La Convention climat rentre dans le dur

La Convention climat rentre dans le dur

La visite d’Emmanuel Macron aux membres de la Convention citoyenne pour le climat a contribué à dramatiser les enjeux de cette enceinte dont les propositions sont attendues au tournant.

Depuis le mois d’octobre, 150 citoyens tirés au sort travaillent à définir des mesures destinées à faire baisser les émissions françaises de gaz à effet de serre d’au moins 40% d’ici 2030 (base 1990). Une façon innovante d’aboutir à un consensus éclairé sur un enjeu majeur à partir de sensibilités diverses – l’échantillon se veut représentatif de la population française. 

Rappelons que cette Convention a été instaurée par le Président de la République pour réinjecter de la démocratie après l’épisode de contestation déclenché par une hausse des taxes sur le carburant légitimée, justement, par les impératifs de transition énergétique. 

Suspense sur ce que mijote la Convention climat

La visite du Président de la République, vendredi 10 janvier, marquait la fin d’une période au cours de laquelle les citoyens mobilisés ont beaucoup écouté les experts venus les éclairer sur les enjeux de la transition. Répartis en cinq groupes (Se loger, Se nourrir, Produire, Consommer et Se déplacer), ils ont aussi esquissé des pistes, une dizaine par groupe de travail. 

Personne ne sait à quoi ressembleront les propositions finales, ni leur degré de « radicalité » par rapport au fonctionnement actuel de l’économie et aux usages du quotidien. Mais à en croire les premières esquisses, le consensus ne serait pas si mou. Exemples pris au hasard des groupes : réduire le temps de travail sans perte de salaire dans un objectif de sobriété, rendre obligatoire et coercitive la rénovation globale des bâtiments, contraindre l’usage de la voiture en solo. De quoi donner des sueurs froides à pas mal d’acteurs économiques… 

Ces pistes ont encore le temps d’évoluer et surtout d’être précisées afin de devenir pleinement opérationnelles. Les travaux de la Convention doivent prendre fin le 4 avril, date à laquelle le Président s’est proposé de rendre à nouveau visite aux apprentis législateurs. 

Un grand saut dans l’inconnu 

Lors de son premier passage, Emmanuel Macron l’a dit et répété : les propositions qui sortiront de la Convention seront transmises « sans filtre». Et donc, potentiellement, mises en oeuvre telles quelles. En vérité, le flou continue de régner sur le fruit de cette expérimentation inédite. Sans préjuger de la teneur de ses résultats, la suspicion continue de peser sur l’ensemble du processus.  

D’abord parce que depuis les gilets jaunes, et pour une bonne partie de l’opinion, la suspicion est attachée à la personne de M. Macron. Ensuite, parce que certaines paroles du Président ne laissent pas d’intriguer. Déjà, l’usage du « sans filtre » : il suppose que les propositions soient suffisamment élaborées d’un point de vue juridique pour être adoptées telles quelles sous forme de décret ou de loi…. en admettant que le gouvernement et le Parlement l’acceptent ! 

Surtout, le Président a déclaré qu’il se réservait « le droit de ne pas être d’accord », et donc, potentiellement, de ne pas donner suite à certaines mesures. Des mots qui ne figuraient pas dans son intervention écrite mais prononcés à la tribune. De quoi faire surgir le spectre de l’hyperprésident censeur face à un échantillon de volonté populaire.  

L’environnement otage des calculs politiciens ? 

D’un autre côté, le chef de l’Etat s’est dit prêt à faire adopter certaines mesures par référendum. Manière de leur donner plus de poids, mais aussi de contourner l’obstacle d’une éventuelle incompatibilité avec la Constitution dont le Président est le garant. On sait qu’Emmanuel Macron entend jouer la double carte du régalien de l’environnement pour se mettre en orbite en vue de 2022. L’option d’un référendum peut aussi se lire comme une manoeuvre destinée à occuper le terrain sur un enjeu climatique censé dépasser les clivages. 

Manœuvre périlleuse. A lire les commentaires d’internautes en pointe contre le gouvernement, l’hypothèse apparaît d’ores et déjà comme une diversion, une insulte au « peuple » à qui on n’a pas demandé son avis sur la réforme des retraites. Et certains de préconiser une abstention massive pour ne pas « offrir de victoire à Macron ». 

La configuration du paysage politique français est à ce point conflictuelle et partisane que n’importe quel projet soumis à référendum offre la tentation d’être transformé en couperet contre le chef de l’Etat. Et c’est ainsi  que la cause environnementale, dont tout le monde ou presque se plaît à souligner l’urgence, pourrait finir otage de calculs nationaux à court terme. 

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