Lutte contre le piratage : ça marche mieux quand on est ensemble !

Lutte contre le piratage : ça marche mieux quand on est ensemble !

Le piratage en ligne n’a, pendant longtemps, pas trouvé d’adversaire à sa taille du côté de la justice. Les derniers revers enregistrés par les contrefacteurs pourraient néanmoins changer la donne, en convainquant les autorités nationales de la nécessité de renforcer la coopération interétatique. À défaut de quoi les pays récalcitrants pourraient, comme le sera peut-être l’Arabie saoudite, être sanctionnés.

Avis de tempête dans le petit monde de la piraterie… en ligne. Le service de police européen Europol et le ministère américain de la Justice ont annoncé, le 26 août dernier, que les forces de l’ordre avaient mené, la veille, une série d’arrestations et de perquisitions visant plusieurs pirates informatiques. À la suite d’une longue enquête, plus de soixante serveurs auraient été démantelés dans une vingtaine de pays — dont la France, l’Allemagne et la Suisse — et deux contrefacteurs ont été appréhendés : George Bridi, à Chypre et Janatan Correa, aux États-Unis.

« Vent de panique » chez les pirates

Avec Umar Ahmad, un résident norvégien qui n’a, quant à lui, pas été arrêté, ces trois hommes constituaient un groupe de pirates dénommé « Sparks », lui-même partie prenante d’une nébuleuse baptisée The Scene, spécialisée dans la diffusion illégale de contenus sur Internet. En se faisant frauduleusement passer pour des distributeurs officiels auprès de grossistes, ils parvenaient à mettre en ligne, sur des sites de téléchargement, de streaming ou des réseaux peer-to-peer, des centaines de films à gros budget — et ce, avant même leur commercialisation pour le grand public sous forme de DVD ou de Blu-Ray.

Considérable, le préjudice estimé pour les ayants droit est estimé à plusieurs dizaines de millions de dollars. Une fois n’est pas coutume, le coup de filet mené par les services de police a ciblé des pirates de haut vol, l’opération déstabilisant presque immédiatement tout « l’écosystème » de la contrefaçon en ligne et faisant même courir, d’après certains observateurs, un « vent de panique » au sein de la communauté du piratage en ligne. Mais il s’agit là d’une exception qui confirme la règle.

De la nécessité de faire évoluer les législations

Les législations actuelles rendent, en effet, la lutte contre le piratage en ligne digne du combat de Don Quichotte contre les moulins à vent… Les ayants droit font ainsi face à des malfaiteurs dont les serveurs sont, en général, situés au sein de pays échappant à toute juridiction européenne, ce qui rend, dans l’immense majorité des cas, inopérantes les demandes de blocage de sites illégaux – surtout s’il s’agit de retransmissions en direct de compétitions sportives, matches de football en tête, dont la « valeur » s’évanouit dès qu’a retenti le coup de sifflet final.

Déréférencer les sites en question s’avère tout aussi peu satisfaisant, la procédure ayant toutes les chances d’aboutir, toujours dans le cas de retransmissions sportives, après la fin du match concerné. Et, s’il existe bien des techniques permettant de « tatouer » les contenus les plus sensibles afin de retrouver l’origine du piratage, de bloquer le matériel détourné et d’interrompre les diffusions illégales (technique dite du « watermarking »), leur généralisation se heurte, pour le moment, à l’absence totale d’harmonisation internationale en la matière. Les pirates en tout genre semblent donc avoir encore de beaux jours devant eux…

Quand la coopération donne des résultats

Il arrive pourtant, comme l’opération menée contre le réseau « Sparks » le démontre, que le vent semble vouloir changer de sens. En plein cœur de l’été, le site YggTorrent, qui comptait 3,5 millions d’abonnés et pointait à la 35e place des sites les plus consultés en France, a ainsi été la cible d’une mesure de blocage administratif le rendant inaccessible depuis le territoire hexagonal ; Google ayant, parallèlement, tout mis en œuvre pour le désindexer de ses pages. Une belle victoire contre le piratage, qui n’a été rendue possible que grâce à la collaboration des FAI (Fournisseurs d’accès à Internet) français. Des FAI qui, en règle générale, ont plutôt tendance à traîner des pieds lorsqu’il s’agit de lutter contre la contrefaçon de contenus, allant jusqu’à monnayer leur éventuelle intervention en ce sens.

La lutte contre le piratage de films, séries ou matches de football avance donc à pas feutrés, les acteurs compétents ayant presque systématiquement un train de retard sur leurs cibles, quand ils ne sont pas délibérément freinés dans leurs efforts par des entreprises ou États récalcitrants… Une impunité qui pourrait bien être remise en cause à la faveur d’une petite « révolution » à l’œuvre dans le monde du football : l’Arabie saoudite, qui souhaite racheter le club anglais de Newcastle tout en étant accusée de se livrer au piratage massif de la chaîne sportive qatarie beIN, pourrait ainsi se voir déboutée en raison de son laxisme en matière de lutte contre le piratage. Si Riyad était effectivement empêché de se porter acquéreur du club de Premier League, cette nouvelle jurisprudence pourrait convaincre les Etats peu scrupuleux d’accélérer, enfin, leurs efforts contre le piratage en ligne.

1 commentaire

  1. Avatar
    LucRépondre

    Il y a pas de mal choses à dire, encore faudrait-il croire au pouvoir des mots.
    Mais comme tout propos est contestable …

    Toujours est-il :
    1. Que les ayants-droits sont bizarres.
    – Ils gonflent artificiellement le préjudice subi.
    Prétendre qu’un film ou un album copié aurait été acheté !

    – Ils s’avèrent que les artistes étaient rémunérés vraiment très peu par album acheté.
    Genre moins d’1 euro par album en cd il me semble.

    2. Qu’on doit se demander pourquoi certains piratent ou d’autres achètent.
    J’achète uniquement si j’estime que l’artiste le mérite.
    Les réseaux sociaux permettent de tisser un lien avec l’artiste.
    Quelqu’un qui montre sa vie, sa philosophie, etc, ne manquera pas d’intéresser les autres.

    3. Il y a des préférences.
    Les plus photogéniques sont montrés, les moins beaux ou plus âgés laissés de côté.
    Les radios diffusent les mêmes morceaux.
    Ce n’est pas équitable pour d’autres artistes laissés pour compte.

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