Info ou intox ? L’interview gênante du patron de Philip Morris

Info ou intox ? L’interview gênante du patron de Philip Morris

Au Figaro, le patron de Philip Morris International André Calantzopoulos a tenté de démolir les associations de santé, les accusant de manœuvres de lobbying. Selon lui, les ONG feraient même replonger les anciens fumeurs. Un comble pour des associations qui oeuvrent en faveur de la santé publique.

Au rayon de l’hypocrisie avec une belle dose d’enfumage, je demande… Philip Morris.

Le 20 janvier dernier, Le Figaro publiait l’interview d’André Calantzopoulos, le PDG du leader mondial du tabac. L’occasion pour lui de revenir sur la santé du marché de la cigarette, alors que les produits alternatifs comme la cigarette électronique rebattent légèrement les cartes, en cette période de chasse à la nicotine déclenchée par un certain nombre de ministères de la Santé autour de la planète. L’occasion, également, d’un bel enfumage de la part du patron de Philip Morris, qui a empilé les déclarations hypocrites.

Selon lui, « les gouvernements ne jouent pas assez leur rôle pour favoriser le passage des fumeurs aux produits alternatifs à la cigarette », par exemple. Pourtant, plusieurs pays jouent la carte de la hausse du prix des paquets pour inciter les fumeurs à freiner leur consommation – la fameuse barre des dix euros en France. D’autre part, pourquoi les gouvernements faciliteraient-ils l’émergence des produits alternatifs au tabac, qui seraient tout autant nocifs, d’après plusieurs études indépendantes, mais également d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ?

Risques potentiellement réduits ?

Bien que « probablement moins toxiques que la cigarette », les e-cigarettes – têtes de gondole de l’industrie du tabac pour faire repartir ses chiffres à la hausse – sont « incontestablement nocives » et devront être ainsi régulées, concluait l’OMS dans un rapport sur le tabagisme mondial, présenté le 26 juillet dernier à Rio de Janeiro. « Bien que certains de ces produits émettent moins d’émissions que les cigarettes conventionnelles, ils ne sont pas sans risque et leur impact à long terme sur la santé et la mortalité est encore inconnu », peut-on lire également dans le rapport.

L’OMS, qui fait la distinction entre les produits « de tabac chauffé » et les « cigarettes électroniques » proprement dites, explique « Les produits de tabac chauffé sont des produits générant des aérosols contenant de la nicotine et d’autres produits chimiques, que le consommateur inhale par la bouche. Ils contiennent donc la nicotine, substance hautement addictive présente dans le tabac, conférant à ces produits le pouvoir d’engendrer la dépendance. ». Or, précise ensuite l’OMS, « un certain nombre de ces produits sont disponibles sur divers marchés. On citera IQOS de Philip Morris ». En fait, toutes les majors de l’industrie du tabac ont leur propre produit.

Selon la Revue médicale suisse« face à la diminution constante des ventes de cigarettes conventionnelles, l’industrie du tabac a développé et mis sur le marché depuis 2015 [ces nouveaux produits], vendus comme des produits à risques potentiellement réduits […]. Toutefois, les principaux composés toxiques émis par la fumée de cigarette conventionnelle sont aussi présents ». Et il n’existe pas, à l’heure actuelle, de rapports permettant d’indiquer clairement quels sont les risques du tabac chauffé. Tout juste Philip Morris a-t-elle engagé auprès de l’US Food and Drug Administration (FDA) une demande de certification, et s’est vu répondre, début 2018, qu’elle « n’avait pas réussi à démontrer qu’un réduction de l’exposition aux produits chimiques pouvait raisonnablement se traduire par une réduction mesurable des maladies ou des décès », renseigne la Revue médicale suisse.

Est-ce qu’il ne serait pas temps d’appliquer à ces nouveaux produits la même législation et la même fiscalité que celles en vigueur pour les cigarettes traditionnelles, comme le propose un certain nombre de députés et d’eurodéputés comme Michèle Rivasi par exemple ?

« Visibilité auprès des jeunes »

Dans le Figaro, le patron de Philip Morris pose également d’autres questions : « La FDA a autorisé la commercialisation d’IQOS aux Etats-Unis, mais pas la diffusion de message sur son risque réduit. Est-ce un handicap ? ». Oui, peut-on d’ores et déjà lui répondre. Encore une fois, si l’agence américaine ne s’est pas prononcée sur certains produits, c’est bien qu’ils présentent quelques risques, d’addiction notamment. Dans son communiqué, d’ailleurs, la FDA a affirmé qu’elle surveillera de près la phase de commercialisation des produits de tabac chauffé, afin de s’assurer que leur vente « respecte les restrictions de l’agence visant à prévenir leur accès et leur visibilité auprès des jeunes ».

André Calantzopoulos, ensuite, n’a pas été particulièrement tendre avec « certaines ONG hostiles à la cigarette électronique [qui] ont tenté d’en tirer profit [du fait que les gouvernements ne jouent pas assez leur rôle], et cela a semé la confusion chez les utilisateurs : certains vapoteurs se seront remis à fumer des cigarettes », a-t-il estimé. Argument un brin fallacieux que d’accuser les ONG de faire du lobbying – chasse gardée des multinationales dont fait partie Philip Morris. Qui plus est pour leur faire porter le chapeau et les accuser de faire replonger les anciens fumeurs : ne sont-elles pas là, bien au contraire, pour véhiculer un message de santé publique ?

Enfin, on apprend que Philip Morris a « réclamé » le droit de faire de la publicité pour les produits alternatifs à la cigarette. Un contresens total, dans la mesure où l’OMS, faut-il le rappeler, se garde bien de dérouler le tapis rouge aux cigarettes électroniques et autre tabac chauffé.

Plutôt que d’écouter ou de lire les fumisteries des grands patrons du tabac, les fumeurs devraient tenter de se sevrer, non grâce aux produits marketés par ces industries, mais bel et bien… en arrêtant la consommation de tabac.

 

Eric Fougerolles est un journaliste spécialisé dans le domaine de l’économie et de l’Europe. Diplômé de Sciences Po et en Droit communautaire, il travaille depuis une quinzaine d’années pour divers médias européens. Il est rédacteur pour Confluences.

2 commentaires

  1. Avatar
    BÉZIAURépondre

    Loin de moi l’intention de défendre l’industrie du tabac que je considère comme le pire épouvantail pour les solutions de sortie de tabagisme comme le vapotage. Mais cet article souffre d’une méconnaissance des sujets affligeante. Comme si un prof de math devait noter une dissertation de philosophie. C’est pathétique.

  2. Avatar
    NIKONIK10Répondre

    Merci de ne pas mettre la vape dans le meme sac que l’Iquos et autres dispositifs de tabac. La vape participe à la défume dans bien des pays, même si les BIG Tobacco s’y interessent depuis peu. Il existe donc également un angle financier plus large. La campagne contre la nicotine est menée par ce que les économistes appellent une coalition baptiste-bootlegger , baptisée du nom des prédicateurs baptistes qui ont fait campagne pour les lois bleues (qui avaient été instituées pour garantir la morale publique et le respect du repos dominical.) et des contrebandiers d’alcool qui voulaient des magasins d’alcool fermés le dimanche afin de pouvoir vendre de l’alcool illégalement. Les baptistes ont fourni aux hommes politiques une excuse vertueuse pour augmenter les profits des contrebandiers. Les contrebandiers pourraient récupérer une partie des recettes en faisant des dons aux églises baptistes et aux politiciens qui ont adopté les lois.
    Merci de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

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