L’électrification des véhicules au cœur de la relance verte

L’électrification des véhicules au cœur de la relance verte

Comme pour l’alimentation, le logement et le travail, la crise du coronavirus a rebattu les cartes dans le secteur des transports. Avec le déconfinement, la mobilité durable, et en particulier électrique, est désormais au cœur de la dynamique de relance verte.

En à peine deux mois de confinement, de nombreux secteurs d’activité ont dû repenser leur modèle de fonctionnement en profondeur pour s’adapter au « monde d’après ». La prise de conscience de la dépendance de la France aux importations a ainsi agi comme un électrochoc en faveur d’une relocalisation des sites de production. Ce réveil citoyen s’est accompagné d’une sensibilité accrue à la protection des ressources naturelles, et donc à l’adoption d’un mode de vie plus durable. Avec le déconfinement, l’élan écoresponsable pourrait bien se poursuivre en repensant la manière de se nourrir, de se loger, de travailler et aussi de se déplacer. Le transport routier est en effet le premier secteur émetteur de gaz à effet de serre en France (29,4 % en 2016, selon le ministère de la Transition écologique). À ce titre, le développement de la mobilité électrique joue un rôle majeur dans la relance verte souhaitée par les Français, comme par l’État.

Soutien aux véhicules propres

Mardi 26 mai dernier, Emmanuel Macron a ainsi dévoilé son plan de soutien au secteur automobile, touché de plein fouet par la crise du covid-19. Trois priorités ont été fixées dans ce cadre : soutenir les entreprises en difficulté, investir pour produire en France et renouveler le parc automobile en faveur des véhicules propres. Le Gouvernement souhaite garder le cap de la transition écologique du secteur pour atteindre ses objectifs de baisse en matière d’émissions polluantes et de CO2. Pour ce faire, des mesures incitatives doivent faciliter l’acquisition de véhicules propres par les Français, au premier rang desquelles le renforcement du dispositif de bonus écologique pour les véhicules électriques et véhicules hybrides rechargeables. 

Ces annonces étaient attendues. Peu avant le début du déconfinement, plusieurs propositions avaient émergé dans le débat public afin d’accélérer l’essor des véhicules électriques et hybrides rechargeables. Début mai déjà, les premières préconisations de la Convention citoyenne pour le climat (CCC) incluaient une hausse du bonus écologique de 6 000 à 9 000 euros et la création d’un prêt à taux zéro (PTZ) pour l’achat d’une voiture électrique, ainsi que l’abaissement du seuil de malus écologique de 110 à 95 g/km. De son côté, la Fondation Nicolas Hulot avait également émis une série de 12 mesures pour démocratiser l’accès et l’usage des véhicules électrifiées. L’organisation demandait l’extension de la prime à la conversion aux véhicules électriques d’occasion, le conditionnement des aides au respect de la stratégie nationale bas carbone, mais aussi le renforcement des investissements dans le futur Airbus des batteries européen, la mise en place d’un contrat de transition énergétique pour l’ensemble de la filière, et l’accélération de l’installation des bornes de recharge par le soutien financier des particuliers et des collectivités.

Bornes de recharge : un calendrier accéléré

Car pour asseoir l’usage des véhicules électriques et hybrides rechargeables dans le temps, l’autonomie des véhicules et la disponibilité des bornes de recharge sont des facteurs déterminants. Et le Gouvernement l’a bien compris. Le plan automobile prévoit ainsi d’accélérer le déploiement des bornes de recharge pour atteindre l’objectif de 100 000 bornes dès fin 2021 plutôt qu’en 2022, comme prévu initialement. La création d’un fonds de mutualisation a par ailleurs été annoncée pour lever le frein à l’installation des bornes dans les copropriétés. L’exécutif pourra compter sur le dynamisme des acteurs de la filière pour atteindre ses objectifs. EDF, en s’appuyant notamment sur IZIVIA, sa filiale spécialiste de la mobilité électrique, veut s’imposer d’ici deux ans comme le premier exploitant de réseau de bornes de recharge et annonçait dès octobre 2018 l’ambition de déployer 75 000 bornes par ses soins en France, en Belgique, au Royaume-Uni ou encore en Italie. Une démarche qui vise à rendre la mobilité électrique accessible à tous et partout. De leur côté, les pétroliers se positionnent aussi sur ce marché. A l’image de Total, qui développe un réseau de recharge électrique haute puissance et vise 1 000 points de recharge disponibles en 2022 sur voies rapides (autoroutes, voies express). De quoi considérablement booster le marché de l’électrique. 

Les ventes de véhicules électriques déjà survoltées avant la crise

Avant l’épidémie de covid-19, la dynamique de l’électromobilité se trouvait déjà bien engagée. Dans un marché automobile au ralenti, les ventes de véhicules électrifiés ont plus que doublé au premier trimestre 2020 pour atteindre 7,1 % des immatriculations, contre seulement 1,9 % en 2019. « Il n’empêche, partout en Europe, les fondamentaux sont bons, assure Emmanuel Bouvier, directeur commercial électrique chez Renault. Les gammes s’élargissent avec des propositions plus accessibles qui répondent mieux aux différentes configurations d’usage, et tout indique qu’avec la multiplication de modèles électriques en circulation, leur acceptabilité sociale progresse. ».

Malgré la crise économique, le marché de l’électromobilité pourrait profiter de cette période pour décoller encore plus, prédisent les professionnels. « Les ventes de la e-208 sont stables à hauteur de 15 % de l’ensemble du modèle alors que nous anticipions une proportion de 10 %, s’étonne-t-il. Les crises sont souvent des accélérateurs de tendances, et, même si l’on manque encore de recul, je pense que celle du covid-19 va hâter la prise de conscience environnementale et encourager la transition énergétique. » Un avis partagé par Lionel French Keogh, directeur générale de Hyundai France, qui prévoit de réaliser plus de deux-tiers des ventes avec des véhicules électrifiés dès la fin d’année. « [L’après-coronavirus] va renforcer les préoccupations autour des questions de santé, affirme-t-il. Ce sera valable lorsqu’il s’agira d’acheter des légumes bio mais aussi de choisir une voiture ayant un faible impact sur l’environnement. ».

 

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