Les Fake News, déjections de la démocratie? 

Les Fake News, déjections de la démocratie? 
Ferghane Azihari

Par Ferghane Azihari

À la fin du mois d’octobre, Twitter annonçait l’interdiction des publicités politiques. Cette décision intervient dans un contexte de méfiance vis-à-vis des réseaux sociaux. Les nouvelles plateformes sont accusées de favoriser la diffusion de fausses informations et d’anéantir l’intégrité du processus électoral.

Bien sûr, la politique n’a pas le monopole de la publicité mensongère. Toutefois, Jack Dorsey, le PDG de Twitter, résumait bien le problème en rappelant en quoi les publicités politiques étaient plus dangereuses que les publicités commerciales.

À la différence des achats commerciaux qui n’engagent que les producteurs et les consommateurs, la politique permet à chacun de stipuler pour autrui, ce qui la rend potentiellement plus dangereuse.

Le danger est d’autant plus grand que les électeurs qui stipulent pour autrui en politique tendent à être dépourvus de connaissance. Ils sont donc plus facilement exposés à la manipulation et aux mensonges.

Ce phénomène constitue l’un des paradoxes les plus commentés dans la littérature politique et économique. La qualité d’une démocratie dépend de l’existence d’un corps électoral éclairé. Et pourtant, tous les travaux montrent que l’électeur lambda est particulièrement mal informé.

Citant des travaux sur les connaissances politiques de l’électeur américain, le philosophe Jason Brennan s’amusait à relever dans un ouvrage publié en 2016 qu’une minorité d’Américains savait que l’URSS n’était pas membre de l’OTAN en 1964. Seule une minorité d’Américains comprennent les enjeux de la guerre froide. Et rares sont ceux capables d’identifier le parti qui contrôle le Congrès.

L’économiste américain Anthony Downs a nommé ce phénomène « l’ignorance rationnelle ». Le manque de culture politique chez l’électeur moyen ne signifie pas qu’il est stupide. Au contraire. Notre système politique incite à l’ignorance. La recherche de l’information a un coût en ressources et en temps. Mais le bénéfice de cette acquisition est incertain. Chacun sait que la probabilité d’influencer une élection de manière décisive est nulle.

Plus faible encore est la probabilité de changer son destin personnel en glissant un bout de papier dans l’urne. Les gains de l’érudition politique étant imperceptibles, il est préférable de rester dans l’ignorance. L’illettrisme politique ne traduit donc pas l’idiotie des citoyens. Bien au contraire, ces derniers sont parfaitement rationnels quand ils font le choix de ne pas s’informer.

On comprend donc le succès des fake news en politique. Le processus électoral ne récompense pas l’exigence de vérité chez les électeurs ou les politiciens. Comment remédier à cet inconvénient ? L’économiste américain Bryan Caplan répond « simplement » à cette question. Il nous faut instaurer un système qui récompense les choix avisés et sanctionne les décisions bâclées. Vaste programme.

Ferghane Azihari est un journaliste spécialisé dans les politiques publiques. Il est membre du réseau European students for Liberty et Young Voices et collabore régulièrement avec divers médias et think tanks français et américains.

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