Présidentielle en Guinée : derrière Cellou Dalein Diallo, l’opposition en ordre dispersé

Présidentielle en Guinée : derrière Cellou Dalein Diallo, l’opposition en ordre dispersé

L’annonce de la candidature de Cellou Dalein Diallo a semé le trouble dans les rangs de l’opposition à Alpha Condé, certaines de ses figures reprochant au leader de l’UFDG son manque de cohérence. En décidant d’affronter le président sortant, le principal parti de l’opposition guinéenne ouvre pourtant un nouveau front politique qui, en parallèle du mouvement populaire refusant un troisième mandat de M. Condé, pourrait bien changer la donne. 

Une déclaration de poids. « Il est important qu’en tant que dirigeants de nos différents États membres de la Cedeao, nous respections les dispositions constitutionnelles de nos pays, notamment en ce qui concerne la limitation des mandats », a rappelé, mardi 8 septembre, le président du Nigeria, Muhammadu Buhari, selon qui il s’agit là d’une question générant « des crises et des tensions politiques dans notre sous-région ». Le chef de la première économie et de la première armée de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), qui s’exprimait à l’occasion d’un sommet de l’organisation ouest-africaine à Niamey (Niger), a ainsi tenu à marquer son opposition à la perspective d’un troisième mandat d’Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire et d’Alpha Condé en Guinée – perspective théoriquement prohibée par les Constitutions respectives de ces deux pays.

Dans la rue et dans les urnes, « mener le combat sur tous les fronts » 

Voix naturelle de la Cedeao et endossant, à ce titre, pleinement son rôle de leader régional, Muhammadu Buhari rejoint par ses récentes déclarations les positions de la communauté internationale, qui a toujours clamé vouloir respecter les décisions de l’organisation des Etats d’Afrique de l’Ouest. L’appel du président nigérian conforte également l’opposition guinéenne dans sa volonté d’alternance à la tête du pays dirigé, depuis 2010, par Alpha Condé. Bien qu’elle se soit longtemps positionnée contre la possibilité de présenter un candidat à une élection présidentielle considérée comme biaisée et perdue d’avance, l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), le principal parti d’opposition, vient d’annoncer que son leader, Cellou Dalein Diallo, affrontera bien le président sortant lors du scrutin du 18 octobre.

Une annonce qui n’a pas manqué de faire réagir les grandes figures de l’opposition guinéenne, au sein de laquelle une certaine résignation face à l’inéluctable victoire d’Alpha Condé semblait jusqu’alors régner. Ainsi du président du MoDeL, Aliou Bah, dont la formation fait, comme l’UFDG, partie du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC), un mouvement populaire s’opposant, depuis une douzaine de mois, à la nouvelle Constitution voulue par Alpha Condé – et adoptée dans le chaos le 22 mars dernier – et à un troisième mandat du chef de l’Etat : s’il juge cette décision « incompréhensible », Aliou Bah estime néanmoins que « l’essentiel est de parvenir (…) à obtenir le départ du pouvoir d’Alpha Condé et son clan d’imposteurs ».

Le juriste et ancien bâtonnier Mohamed Traoré partage peu ou prou le même avis, se rangeant du côté « de ceux et celles qui ont désapprouvé sans ambages la participation de l’opposition à l’élection présidentielle du 18 octobre prochain », en arguant notamment du « caractère peu fiable du fichier électoral (et du) fait que toutes les institutions (de Guinée) sont assujetties au Président » Condé. Mais « il ne faut pas perdre de vue que l’objectif de tous les démocrates guinéens (…) est de faire en sorte qu’il y ait une alternance », nuance l’homme de loi, qui a donc « décidé de soutenir de la façon la plus active un candidat en ayant espoir – certes mince – qu’il sera celui qui va mettre définitivement à la retraite politique » Alpha Condé. Et de conclure qu’il « est possible de mener le combat pour l’alternance (…) par la rue et par les urnes. On n’aura rien à perdre en menant le combat sur tous les fronts ».

Un front politique qui renforce le front social

Reste que l’annonce de la candidature de Cellou Dalein Diallo a semé le trouble, voire la division, au sein du FNDC. En témoigne le communiqué, volontairement ambigu, publié par les instances du mouvement au lendemain du dépôt de candidature du chef de file de l’UFDG, dont « découle naturellement (son) retrait » du FNDC, selon le texte en question ; un document où ne figure, par ailleurs, nulle part le terme d’« exclusion ». Et pour cause : en décidant d’aller à l’élection présidentielle, l’UFDG ne fait que répondre favorablement aux attentes exprimées par sa base militante, la quasi-totalité de ses fédérations locales et des membres de son bureau exécutif s’étant prononcés en faveur d’une candidature. En ouvrant, unilatéralement, un nouveau front politique, le parti de Cellou Dalein Diallo entend donc renforcer, davantage qu’il ne les fragilise, les fronts social et citoyen ouverts par le FNDC depuis plusieurs mois.

L’argument sera-t-il entendu par les autres composantes de l’opposition guinéenne ? Seul l’avenir le dira. Les prochains jours seront, à ce titre, décisifs, l’opposition devant démontrer sa capacité à occuper tant la rue – où sont déjà tombés de nombreux manifestants – qu’un espace politique corseté par un appareil d’Etat entièrement dévoué à la réélection d’Alpha Condé. En dépit des apparences, celle-ci n’est pas assurée, la dynamique sous-régionale n’allant pas, comme en témoigne la prise de position du président du Nigeria, dans le sens de troisièmes mandats à la légitimité douteuse. A condition de préserver une difficile unité, tout espoir de changement n’est pas donc pas vain pour le peuple de Guinée.

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