Europe : les espoirs de relance douchés par le virus

Europe : les espoirs de relance douchés par le virus

Après un été qui laissait présager un rebond économique, l’Europe est à nouveau au coeur de la tornade sanitaire. Les prévisions de la Commission européenne pour les prochains mois traduisent le risque d’un nouveau décrochage.

La prévision est un art difficile, surtout avec une tempête sanitaire qui n’en finit pas. A peine les gouvernants ont-ils élaboré leurs plans d’action face à la crise économique qui s’annonce que leurs statistiques sont rendues caduques. Jeudi, la Commission européenne a publié ses traditionnelles prévisions d’automne, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elles traduisent un refroidissement de saison.

Pour le Commissaire Paolo Gentiloni, la chute de 7,8% du PIB de la zone euro pour l’année 2020 signifie une chose : l’Europe est entrée dans la pire crise économique depuis la Seconde Guerre mondiale. Tous les pays sont frappés à des degrés divers. Mais ce sont les pays les plus touchés par l’épidémie, et aussi ceux qui ont pris les mesures restrictives, qui voient leur niveau de richesse s’effondrer le plus, sans qu’on puisse en tirer des leçons en termes de causalité : la Grèce (- 9%), la France (-9,4%), l’Italie (- 9,9%), et surtout l’Espagne (- 12,4%), accusent les performances les plus négatives. En haut du tableau, l’Allemagne (- 5,6%) et les Pays-Bas (- 5,3%), « limitent la casse », notamment grâce à leur industrie.

Un bémol qui fait office de clou supplémentaire dans le cercueil de la croissance : les prévisions de la Commission se basent sur des données recueillies jusqu’au 22 octobre, soit avant le déclenchement d’une vague de mesures nationales censées freiner la diffusion du virus, avec pour effet quasi-mécanique de ralentir l’économie. Selon certains calculs, ce nouveau ralentissement pourrait amputer le PIB européen d’un point de plus, simplement pour 2020.

A peine débloqué, le plan de relance européen pourrait être insuffisant

La principale nouveauté réside dans les prévisions pour 2021 : les prévisionnistes de Bruxelles annoncent un rebond à hauteur de 4%, alors qu’il y a six mois, ils tablaient plutôt sur 6%. Avant les reconfinements en cours, donc. Devant ce marasme économico-sanitaire, rendu  encore plus désespérant par la perspective d’une troisième vague, voire par d’autres épisodes critiques en l’absence d’un vaccin rapidement déployable, l’idée de reprise a du plomb dans l’aile. Il est désormais probable que le retour au niveau de richesse pré-Covid n’aura pas lieu avant fin 2022. Comme le résume crûment Le Figaro, « la pandémie aura coûté à l’Europe près de trois ans de croissance ». Et pour noircir encore le tableau, les économistes de la Commission n’excluent pas des cicatrices profondes et durables dans le tissu économique, voire une crise financière internationale qui achèverait d’aggraver les choses.

Dans l’immédiat, ce sont les plans de relance adoptés après la première vague qui suscitent à la fois l’espoir et l’inquiétude. Le plan européen de 750 milliards finalisé en juillet dernier devrait être mis en oeuvre au premier semestre 2021. Mais il ne le sera pas au 1er janvier, comme l’espéraient ses initiateurs, faute d’une validation rapide. Nul ne sait à ce stade s’il sera suffisant. Une difficulté soulignée par les observateurs des affaires européennes : relancer un round de négociations risquerait de donner lieu à des marchandages sans fin, notamment parce que certains pays s’estiment lésés par rapport aux équilibres décidés au printemps dernier. C’est le cas de l’Espagne, moins bien « lotie » que l’Italie dans le plan conçu en commun alors que Rome se trouvait en première ligne face au virus.

Rien ne décrit mieux le sentiment d’impuissance qui anime aujourd’hui les dirigeants européens que la caricature parue dans Le Monde pour illustrer l’annonce des prévisions de la Commission : on y voit un homme gonfler à toute vitesse un canot de sauvetage sur lequel on peut lire Plan de relance 1, tandis qu’une vague gigantesque se profile à l’horizon.

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