Les défis économiques de Joe Biden

Les défis économiques de Joe Biden

Donald Trump a beau contester le résultat des urnes, chaque jour qui passe rapproche un peu plus Joe Biden de la Maison Blanche. Après une élection disputée, le candidat démocrate s’apprête à prendre les  rênes d’un pays éprouvé par la crise sanitaire, mais qui a su faire preuve de résilience sur le plan économique. Pendant sa campagne, le prochain Président des Etats-Unis a déjà esquissé des orientations qui, forcément, auront un impact sur le reste du monde.

S’il est une chose que beaucoup de commentateurs mettent au crédit de Donald Trump, c’est son bilan économique d’avant Covid (en mettant de côté les déséquilibres souvent colossaux qu’implique une telle réussite). Un taux de chômage en dessous des 4%, chiffre correspondant au plein emploi. Une croissance supérieure aux prévisions des analystes. Mais ça, c’était avant l’irruption du virus, qui a considérablement terni le climat des affaires, provoquant une chute des indicateurs clés début 2020, avant une remontée tout aussi spectaculaire au troisième trimestre.

Reconstruire l’économie post-Covid

Là où Donald Trump a constamment minimisé l’impact du Covid, son successeur a promis d’en faire davantage pour lutter contre un virus qui continue de circuler activement sur le sol américain. Pour cela, il a proposé de lancer une campagne nationale de tests, s’est engagé sur la gratuité du futur vaccin et a promis d’investir dans les produits et équipements médicaux censés venir à bout de l’épidémie.

Parallèlement, il ambitionne de faire adopter un plan de relance économique jusqu’alors suspendu aux vicissitudes de la campagne. Pour ce faire, il devra convaincre sa future opposition républicaine d’accepter un compromis. 700 milliards devraient être mis sur la table, financés en partie par des impôts sur les plus riches et les bénéfices des entreprises à l’étranger. En tout, l’administration Biden entend faire payer 4000 milliards de dollars d’impôts supplémentaires aux mieux lotis sur les dix prochaines années. Ce qui ne devrait pas empêcher la dette publique de s’envoler, ce qu’elle aurait également fait avec Trump, lequel misait plutôt sur des coupes fiscales pour assurer un rebond de l’économie.

Se réclamant de l’héritage de Roosevelt, Biden entend donner à son plan de relance les allures de New Deal, en accentuant l’effort pour les Américains les plus modestes. Une partie des nouvelles recettes fiscales devait être réinvestie dans des programmes sociaux et dans l’éducation, ainsi que dans des travaux d’infrastructures.

Biden entend aussi renouer avec l’esprit de l’Obamacare (le système de couverture santé dont l’administration précédente s’est appliquée à défaire des pans entiers), en étendant le champ de ses bénéficiaires. Il prévoit également de doubler le salaire minimum, aujourd’hui fixé à 8 dollars, le passant à 15 dollars de l’heure au niveau fédéral, certains Etats ayant déjà adopté des mesures similaires.

A l’international, un retour attendu au multilatéralisme

Sans renoncer à défendre les intérêts américains, Joe Biden entend rompre avec la posture unilatérale adoptée par son prédécesseur, avec le fracas dont il était coutumier. Le dossier du climat constitue à ce titre un symbole. Dans les premiers jours de sa présidence, le climato-sceptique Donald Trump avait annoncé son intention de soustraire son pays aux Accords de Paris, qui contiennent des objectifs contraignants en matière d’émission de carbone. Parallèlement, le président-élu compte déployer un plan de 1 700 milliards pour que les Etats-Unis atteignent la neutralité carbone au milieu du siècle. Le retour annoncé dans l’enceinte de l’OMS et la perspective de voir les différends commerciaux à nouveau traités dans le cadre de l’OMC témoignent eux aussi d’une volonté de renouer avec le multilatéralisme qui caractérise la position américaine depuis les années Clinton.

Pour autant, il y a un point sur lequel Joe Biden ne devrait pas rompre avec son prédécesseur, c’est l’orientation vis-à-vis de la Chine. Comme Trump, Biden a mis en avant au cours de sa campagne le « made in America », annonçant sa volonté de poursuivre le réarmement industriel du pays. Si le ton des échanges avec Pékin devrait être moins agressif, les droits de douane adoptés à l’encontre des produits chinois ne devraient pas être supprimés. Le sujet étant considéré à Washington comme une priorité à l’échelle du siècle, d’aucuns jugent qu’il constituera la priorité de l’équipe Biden au cours de son mandat, priorité au sujet de laquelle les Etats-Unis pourraient davantage se coordonner avec l’Union Européenne.

Eric Fougerolles est un journaliste spécialisé dans le domaine de l’économie et de l’Europe. Diplômé de Sciences Po et en Droit communautaire, il travaille depuis une quinzaine d’années pour divers médias européens. Il est rédacteur pour Confluences.

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