Coronavirus : les assureurs persistent et signent

Coronavirus : les assureurs persistent et signent

Piqués au vif par le Crédit Mutuel puis le Crédit Agricole, la Société Générale et la BPCE, qui ont tous annoncé prendre en charge la perte d’exploitation liée au Coronavirus de leurs assurés, les assureurs n’ont pas tardé à réagir. Mais alors qu’on pouvait s’attendre à un alignement des positions en ces temps de solidarité, ces derniers ont opté pour une autre stratégie.

« inacceptable concurrence déloyale »

Prendre en charge la perte d’exploitation liée à l’épidémie en cours, il fallait oser. Si certains consommateurs s’en réjouissent, pour d’autres, qui pouvaient jusqu’alors espérer un traitement similaire de la part de leur assureur, c’est la douche froide : les assureurs généraux, qui martèlent depuis le début de la crise que la pandémie n’est pas un risque couvert par les contrats, se sont insurgés de cette prise de position des bancassureurs, et ils ne mâchent pas leurs mots : ils n’ont ainsi pas hésité à dénoncer, dans un courrier à l’attention de la Fédération Française de l’Assurance (FFA), « une entorse extrêmement grave à la déontologie de la profession », « un préjudice majeur pour la réputation de tous ses acteurs » et une « inacceptable concurrence déloyale ».

Pas de solidarité donc. Et pas de prise en charge en vue pour leurs assurés, n’en déplaise aux organismes et personnalités françaises qui ne cessent d’appeler à l’aide. L’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) multiplie ainsi, depuis le début du confinement, les appels à une intervention massive des assureurs dans la prise en charge des pertes financières : « ces montants [200 000 euros puis 3,2 millions d’euros débloqués par les assureurs] ne sont pas suffisants au regard des niveaux de croissance, de rentabilité et de solvabilité des assureurs », clame ainsi Alain Grégoire, président du syndicat patronal en Auvergne–Rhône-Alpes, dans une interview à l’Argus de l’Assurance le 17 avril. « Je veux aussi mettre la présidente de la Fédération de l’assurance, Florence Lustman, face à la responsabilité de ses propos : “Prévenir, accompagner et soutenir dans un monde marqué par l’incertitude, c’est la mission de l’assureur qui protège au quotidien et prépare l’avenir”, poursuit-il.

Quelques jours plus tôt, c’était le chef cuisinier Michel Sarran qui demandait, à travers une vidéo diffusée sur Twitter, au président « de mettre la pression sur les assurances pour aider les professions du secteur ». Deux appels à l’aide qui arrivent peu de temps après que le Chef de l’État ait annoncé, lors de son allocution télévisée, que « les assurances doivent aussi être au rendez-vous », en promettant d’y être « attentif ».

Souffrant déjà d’une réputation de mauvais payeurs, les assureurs généraux s’attirent, depuis le début de la crise, les foudres de leurs assurés. L’un d’entre eux, le restaurateur Stéphane Manigold, n’a par ailleurs pas hésité à passer des paroles aux actes puisqu’il a assigné son assureur, Axa France, en justice à la suite de son refus d’indemnisation des pertes d’exploitation. « Axa se soustrait à ses obligations en refusant d’exécuter la garantie contractuelle couvrant l’indemnisation au titre de mes pertes d’exploitation alors qu’aucune exclusion ne s’applique », explique-t-il, dans un communiqué publié le 14 avril.

MMA joue les moutons noirs

Si les assureurs semblent faire front, MMA vient d’adoucir sa position en annonçant « une indemnité de crise sanitaire » — allant de 1 500 à 10 000 euros — à ses assurés professionnels « ayant souscrit une assurance multirisques professionnelle, qui inclut une garantie de perte d’exploitation après incendie ». « Cette indemnité s’ajoute aux dispositions contractuelles, indépendamment de toutes garanties qui pourraient être dues », a néanmoins tenu à préciser MMA.

« Nous savons à quel point ces entreprises souffrent de la crise COVID-19. Pourtant elles agissent et trouvent des solutions pour s’en sortir. Et elles attendent la même chose de nous, leur assureur : que nous leur apportions notre soutien financier, concrètement, tout en respectant les règles fondamentales de l’assurance », a ainsi déclaré Didier Bazzocchi, le directeur général de MMA. Ou comment jouer sur les deux tableaux en faisant preuve de solidarité envers ses assurés, tout en évitant de susciter, comme ce fut le cas pour les bancassureurs, la colère des autres assureurs. Auxquels la prise de position de MMA pourrait donner des idées.

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