La culture, nouveau centre de gravité des programmes de France Télévisions ?

La culture, nouveau centre de gravité des programmes de France Télévisions ?

Reconduite à la tête de France Télévisions pour 5 ans, Delphine Ernotte affine les choix éditoriaux du groupe en faisant peu à peu des programmes culturels et des documentaires «engagés» l’une de ses priorités.

« Pour mon second mandat, je veux donner un nouvel élan à France Télévisions», affirmait au Monde Delphine Ernotte. Début septembre, la Présidente du groupe audiovisuel français nommait ainsi Stéphane Sitbon Gomez, son collaborateur de 33 ans, directeur des antennes et des programmes, et se donnait alors les moyens de remplir son ambition : relever les défis qui se présentent à France Télévisions en termes de transformation numérique, de rajeunissement des audiences, de culture et d’éducation.

Le bilan délivré récemment par le Conseil supérieur de l’audiovisuel sur les quatre années de présidence de l’ex-directrice générale d’Orange était globalement satisfaisant. Et il s’agit aujourd’hui d’accélérer le processus de modernisation entamé lors de cette première mandature.

La Présidente avait en effet observé les réductions budgétaires voulues par l’État tout en se montrant à la hauteur des enjeux en termes de programmes culturels.

Le lancement en 2018 de Culture Prime, le premier média social culturel de l’audiovisuel public français, fut un événement marquant. Surtout, Delphine Ernotte se fit remarquer en débloquant 20 millions pour soutenir la création de fictions et de documentaires afin de faire face à la concurrence de plateformes telles que Netflix. Dans cette perspective, elle développa également la mise en place de coproductions européennes afin de financer des séries d’envergure, comme Leonardo, un biopic.

Depuis sa prise de pouvoir, les gestes de la Présidente de France Télévisions en faveur du documentaire se multiplient. Depuis 2017, l’émission hebdomadaire 25 nuances de doc met en avant des productions singulières à forte valeur ajoutée culturelle. Pour la saison 2019-2020, une case documentaire est même créée sur les 9 chaînes « Première » en outremer.

Cette « impulsion documentaire » s’apparente en réalité à une rénovation des propositions. Le 25 octobre, une soirée spéciale La Fabrique du mensonge se consacrait aux fausses informations et illustrait l’engagement du groupe dans la lutte contre les fake news. Depuis 2015, le groupe investit en effet fortement le sujet, déployant de nombreux contenus comme Data Science vs Fake, une série documentaire contre les infox en science.

Si l’histoire et la géographie occupent une place importante, de nouvelles thématiques, plus en prise avec les évolutions sociétales, sont également abordées. En témoigne la diffusion cet été sur France 2 et en première partie de soirée d’un documentaire coproduit par le Monde sur les féminicides.

La groupe déploie en fait de façon accrue une offre de documentaires événementiels, touchant notamment aux défis environnementaux (Rendez-vous en terre inconnue avec Thomas Pesquet). En 2018, la chaîne propose Histoires d’une nation, une série sur le rôle des immigrés en France de 1870 à 2005. La lutte contre l’homophobie, elle, est examinée en 2020 avec la diffusion du documentaire Stonewall, aux origines de la Gay Pride.

Proposant des sujets plus en accord avec la société française contemporaine (minorités, féminisme…), France Télévisions développe également de nouvelles formes narratives avec France TV slash, sa chaîne entièrement numérique destinée aux jeunes adultes (Invisibles sur les travailleurs du clic, Putain de nanas sur le rugby féminin).

Lors d’auditions menées par le CSA en 2019, les représentants des auteurs remarquent les mesures positives menées par le groupe en termes de financement et de diffusion du documentaire. Dans son avis sur le mandat de Delphine Ernotte, le CSA souligne en effet que « l’exposition du documentaire en première partie de soirée a très nettement progressé entre 2015 et 2018 sur l’ensemble des chaînes de France Télévisions (+ 36 %)».  

Malgré ces efforts, les programmes culturels sont cependant jugés insuffisants et c’est pourquoi le groupe donne aujourd’hui une nouvelle impulsion dans cette direction. Avec le reconfinement, la grille des programmes met désormais en avant le spectacle vivant (Au spectacle chez soi). Le choix de nommer un documentariste, Diego Buñuel, à la direction des programmes, n’est par ailleurs pas anodin.

France Télévisions se présente comme le 1er diffuseur du genre et œuvre pour renforcer cette identité de marque. Des sujets sensibles sont de plus en plus traités. Le documentaire Décolonisations, du sang et des larmes, disponible depuis octobre, représente à cet égard un tournant en abordant la colonisation.

Présenté en juin lors du festival Sunny Side, le line-up documentaire 2020-2021 du groupe s’inscrit dans cette démarche. Sex is comedy, Sex talk et Mission éducation sexuelle.. Une série de programmes plus pop est mise en avant et prend notamment pour thème la sexualité. Ce panel de contenus, centré sur la culture, montre que Delphine Ernotte et Stéphane Sitbon-Gomez ont pris en compte les remarques du CSA, reste à voir si ce tournant culturel assumé fera aussi la joie de l’audimat.

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