Quand la bonne santé du CAC 40 ne fait pas (toujours) celle de l’emploi

Quand la bonne santé du CAC 40 ne fait pas (toujours) celle de l’emploi

D’après l’hebdomadaire Marianne, les grandes entreprises françaises participent depuis dix ans à la destruction de l’emploi à l’échelle nationale. Le succès d’entreprises comme Publicis, Accor, Hermès ou LVMH montre pourtant qu’il est possible de s’insérer dans la mondialisation en créant des emplois en France. 

Le succès des entreprises françaises est-il forcément synonyme de travail pour les Français ? A l’époque où le chancelier allemand Helmut Schmidt expliquait que les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain, la réponse était évidente. Elle l’est beaucoup moins aujourd’hui. Jamais les fleurons du capitalisme national ne se sont aussi bien portés qu’en ces temps de libération des échanges et de baisse des contraintes réglementaires en tout genre. Et pourtant, elles n’en ont pas créé plus d’emplois pour autant. En tout cas pas dans le pays qui les a vu naître. 

Telle est la conclusion choc qui ressort des calculs effectués par Marianne sur la base des documents de référence de ces sociétés. En dix ans, les entreprises du CAC 40 ont réduit leurs effectifs en France de 150 000 emplois (-10%). Dans le même temps, elles créaient 212 000 emplois dans le monde (+ 4%).

L’emploi industriel en souffrance 

Cette lecture par la nationalité des emplois créés et détruits confirme que l’emploi industriel a payé un lourd tribut au phénomène des délocalisations. Ainsi Renault compte désormais plus d’employés à l’étranger qu’en France. Son concurrent PSA a quant à lui supprimé 44 000 postes en dix ans dans son « pays d’origine ». Mais c’est Veolia qui occupe la première place de ce triste podium avec 65 000 emplois en moins. Le journaliste, beau joueur, reconnaît que ces entreprises ont tranché dans leurs effectifs partout dans le monde, mais « sans discrimination particulière pour leurs bases françaises ». 

Et puis il y a celles qui maintiennent leur niveau d’effectifs dans l’hexagone, mais vont créer des emplois ailleurs. C’est le cas, par exemple, de Danone et Air Liquide. Contrairement à l’image qui voudrait que seules les pays émergents ont profité du phénomène, une lecture détaillée montre que les Etats-Unis ont été un pays particulièrement attractif pour les majors françaises : « Axa, Atos, Safran et Air Liquide y ont triplé (ou presque) leurs effectifs. »

L’hebdomadaire, notoirement favorable aux thèses protectionnistes, de rappeler cette cruelle ironie de l’histoire, dans laquelle certains ne manqueront pas de voir les conséquences d’un plan concerté : beaucoup de ceux qui ont présidé à la libéralisation des échanges et à l’architecture de la mondialisation économique, les Delors, Lamy, Camdessus, étaient des hauts fonctionnaires français. 

 Et pourtant, le Made in France résiste 

Dans le marasme qui se dégage à la lecture de cet article, les rares motifs de satisfaction viennent de secteurs qui ont réussi à créer des emplois dans la « mère patrie » : banque, numérique, énergie, grande distribution. C’est Carrefour qui occupe le haut du classement en termes d’embauches avec près de 37 000 en dix ans. 

Mais c’est du luxe que viennent les résultats les plus probants. Ainsi, LVMH a créé 58% d’emploi en France sur les dix années mesurées, alors que dans le même temps, le nombre de ses collaborateurs dans le monde s’est accru de 102%. Hermès International a enregistré pour sa part une hausse de 77% du nombre de ses salariés nationaux. La preuve, hélas trop rare, qu’il est possible d’associer les Français à des performances exceptionnelles tout en s’inscrivant dans un environnement mondialisé. 

Eric Fougerolles est un journaliste spécialisé dans le domaine de l’économie et de l’Europe. Diplômé de Sciences Po et en Droit communautaire, il travaille depuis une quinzaine d’années pour divers médias européens. Il est rédacteur pour Confluences.

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