Le nouvel aéroport de Libreville menacé par une holding peu scrupuleuse ?

Le nouvel aéroport de Libreville menacé par une holding peu scrupuleuse ?

Alors que les autorités gabonaises ambitionnent de faire du futur aéroport de Libreville un véritable hub, le choix de l’entreprise monégasque Monaco Resources Group (MRG) pour assurer une partie des activités logistiques du site soulève de nombreuses questions, et pourrait remettre en cause la volonté affichée du gouvernement de lutter contre la corruption endémique. 

Un nouvel aéroport pour entrer de plain-pied dans la modernité. C’est ainsi que peut être perçu la future aérogare de Libreville, qui devrait accueillir ses premiers passagers d’ici à 2021. Situé à une quarantaine de kilomètres de la capitale, le chantier, qui devrait s’étaler sur trois ans, se déploie sur 4 500 hectares et entend répondre à une ambition simple : remplacer l’actuel aéroport Léon Mba, désormais obsolète, et surtout s’imposer comme un « hub aéroportuaire en Afrique centrale et de l’Ouest ». Une ambition portée au plus haut niveau politique, destinée à renforcer l’attractivité du Gabon sur la scène internationale.

Si l’opportunité du projet ne fait pas débat, sa réalisation et l’exploitation du futur complexe sur le long terme supposent, en revanche, que l’Etat s’associe avec des partenaires – privés – dont il peut garantir la fiabilité. Et c’est là que le bât blesse : pressentie pour assurer une partie des services logistiques de l’aéroport de Libreville, la société Monaco Resources Group (MRG) traîne en effet derrière elle une sulfureuse réputation comme le révèle la Tribune Afrique. Présente sur le continent africain depuis moins d’une dizaine d’années, l’entreprise monégasque s’est, en un temps record, imposée dans nombre de secteurs aussi juteux qu’hétéroclites, depuis les mines jusqu’au négoce, en passant par l’agriculture et la logistique aéroportuaire.

Le sulfureux groupe MRG

MRG est un conglomérat qui semble spécialisé dans tout et rien à la fois. Un côté touche-à-tout et une voracité apparente qui, d’emblée, n’inspirent pas la plus grande des confiances. A fortiori lorsque l’on sait, comme l’a révélé la lettre confidentielle Africa Intelligence, que cet exponentiel développement africain n’a été rendu possible que par le recours, massif, au crédit, la société s’étant fait une spécialité de se financer sur les marchés obligataires européens, sur lesquels elle a levé – en son nom ou par le truchement de ses nombreuses filiales, toutes ou presque domiciliées dans des paradis fiscaux – plusieurs dizaines, voire centaines de millions d’euros.

Enfin, MRG est dirigée par un certain Axel Fischer, un homme d’affaires allemand, aussi influent que discret, voire secret. Et pour cause : le fondateur et PDG de MRG a été condamné à de la prison ferme par la justice de son pays d’origine, qui l’accusait à la fin des années 1990 de fraude aux subventions, d’évasion fiscale et d’augmentations frauduleuses de capital.

En effet, l’Etat se montrerait particulièrement inquiet du fait que plusieurs multinationales, comme le transporteur DHL, auraient refusé de confier leurs opérations à la filiale de MRG, choisissant de ce fait de traiter ces activités en interne. Même défiance du côté du géant minier américain Alcoa, qui a pour sa part annoncé refuser tout contact direct avec MRG en raison des « activités commerciales passées » de ses dirigeants selon Africa Intelligence. Enfin, le groupe monégasque est également accusé par des sources bien informées de systématiquement sous-investir dans les équipements dont il a la charge au Gabon.

Une lutte anti-corruption nécessaire 

Dans ce contexte, sous-traiter une partie des activités logistiques du futur aéroport de Libreville à une société à la réputation irréprochable est important, compte-tenu de la volonté affichée du gouvernement de lutter contre la corruption. Le secret n’en est plus un : c’est une véritable « opération mains propres » qui a été déclenchée, à la fin de l’année dernière, par le président Ali Bongo au plus haut sommet de l’Etat, conduisant à l’arrestation de plusieurs de ses fidèles – comme son propre directeur de cabinet, Brice Laccruche Alihanga, ainsi que de nombreux hauts responsables de structures publiques et parapubliques.

Si la volonté d’en finir avec ce fléau qu’est la corruption ne semble pas faire de doutes, notre pays a encore un long chemin devant lui pour atteindre les meilleurs standards internationaux, comme le démontre sa piteuse 123e place dans la dernière édition de l’Indice de perception de la corruption établi par l’ONG Transparency International.

 

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