À trop vouloir en faire, Arkéa serait-elle atteinte du syndrome d’hubris ?

À trop vouloir en faire, Arkéa serait-elle atteinte du syndrome d’hubris ?

Pour faire valoir son projet d’indépendance, le Crédit Mutuel Arkéa a multiplié les investissements dans un certain nombre d’opérations destinées à promouvoir son image auprès du grand public. Mais beaucoup de ces dépenses se retournent aujourd’hui contre la banque bretonne, dégradant sa réputation alors que son projet est au point mort. Actant la défaite, les hauts cadres et partenaires d’Arkéa quittent un à un l’aventure avant que leur propre image n’en souffre elle aussi.

« Perte du sens des réalités, intolérance à la contradiction, actions à l’emporte-pièce, obsession de sa propre image (…) : c’est le syndrome d’hubris ». Ce véritable cercle vicieux, indissociable de l’exercice du pouvoir, aurait-il entraîné la direction de la banque Arkéa qui, depuis cinq ans maintenant, se démène contre vents et marées pour faire aboutir son projet d’indépendance ? Si la banque bretonne a tout essayé ou presque pour faire sécession de sa maison-mère, la Confédération Nationale du Crédit Mutuel (CNCM), elle s’est, pour l’heure, heurtée à des déconvenues en chaîne. Ce qui n’a pas empêché sa direction de réaffirmer cet automne sa volonté de porter, contre toute vraisemblance, son projet à terme.

De lourds investissements

Mais, à trop vouloir en faire, l’établissement présidé par Jean-Pierre Denis n’aurait-il pas multiplié les investissements hasardeux ? Arkéa a ainsi apposé son nom – amputé, bien évidemment, de toute mention renvoyant au Crédit Mutuel – dans un certain nombre d’opérations de communication dispendieuses qui, aujourd’hui, semblent davantage nuire à sa réputation qu’elles n’en font la promotion. La banque, qui est également implantée dans le sud-ouest de la France, a par exemple signé un coûteux partenariat avec la grande salle de spectacle bordelaise, qui porte aujourd’hui son nom : l’Arkea Arena Bordeaux. Problème : à l’instar de tous les espaces événementiels du pays, l’immense salle affiche portes closes depuis le début de la crise sanitaire. Arkéa continue de la sponsoriser, mais n’en tire aucun bénéfice en termes d’image de marque.

La situation est encore pire en ce qui concerne l’engagement d’Arkéa dans le cyclisme. La banque, qui s’est notamment spécialisée dans les « FinTech », a ainsi dépensé de petites fortunes afin de modifier le nom de l’équipe « Fortuneo » – l’une de ses filiales de banque en ligne – pour y apposer son nom, et de recruter dans ses rangs le champion colombien Nairo Quintana. Comble de malchance, l’équipe Arkéa, qui participait cet automne à la dernière édition du Tour de France, a fait l’objet le 16 septembre d’une perquisition dans l’hôtel où résidait Quintana et certains de ses coéquipiers. Les enquêteurs y ont découvert « de nombreux produits de santé dont des médicaments dans leurs affaires personnelles, mais également et surtout une méthode pouvant être qualifiée de dopante », selon la procureure de Marseille, Dominique Laurens. Alors que deux membres du staff ont été entendus sous le régime de la garde à vue, le parquet de la cité phocéenne a ouvert, une semaine plus tard, une enquête portant « sur des soupçons de dopage visant une petite partie de l’équipe » Arkéa.

Les mauvaises nouvelles s’accumulent donc pour Arkéa, et pas seulement en termes de réputation, la banque bretonne devant faire face, comme toutes les banques, à la crise du COVID-19, synonyme « de pertes » ou de « chute brutale » des bénéfices pour les établissements bancaires. En somme, la banque de Jean-Pierre Denis a dilapidé de colossales sommes d’argent pour faire briller son image et faire valoir son projet d’indépendance – en vain, celui-ci étant à l’arrêt depuis plusieurs mois. Une succession de choix imprudents qui mettent la banque bretonne au pied du mur pour affronter la situation actuelle.

Départs en cascade

Ces épreuves et coups durs à répétition ne pouvaient être sans conséquence sur le moral des troupes. Depuis plusieurs mois, Arkéa enregistre ainsi une véritable hémorragie de ses cadres dirigeants. À commencer par le plus emblématique d’entre eux, le propre directeur général du groupe, Ronan Le Moal, qui a claqué la porte en février dernier – officiellement pour cultiver sa fibre d’entrepreneur ; officieusement, en raison de l’impasse du projet d’indépendance et de la tension croissante entre lui-même et Jean-Pierre Denis – Jean-Pierre Denis qui, de son côté, a annoncé à la fin de l’été passé sa progressive mise en retrait. D’autres démissions-surprises ont suivi, comme celles du DRH d’Arkéa ou de Bernard Le Bras (Suravenir). Et, début octobre, c’est le co-sponsor de l’équipe cycliste Arkéa-Samsic qui a menacé de jeter l’éponge : « s’il y a mise en examen (de l’équipe, ndlr), on arrête », a prévenu le fondateur de l’entreprise bretonne, Christian Roulleau. Comme un ultime avertissement.

1 commentaire

  1. Avatar
    JAMOISRépondre

    Bonjour,

    En conclusion de toute cette situation qui se dégrade, pouvez-vous me conseiller s’il faut changer de banque (je suis au CMB) et dans le flou de savoir s’il y en a meilleures que d’autres !
    D’avance merci pour votre réponse.

    Mme Jamois

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