens (50 000 pour la clientèle britannique et belge).

Troisième dossier épineux : l’écotourisme, qui pourrait permettre au royaume d’atteindre son objectif en matière de visiteurs internationaux tout en protégeant l’environnement. Or, « c’est un secteur qui n’existe même pas encore au Maroc ! », déplore Brahim Abou el Abbass, président de l’Association marocaine d’écotourisme et de protection de la nature. « Il y a quelques petits produits commercialisés, mais ils ne sont en aucun cas représentatifs d’une stratégie touristique élaborée », ajoute-t-il.

Alors que les effets négatifs du tourisme de masse sur l’environnement sont de plus en plus décriés, l’écotourisme reste inexploré au Maroc. Il permettrait pourtant de tenir compte de la protection de l’environnement et de sauvegarder les richesses naturelles du pays tout en offrant aux touristes « des produits purement bio et des cultures tout à fait originales », selon une étude réalisée par Taoufil Daghri, de l’Université Mohammed V à Rabat, et Soukaina El Omari, de la faculté des Sciences juridiques, économiques et sociales de Salé.

Nadia Fettah Alaoui a donc la lourde tâche de développer le tourisme marocain, tout en accompagnant sa transformation vers un nouveau modèle, plus inclusif et écologique. Une politique qui passera nécessairement par une gestion efficace du dossier Royal Air Maroc et des mesures de soutiens pour les professionnels touchés par la faillite de Thomas Cook.

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