Réseaux sociaux made in France : l’heure de la renaissance ?

Réseaux sociaux made in France : l’heure de la renaissance ?

L’arrivée des géants américains et chinois sur le marché des réseaux sociaux semblait avoir sonné le glas des acteurs français. S’ils existent encore, les Viadeo et Copains d’Avant n’ont pas su résister à l’avènement de LinkedIn ou Facebook. Pourtant, c’est autour de nouveaux entrants, comme Yubo, Zenly ou encore Hoop, que s’est reconstruite la communauté des réseaux sociaux made in France. Un club — encore — très fermé, mais qui pourrait inspirer d’autres succès.

Quelques échecs retentissants

C’est un temps bien révolu. En 2008, Copains d’Avant, le bien connu réseau permettant à chacun de retrouver ses amis d’enfance, pouvait compter sur une dizaine de millions de membres. La communauté a aujourd’hui fondu et le modèle de la plateforme n’a pas résisté à l’avènement de Facebook, qui facilite très largement les recherches à partir d’un nom ou prénom. En février 2011, Skyblog atteignait le nombre stratosphérique de 34 millions de blogs ouverts depuis sa création. Un record qui ne sera plus jamais égalé. Peu à peu, la plateforme de blogging destinée aux adolescents a périclité pour, aujourd’hui, disparaître du paysage social media français.

Malgré des interfaces ultra-simplistes, une gratuité d’accès et une ergonomie intuitive, aucun de ces réseaux n’a réussi à s’imposer hors du marché hexagonal. Viadeo, la plateforme de netlinking et de réseautage professionnel longtemps comparée à LinkedIn, a tenté de se positionner sur des marchés émergents, comme l’Inde, la Chine ou encore le Mexique, sans jamais s’y imposer. Malgré une entrée en fanfare à la Bourse de Paris en 2014, où la société est capitalisée à 152 millions d’euros, la société enregistre une perte nette de 52 millions d’euros l’année suivante. En 2016 vient l’heure du redressement judiciaire puis du rachat par le groupe Figaro, permettant à la société de se repositionner sur le marché de niche des PME. Et d’y trouver, plus modestement, une seconde vie.

Les difficultés des réseaux français semblent liées à l’avènement des acteurs américains sur le marché européen et, plus particulièrement, français dans les années 2010. Entre 2010 et 2019, le nombre d’utilisateurs actifs de Facebook en France est passé est 9,7 à 37 millions. LinkedIn a atteint les 8 millions d’utilisateurs en 2014, tandis que Twitter connaissait un franc succès auprès des 15-24 ans, dont 16 % d’entre eux possédaient un compte en 2012. Une coïncidence qui n’en est pas une, tant la concurrence sectorielle est prononcée.

La renaissance des acteurs français… hors de France 

Mais les échecs connus n’ont finalement pas entamé la motivation des entrepreneurs français. Depuis 2015, plusieurs réseaux ont vu le jour. La plateforme sociale Yubo, fondée par Sacha Lazimi en 2015, est sans doute la plus populaire d’entre eux. Avec plus de 30 millions d’inscrits dans le monde, Yubo a d’ores et déjà dépassé le cadre hexagonal et s’est implantée aux États-Unis, en Australie ou encore au Royaume-Uni. Un succès osé dans des pays qui, traditionnellement, sont la chasse gardée des géants de la Silicon Valley. Une réussite qui lui a même permis de lever, en décembre dernier, 11,2 millions d’euros, auprès de plusieurs fonds d’investissement, dont Village Global, qui rassemble aujourd’hui les plus gros acteurs de la Tech américaine. Un destin étrangement similaire à une autre success-story à la française, l’application de géolocalisation Zenly, cédée 250 millions de dollars à Snapchat en juin 2017 après une levée de fonds de 22,5 millions l’année précédente.

Pour Sacha Lazimi, le succès de Yubo repose sur la capacité de sa plateforme à se différencier d’une concurrence qui, finalement, reste porteuse d’innovations. « Nous privilégions les échanges directs à travers des vidéos en temps réel dans des salons de discussion “à taille humaine”, d’en moyenne une dizaine de personnes » affirme Sacha Lazimi à nos confrères du Journal de l’Économie.

Mais, le créateur de Yubo n’hésite pas à confesser que le succès d’une plateforme sociale française n’est pas un phénomène si isolé : « Dans le pays, d’autres acteurs émergent aussi, comme Zenly, Voodoo, Hoop ou encore MWM, et montrent la vivacité et la qualité de l’écosystème B2C français ». Hoop, une application française fondée en février 2019 par Lucien Gervais et Grégoire Henrion, s’est greffée sur l’offre de services de Snapchat, qui a ouvert ses portes aux développeurs de logiciels externes. L’application a connu un pic de téléchargements en février 2020, s’érigeant sur le podium des applications les plus téléchargées aux États-Unis.

Ces différentes applications se positionnent tout particulièrement auprès du marché des adolescents et jeunes adultes, très porteur en Europe et dans le reste du monde. En effet, selon l’étude Emarketer de 2019, 90,4 % des jeunes de la Génération Y sont actifs sur au moins un réseau social. La Génération Z, cœur de cible d’une application comme Yubo, est celle passant, quotidiennement, le plus de temps sur les réseaux sociaux, avec une moyenne de 2 h 55, selon les données fournies par le Global Web Index.

Des applications absentes du marché français ?

Pas du tout ! Si les derniers gros succès français ont commencé à connaître leurs plus fortes hausses d’audience aux États-Unis, ils ne négligent pas pour autant le marché domestique. En effet, Yubo compte tout de même plus d’un million d’inscrits en France et imprègne, de plus en plus, les usages de la Génération Z. Jusqu’à rivaliser avec les acteurs traditionnellement ancrés dans les habitudes des adolescents, comme Snapchat ou TikTok.

Sur certains marchés plus spécialisés, les Français ne sont pas non plus en reste. Lanslot, une application destinée à rassembler les gamers, vient de passer le cap de la version bêta et est, désormais, disponible officiellement dans l’App Store et le Play Store. Lanslot a même, en février 2020, levé 330 000 euros pour accélérer son développement. Pas encore prête à conquérir le reste du monde, l’application devrait, encore quelque temps, se contenter du marché français.

Des initiatives foisonnantes un peu partout en France et qui, parfois, ont déjà réussi à se faire connaître hors de l’Hexagone. Mais surtout, des réussites à mettre en exergue avec l’excellente réputation de la French Tech à l’étranger, qui génère un appétit grandissant des fonds d’investissement internationaux.

 

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