Handicap : le regard des employeurs évolue

Handicap : le regard des employeurs évolue

Deux employeurs sur trois sont prêts à embaucher une personne handicapée. Malgré la crise sanitaire, la transformation des modes de travail pourrait faciliter l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap.

C’est probablement la bonne nouvelle du confinement en matière d’emploi. Le troisième baromètre Agefiph-Ifop de la perception de l’emploi des personnes en situation de handicap révèle que deux employeurs sur trois (67 %) sont désormais enclins à embaucher une personne handicapée, soit une progression de 6 points par rapport à 2018.

Seuls 34 % des chefs d’entreprises estiment difficile pour un salarié handicapé de s’épanouir dans l’entreprise, et 16 % pensent qu’il ne pourrait pas se faire respecter par ses collègues, révèle l’étude publiée mardi 17 novembre et présentée en exclusivité par La Croix.

Il reste cependant du chemin à parcourir, le baromètre Agefiph révélant une méconnaissance du handicap chez l’ensemble des Français. Seuls 10 % d’entre eux savent en effet que 80 % des handicaps (environ 12 millions de personnes) sont invisibles, qu’il s’agisse de surdité, de troubles psychologiques ou de maladies invalidantes…

Or, « cette méconnaissance est indéniablement un frein à l’insertion des personnes handicapées dans l’entreprise, car on a tendance à ne voir la question du handicap que comme une question d’aménagement alors qu’il faudrait plutôt l’envisager en termes d’interactions sociales et de management », estime Véronique Bustreel, directrice de l’innovation, de l’évaluation et de la stratégie de l’Agefiph.

Êtes-vous handi-friendly ?

Afin de donner de la visibilité à tous les handicaps, les entreprises se mobilisent et multiplient les campagnes de sensibilisation internes. C’est notamment ce que fait  EDF. À l’occasion de la Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées (SEEPH), l’électricien a organisé des actions de sensibilisation vers les salariés et les managers, pour tester leurs capacités à réserver un accueil bienveillant aux personnes en situation de handicap dans l’organisation

Sous le haut patronage du parlement européen, la 24e édition de la SEEPH a rassemblé entre le 16 et le 22 novembre derniers entreprises, politiques, associations, société civile et demandeurs d’emploi en situation de handicap. Il s’agissait bien sûr de permettre à ces acteurs d’échanger, de s’informer et d’attirer l’attention sur l’emploi des personnes handicapées mais également d’agir concrètement pour faciliter leur recrutement.

Comme lors des éditions précédentes, de nombreuses grandes sociétés ont répondu présentes. Pour Microsoft, la SEEPH était l’occasion de rappeler son objectif de « donner à chaque individu et à chaque organisation les moyens de réaliser ses ambitions », comme l’a rappelé Philippe Trotin, directeur de l’inclusion et de l’accessibilité numérique.

Persuadé que « dans le domaine du handicap, comprendre c’est déjà agir », Frank Ribout, président de Randstad France, estime quant à lui que le partenariat avec la SEEPH permet au groupe de faire la chasse aux idées reçues.

Un accompagnement basé sur l’écoute

Pour EDF, il s’agissait d’être fidèle à ses engagements historiques. L’électricien a en effet été l’une des toutes premières entreprises françaises à signer un accord relatif à l’intégration professionnelle de personnes handicapées avec les organisations syndicales. Le Groupe contribue aussi à l’activité professionnelle des personnes handicapées au travers de ses achats au secteur adapté. Plus de 25 M€ d’achats ont été effectués auprès des entreprises adaptées (EA) et des établissements et services par le travail (ESAT) en 2019. Il s’agit, pour l’électricien, de  permettre aux personnes en situation de handicap d’exercer leurs compétences et de réussir leur parcours professionnel. « Parce que l’inclusion et l’emploi des personnes en situation de handicap sont des engagements d’EDF, de nombreux partenariats sont tissés chaque année. En interne, la qualité du dialogue social et notre réseau de correspondants sont des éléments clés d’écoute de nos salariés » explique Christophe Carval, directeur des Ressources Humaines du groupe EDF.  

Il va sans dire que le contexte sanitaire actuel ne fait qu’augmenter la complexité du défi du handicap en entreprise, aussi bien pour les collaborateurs que pour les employeurs. Mais tout n’est pas sombre pour autant. Pour Christophe Guérin, directeur des missions sociales à l’Union nationale des aveugles et déficients visuels (UNADEV), l’expérience du confinement pourrait même avoir des conséquences heureuses sur la situation des personnes handicapées : « Il y a une prise de conscience assez générale sur le fait que travailler n’implique pas forcément d’être présent physiquement à son poste de travail. Cela contribue à lever le frein de la mobilité. À terme, cette évolution des modes d’organisation pourrait faciliter l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap », prédit-il.

Dans tous les cas, des actions et un accompagnement spécifiques basés sur l’écoute devront être menés afin d’organiser matériellement l’activité à domicile des personnes handicapées tout en leur permettant d’être prêtes psychologiquement, comme le rappelle Consuelo Bénicourt, directrice responsabilité sociale d’entreprise chez Sopra Steria. Pour la spécialiste, « dans cette période difficile, l’entreprise doit informer, rester lucide et surtout être constamment à l’écoute de ses collaborateurs ». Qu’ils soient d’ailleurs handicapés ou non.

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