Rachat de Tiffany par LVMH : une excellente nouvelle et un exemple à suivre pour le digital

Rachat de Tiffany par LVMH : une excellente nouvelle et un exemple à suivre pour le digital
Euryale Chatelard

Ce sont habituellement les entreprises américaines qui rachètent des entreprises françaises. Sauf dans le secteur du luxe, où la France (Cocorico!) a définitivement une position dominante. C’est une excellente nouvelle, mais c’est aussi un exemple à suivre pour d’autres secteurs de l’économie. Le digital et les futurs mastodontes de la French Tech pourraient s’inspirer d’une stratégie sectorielle gagnante.

Depuis hier, la presse bruisse du rachat du joailler américain Tiffany par le 1er groupe de luxe mondial LVMH. Et si la tendance s’inversait pour de bon ? Et si les entreprises françaises leaders se mettaient, les unes après les autres, à racheter des marques prestigieuses outre-Atlantique ? Et si le Vieux continent partait à la reconquête du Nouveau dans certains secteurs de pointe dans lesquels nous n’avons rien à leur envier ?

On peut toujours rêver… Car il faut bien admettre que ces dernières années, les entreprises américaines ont passé leur temps à nous avaler. Si l’on pense par exemple au digital : Google a racheté plus de 60 entreprises non américaines en 10 ans, notamment des entreprises hexagonales : la startup française Flexycore, spécialisée dans le développement de logiciels pour smartphones, et la pépite française de l’Intelligence artificielle : Moodstocks etc. Et c’est sans parler du secteur industriel : de récentes opérations financières ont vu disparaitre de grands fleurons français. Par exemple dans le secteur de l’énergie avec la vente controversée d’Alstom à General Electric ou dans celui de la grande distribution avec le rachat de Lu par Kraft Food.

Politique d’acquisition et domination sectorielle

Les sociétés leaders excellent dans l’art de grossir par acquisition. Cette stratégie leur permet de maintenir à long terme leur position en dominant la concurrence. Et seuls les leaders des secteurs sont capables de mener des acquisitions d’envergure. Parce qu’ils ont les moyens financiers, la capacité de conclure rapidement, des équipes immédiatement disponibles et mobilisables, et le talent de faire rayonner leur marque partout dans le monde tout en conservant leur héritage français ou européen.

Avec Tiffany, LVMH réalise tout simplement la plus grosse acquisition de son histoire pour la coquette somme de 16,2 milliards de dollars, ce qui lui permettra, à long terme, d’assoir sa crédibilité dans les montres et la joaillerie, un segment du luxe en plein essor, où le groupe était devancé par l’autre mastodonte du luxe Richemont. Aujourd’hui, le groupe est devenu l’une des toutes premières entreprises de la zone euro en dépassant les 200 milliards d’euros de capitalisation boursière cette semaine…

Le Vieux continent à la (re)conquête du Nouveau Monde… et de la Chine !

Ironie du sort : LVMH, groupe français par excellence, composé de “maisons” parfois centenaires (Moët & Chandon, Veuve Clicquot etc.) a racheté le joailler Tiffany qui avait lui-même acquis le tiers des joyaux de la couronne française au XIXe siècle…! Une histoire indissociable de la France. Il s’agit donc d’entreprises françaises qui rachètent des entreprises américaines inscrites elles-mêmes dans un héritage français. Un retour aux sources d’une certaine manière qui illustre le nouveau souffle d’une économie française un peu endormie.

Et puis n’oublions pas la finalité de ces transactions : celle de plaire à une nouvelle génération de jeunes consommateurs (notamment les fameux millenials chinois), en redonnant un peu de lustre et de modernité à des marques vieillissantes qui peinent à gagner de nouveaux segments.

Assumons le protectionnisme économique

Quelle leçon en tirer pour nos fleurons industriels et digitaux français ? D’abord, qu’il faut aider nos entreprises hexagonales dans des secteurs-clés, notamment le digital (c’est-à-dire l’économie de la donnée), afin qu’elles acquièrent des positions de leader. L’objectif ? Permettre de garantir l’économie de demain.

Signatures de contrat public, obligation d’avoir des fonds nationaux privés dans certains secteurs, droits de douane pour les entreprises étrangères, il existe de nombreuses manières de favoriser les entreprises locales. Cela semble peut-être aller à l’encontre de l’économie de marché. Mais à y regarder de plus près, les Etats-Unis, les Russes et les Chinois ne sont-ils pas les champions en la matière ? Alors assumons franchement et aidons nos entreprises européennes dans les secteurs-clés du futur pour les voir devenir de supers mastodontes qui feront rayonner le savoir-faire et l’excellence à la française.

 

 

 

 

Euryale Chatelard est une entrepreneuse spécialisée dans le digital. Elle a vécu aux Etats-Unis, en Grèce, en Chine et elle vit à présent à Moscou. Elle est Directrice générale d'Ecritel Russie et Fondatrice d'Opal-Agency.

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