L’économie mondiale entre résilience et inconnu

L’économie mondiale entre résilience et inconnu

Les dirigeants du monde entier ont aujourd’hui le nez collé à deux batteries d’indicateurs : d’un côté, ceux liés à la progression de l’épidémie de Covid, de l’autre les chiffres de l’économie. Chez les experts, les prévisions se succèdent et s’affinent pour tenter d’anticiper une situation qui évolue en temps réel. Celles du FMI tablent sur une crise plus longue, plus incertaine, mais aussi moins catastrophique que prévu.

Avec la crise sanitaire qui sévit depuis plus de huit mois, le monde est entré dans une zone de turbulences inédite. La thèse d’une contraction brutale de l’économie suivie d’une reprise fulgurante a fait long feu. Le virus s’est installé dans la durée, et avec lui la prise de conscience qu’il va falloir « vivre avec », dans un fragile équilibre entre santé publique et maintien de l’activité.

Dans ce paysage en clair-obscur, un mot fait aujourd’hui florès. Emprunté au vocabulaire de la psychologie, il désigne la capacité pour un corps (social) de tenir face à l’adversité, d’encaisser les coups, de se construire une armure à mesure que pleuvent les mauvaises nouvelles. Emmanuel Macron l’a employé dans son intervention de mercredi, laissant deviner un possible slogan de campagne. Il semble particulièrement adapté à la succession de chocs violents qui a marqué les débuts du XXIe siècle. Ce mot, c’est résilience.

Des prévisions moins catastrophiques que prévu après un été pas si maussade

Résilience : cela semble être la voie empruntée par l’économie mondiale pour les mois qui s’annoncent, à en croire le FMI. Augure particulièrement suivi des milieux d’affaires, l’organisation internationale basée à Washington a présenté cette semaine ses prévisions révisées pour la période 2020-2021, par la voix de sa chef économiste Gita Gopinath. Principale information, résumée sous la forme d’un indicateur globalisé : la contraction du produit intérieur brut (PIB) mondial serait de 4,4% cette année contre 5,2% estimé en juin. Une « bonne nouvelle » relative qui ne doit pas faire oublier qu’on vit la plus grosse contraction de l’économie mondiale depuis la Grande Dépression consécutive à la crise de 1929.

Explication de ce léger mieux ? Dans un grand nombre de pays, l’été post-confinement s’est traduit par une relance de l’activité plus forte que prévu. Hélas, cette reprise estivale s’est également accompagnée d’un relâchement des fameux gestes barrières, cause de la reprise épidémique en cours… Si bien qu’on peut s’attendre à de nouveaux ralentissements du fait de mesures sanitaires contraignantes. Est-ce à dire que le monde est condamné pour de longs mois à un chassé croisé des courbes, un mieux économique d’accompagnant d’un regain épidémique qui poussera les gouvernements, un peu partout dans le monde, à « ralentir la machine » ?

Commentaire de Gita Gopinath : « vivre avec le nouveau coronavirus est un défi pas comme les autres, mais le monde s’adapte ». L’économiste prévoit un retour progressif mais laborieux à des niveaux de croissance de 2019. Et encore, de façon désynchronisée, puisque l’Amérique Latine ne devrait pas atteindre cet objectif avant 2023. La clé, ici, c’est la science : si les scientifiques se révélaient impuissants face au virus, le marasme pourrait s’éterniser. Mais le retour à la « normale » pourrait être moins lent en cas de découverte rapide d’un vaccin.

De grandes disparités entre les régions du monde

Si on y regarde de plus près, on remarque des situations contrastées. Aux deux extrémités du spectre de la catastrophe, la Chine semble avoir repris sa marche en avant (+8,2% de croissance attendue l’an prochain), sa meilleure performance depuis 10 ans, tandis que les pays émergents, les plus touchés à la fois sur les plans économique et sanitaire, ont vu leurs perspectives se détériorer.

Une différence de prévisions particulièrement frappante concerne les Etats-Unis, dont le PIB devrait plonger de 4,3%, contre 8% estimé précédemment. Un indicateur de résilience qui ne manquera pas d’alimenter les derniers argumentaires des candidats à la Maison Blanche, dans une campagne électorale percutée de plein fouet par le virus.

En Europe, on reste pour 2020 dans des ordres de grandeur similaires aux prévisions précédentes, le PIB de la zone euro devant chuter de 8,3%, celui de la France de 9,8%. Une différence à noter pour 2021, année présentée comme celle du rebond : les prévisions diffèrent entre le gouvernement français et les experts du FMI. Là où Matignon table sur une reprise de 8%, le Fonds annonce +6%.

Satisfecit en revanche du côté des plans de soutien déployés dès les premières heures de l’épidémie. Gita Gopinath appelle les gouvernements du monde entier à soutenir l’activité pour éviter l’effondrement de secteurs entiers de l’économie. Elle encourage les élus américains à se mettre d’accord sur un plan de relance massif qui pourrait tirer la relance mondiale. Ce qui ne manquera pas d’attirer l’attention sur un autre indicateur symbolique, lourd de conséquences pour l’avenir : en 2020, la dette publique mondiale devrait approcher 100% du PIB.

Eric Fougerolles est un journaliste spécialisé dans le domaine de l’économie et de l’Europe. Diplômé de Sciences Po et en Droit communautaire, il travaille depuis une quinzaine d’années pour divers médias européens. Il est rédacteur pour Confluences.

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