L’UE prépare l’après-Covid avec sa nouvelle stratégie agricole

L’UE prépare l’après-Covid avec sa nouvelle stratégie agricole

Si le modèle agricole européen a fait preuve de résilience pendant la crise du coronavirus, Bruxelles travaille déjà à l’après-Covid-19. Parmi de nombreux sujets, celui de l’étiquetage nutritionnel reste en suspens, opposant deux conceptions antinomiques de l’alimentation.

Des files d’attentes à n’en plus finir devant les supermarchés, des rayons alimentaires dévalisés, des citoyens au bord de la famine… Rien de tout cela n’est advenu. Contrairement à ce que l’éphémère « ruée sur les pâtes » – et le papier toilette – a pu laisser craindre aux premiers jours du confinement, l’Europe a, dans l’ensemble, plutôt bien résisté à la crise liée au Covid-19. Une résilience qui ne doit rien au hasard, le modèle agricole européen ayant fait la preuve de son efficacité et de sa réactivité, évitant, dans une large mesure, aux consommateurs de devoir ajouter à l’angoisse de l’épidémie les effets d’une pénurie alimentaire.

Pour soutenir le secteur, les autorités européennes ne sont pas restées les bras croisées, la Commission anticipant certains paiements prévus au titre de la politique agricole commune (PAC), flexibilisant les règles de concurrence et de stockage, ou encore ouvrant des « couloirs verts » permettant aux camions de marchandise de franchir sans difficulté des frontières devenues étanches.  « Peut-être que s’il y avait eu une PAC différente, il n’y aurait plus à bouffer aujourd’hui », se félicite l’eurodéputé Jérémy Decercle, selon qui la crise a démontré que « le modèle (européen) n’est pas si ridicule que cela ».

Une nouvelle stratégie agricole qui fait l’impasse sur l’étiquetage alimentaire

En dépit de ces bons résultats et malgré un contexte sanitaire et politique peu favorable au débat politique, la Commission européenne devrait rendre publique sa nouvelle stratégie agricole le 20 mai prochain. Baptisée « De la ferme à la fourchette » (« Farm to Fork » en anglais), elle s’intégrera pleinement au « Green Deal » européen et à la nouvelle PAC, qui fait l’objet d’âpres négociations entre Etats membres. Parmi ses objectifs, cette stratégie visera notamment à harmoniser l’agriculture européenne tout en la rendant plus « responsable », en visant la neutralité carbone à l’horizon 2050. Devraient également être abordées des problématiques aussi diverses que celles du bien-être animal, de l’utilisation des pesticides ou encore de l’étiquetage des aliments.

Ce dernier point fait, cependant, toujours débat, et il semblerait bien que les auteurs de la stratégie « De la ferme à la fourchette » n’aient pas dégagé de consensus. « La stratégie (…) favorisera l’harmonisation des étiquetages, mais n’imposera pas d’étiquette type », confirme la commissaire européenne à la sécurité alimentaire, Stella Kyriakides. Une manière de botter en touche sur un sujet qui, pourtant, devrait mobiliser en plus haut lieu et à propos duquel s’intéressent, légitimement, de plus en plus de consommateurs européens. « L’adoption d’un système d’étiquetage nutritionnel obligatoire et uniforme en Europe est cruciale », rappelle ainsi Patrycja Homa, de l’ONG polonaise ProVeg, selon qui « les consommateurs doivent pouvoir trouver facilement les aliments qui leur conviennent ».

Qui du Nutriscore ou du Nutrinform s’imposera ?

Ils devront prendre leur mal en patience et, pendant un temps encore du moins, naviguer entre les divers systèmes d’étiquetage en vigueur au sein des États membres. Parmi ces systèmes, deux tiennent la corde, sans parvenir à s’imposer unilatéralement : d’un côté, le Nutriscore, un système de notation promu par la France, qui classe les aliments sur une échelle allant de A à E, et du vert au orange, en attribuant des points en plus en fonction de leur teneur en protéines, en fruits en en fibres, ou en moins en fonction de la présence de sucres ou de graisses saturées ; de l’autre, le système Nutrinform, défendu par l’Italie et fondé sur la présence de nutriments et le respect de valeurs quotidiennes recommandées.

Deux manières de noter les produits de tous les jours aux approches radicalement différentes, donc, tel aliment pouvant être à la fois recommandé par le Nutriscore et dévalorisé par le Nutrinform – et vice versa. Schématiquement, les critères retenus par le premier ont tendance à favoriser les régimes carnés, riches en protéines, au détriment des produits issus de la gastronomie méditerranéenne, traditionnellement riches en huile d’olive ou en parmesan, par exemple. Un léger contresens, alors qu’il est désormais démontré que la consommation de viande favorise la déforestation et les émissions de gaz à effet de serre – phénomènes contre lesquels l’UE entend lutter – et que la cuisine méditerranéenne est mondialement reconnue pour ses bienfaits.

Les partisans du Nutrinform soutiennent au contraire une approche fondée sur la notion de portion, absente de la logique purement algorithmique du Nutriscore : en somme, il n’est pas déconseillé de consommer du fromage ou de l’huile d’olive si cela est fait avec modération. « Ma préférence personnelle penche vers le système italien », témoigne Carmen Botez, de l’AIPROM (Crop Protection Association) : le Nutrinform « est plus libéral, il fournit les informations de manière transparente et laisse la décision d’achat au consommateur, alors que le système français restreint la perspective à la seule valeur nutritionnelle des aliments ». De solides atouts qui, une fois n’est pas coutume, laissent donc toutes ses chances à l’idée venue du « sud » de l’Europe.

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