LVMH-Tiffany : les noces gâchées

LVMH-Tiffany : les noces gâchées

Le rachat de Tiffany par LVMH annoncé en novembre 2019 devait être une opération financière et stratégique hors norme de 16 milliards de dollars. Depuis plaintes, accusations, provocations s’accumulent : les deux parties ont saisi la justice du Delaware pour un procès fixé le 5 janvier 2021.

Quelques mois auront suffi pour rompre les fiançailles d’une union pourtant prometteuse. La fin de l’été a ouvert les hostilités : le 9 septembre 2020, LVMH renonce à l’OPA (Offre Publique d’Achat). Le joaillier américain engage aussitôt des poursuites contre le groupe de Bernard Arnault lui reprochant de ne pas avoir honoré ses engagements en prenant du retard sur les démarches réglementaires et les autorisations administratives auprès de Bruxelles. Le géant du luxe affirme pourtant que la réception de la notification européenne serait attendue pour octobre.

Le rapport de force avait déjà pris du muscle lorsque à la fin de l’été le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves le Drian, par courrier officiel exhortait la direction du groupe de reporter le rachat de novembre 2020 à janvier 2021 en raison d’une menace de taxes américaines sur des produits français. Tiffany apprend cette opposition gouvernementale tardivement sans avoir de copie de la fameuse lettre et ne manque pas d’étoffer sa plainte pour que la procédure de rachat soit de surcroit accélérée. Le document ministériel pourrait rendre caduque la date de rachat prévue initialement fin août puis fin novembre 2020.

La passe d’armes de ce duel judiciaire illustre les tensions commerciales et fiscales incessantes entre les Etats-Unis et la France. En première ligne cet automne, le joaillier américain veut forcer la vente malgré des conditions devenues défavorables, le fleuron français dit s’en tenir aux préconisations ministérielles pour défendre ses intérêts.

Tiffany post-pandémie est trop chère

En janvier prochain, les deux sociétés s’expliqueront devant le tribunal civil américain. LVMH a porté plainte contre Tiffany devant la justice du Delaware le 28 septembre dernier et accuse le groupe américain de mauvaise gestion. Ses conclusions déposées auprès du tribunal devront lui permettre de faire valoir la clause relative à « un Événement Significatif Défavorable ». Clause qui pourrait confirmer l’annulation du rachat. Le joaillier Tiffany a eu en effet du mal à traverser la crise de la Covid 19 avec « une chute des ventes de 45% lors du premier semestre aux Etats-Unis » liée au confinement et à la fermeture des magasins, « et des pertes d’exploitation de 45 millions de dollars » sur la même période.

A la fin du printemps, le titre en bourse dégringole – 65/75 dollars par action vs 135 dollars pré-covid ! – et menace gravement les résultats et le potentiel du groupe joaillier pour Bernard Arnault. A la fin de l’été le constat est sévère mais lucide, la société Tiffany « en l’état » présente une santé financière ne permettant plus le rapprochement engagé quelques mois plus tôt.

Le trousseau de la mariée déshabillée

Le tableau de noces pré-Covid chiffrées à 14 millions d’euros pour LVMH est devenu en six mois un écrin vide. Un déshabillage indécent sous le manteau risque de saler la note judiciaire pour une mariée qui a sauvagement pillé sa dot. En effet, en dépit des résultats financiers déplorables du joaillier sur les deux premiers trimestres 2020- 105 millions de dollars de perte opérationnelle- plusieurs dizaines de millions de dollars en dividendes ont été versés aux actionnaires de Tiffany. Les dirigeants ont maintenu égales les rémunérations, ont permis bonus et jetons de présence sans scrupule pensant peut-être que l’entrée prochaine dans le groupe français permettrait d’essuyer les dettes et de combler les pertes.

Tiffany indolente, affaiblie et vénale tente de faire avaler son breakfast lowcost à son fiancé amer qui pavé de bonnes intentions en s’assurant d’avoir rapidement une grande partie des autorisations légales, ne supporte plus ses provocations opportunistes et condamnables.

L’année 2021 s’ouvrira sur un procès à valeur d’exemple d’un projet de fusions acquisitions avorté par la pandémie mondiale et la crise économique actuelles. Quatre jours devraient suffire pour exposer et traiter le litige qui oppose les deux sociétés. Rendez-vous est pris le 5 janvier devant la Chancery Court de l’Etat du Delaware.

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