Solidarité Covid-19 : deux poids deux mesures

Solidarité Covid-19 : deux poids deux mesures

Mobilisation générale : alors que la France affrontait la première vague de l’épidémie de Covid-19 et que le président de la République préparait ses concitoyens à la « guerre » contre le virus, les entreprises tricolores ont mis la main à la pâte — ou pas — pour participer à l’effort de guerre. Distribution des bons et mauvais points.  

Se laver les mains faisant partie des premiers « gestes barrières » destinés à limiter la propagation du coronavirus, l’urgence était de produire et diffuser, massivement, du gel hydro-alcoolique. Dont acte : la production française de gel a été multipliée par dix en quelques semaines, passant de 50 000 litres par jour à 500 000 litres. Les entreprises du luxe et des cosmétiques furent les premières à proposer leur expertise et moyens de production : LVMH s’est lancé dans la fabrication « en grande quantité » de gel hydro-alcoolique grâce à ses usines de parfums Dior, Guerlain et Givenchy ; L’Oréal et Shiseido lui ont emboîté le pas.

Les bons élèves de la crise sanitaire

Des grands groupes aux PME, la filière chimie s’est aussi mobilisée, produisant 100 000 litres de gel par jour. Les producteurs d’alcool ont également répondu à l’appel, le groupe Pernod Ricard offrant 70 000 litres d’alcool pur au laboratoire Cooper, le principal fournisseur de gel hydro-alcoolique en pharmacie, et les distilleries Armand Guy, Paul Devoille ou Peureux — ainsi que les rhumeries de Martinique — produisant et offrant, de leur côté, autant de matière première que leurs capacités industrielles le leur permettaient.

Les masques FFP1, FFP2 et chirurgicaux faisant cruellement défaut aux malades et personnels soignants, les entreprises françaises ont redoublé d’efforts pour atteindre, rapidement, 10 millions d’unités par semaine, triplant la production nationale. « Un tour de force pour cette industrie très concurrencée par l’Asie », s’est réjoui Vincent Moulin Wright, le directeur général de France Industrie. Michelin, l’équipementier Faurecia (filiale de PSA), LVMH toujours, son concurrent Kering, Bouygues, et des dizaines de PME comme Le Slip Français, Saint James ou Oscar de la table, ont offert ou se sont mis eux-mêmes à produire des centaines de milliers de masques de protection.

Le groupe d’emballages Sphère a, quant à lui, réorganisé sa production pour livrer 10 millions de sur-blouses aux hôpitaux français. De son côté, Air Liquide a doublé sa production de respirateurs artificiels, tout en s’associant avec PSA, Valeo et Scheider Electric pour fabriquer 10 000 nouvelles unités. « La crise du Covid-19 aura démontré que le secteur industriel demeure la clé de voûte d’une économie, et au-delà, un formidable gisement de solutions technologiques et d’innovations pour parer les ravages des crises, qu’elles soient sanitaires, climatiques ou écologiques », s’est encore félicité M. Moulin Wright.

Les assureurs, mauvais élèves du confinement

Si l’industrie s’est montrée exemplaire en ces temps de crise, ce ne fut pas le cas d’autres secteurs économiques, pourtant attendus au tournant. Les assureurs notamment, et même le bancassureur breton Crédit Mutuel Arkéa qui, à la différence des autres fédérations du groupe Crédit Mutuel et des autres bancassureurs, ne versera pas de prime exceptionnelle à ses assurés professionnels victimes de pertes d’exploitation. Et, si la fédération de Bretagne a par ailleurs accepté — à la demande du gouvernement — de reporter les échéances de plus de 50 000 prêts bancaires, ce « geste » sera accompagné de pénalités financières : « si plusieurs banques respectent leurs engagements, ce n’est pas le cas du Crédit Mutuel de Bretagne », déplore ainsi Gwendolen Fer, cliente d’Arkéa.

La mauvaise volonté des assureurs — et du bancassureur breton —, dont le métier consiste précisément à indemniser leurs clients en cas d’imprévus, restera ainsi longtemps gravée dans la mémoire des professionnels français. En particulier dans celle des hôteliers et restaurateurs, durement éprouvés par les mesures de confinement, et qui se sont vus opposer « une fin de non-recevoir, sans que les compagnies ne prennent le temps de regarder les dossiers », regrette auprès du quotidien Le Monde Alain Grégoire, le président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) — qui évalue à 10 milliards d’euros le coût des fermetures imposées par le confinement.

Se retranchant derrière le fait que le risque pandémie n’est pas mutualisable, les assureurs ont dû faire face aux tirs croisés de leurs clients, des parlementaires et du gouvernement, le président de la République allant jusqu’à se déclarer « attentif » au respect de leurs devoirs. « Les assureurs sont devenus le bouc émissaire de cette crise, mais ils en sont largement responsables, analyse un proche du dossier. Ils ont sans cesse donné l’impression de se faire tirer l’oreille. Dans une telle crise, il faut d’emblée faire des gestes ».

Certains professionnels n’ont pas attendu et, à l’image du chef Stéphane Manigold, ont traîné leur assureur devant la justice, justice qui a condamné Axa à l’indemniser. Une décision qui a inspiré d’autres restaurateurs, comme Michel Saran, qui a lui aussi porté plainte contre son assureur Axa. « Face au manque de solidarité et la mauvaise volonté du secteur des assurances, je ne peux qu’encourager mes collègues à faire de même », a déclaré le célèbre chef cuisinier. L’attitude du groupe Axa est d’autant plus choquante que l’assureur a décidé, en dépit des recommandations de l’APCR, le gendarme des institutions financières, de maintenir le versement de dividendes à ses actionnaires.

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