Nucléaire : pour un débat public vraiment éclairé !

Nucléaire : pour un débat public vraiment éclairé !

Dans une tribune publiée le 8 octobre dernier, Amandine Albizzatti, PDG d’Enercoop, fournisseur d’électricité spécialisé dans l’électricité renouvelable, réclame « un véritable débat public » destiné à « sortir du nucléaire ». L’opposition classique entre les énergies renouvelables, vertueuses par nature, et l’énergie nucléaire, forcément néfaste, en nourrit abondamment l’argumentaire. En revanche, son auteure a le mérite d’exiger très légitimement que l’opinion se réapproprie ces enjeux cruciaux dans le cadre d’un débat public. Souhaitons cependant qu’il se réfère à la science, aux faits et à l’intérêt général. Non aux idées préconçues et aux intérêts financiers.

Une transition énergétique 100 % renouvelable n’est pas envisageable

Il est désormais admis que les énergies renouvelables subissent la loi naturelle de l’intermittence. L’intérêt d’une éolienne ou d’un panneau photovoltaïque est en effet logiquement conditionné à la puissance du vent et de l’ensoleillement. Les hommes n’ayant pas encore la maîtrise des éléments, la transition vers un modèle 100 % renouvelable reposerait sur le déploiement massif de solutions de stockage des énergies renouvelables pour pallier leurs insuffisances et éviter les pénuries. Une solution a priori intéressante, répétée à discrétion par les industriels, mais qui se heurte au problème des pertes qu’elle engendre. Il faudrait en effet surdimensionner nos capacités de stockage par rapport à la puissance des installations. « La perte d’énergie du cycle stockage-déstockage est de l’ordre de 20 % » chiffrent très justement Bernard Durand et Jean-Pierre Riou. En termes financiers, selon Jean-Marc Jancovici, « dans le cas d’un système basé sur les ENR intermittentes, le seul coût du stockage excède le coût de la reconstruction à neuf du parc nucléaire ». Même si les innovations continues dans ce domaine laissent augurer de sérieux progrès dans les années à venir, tant en termes de réduction des pertes que de coûts, il reste aujourd’hui difficilement imaginable de pouvoir compter uniquement sur cette solution.

Un mode de production pilotable est donc, dans tous les cas, nécessaire pour ajuster la production aux besoins des populations. Soit, donc, recourir aux combustibles fossiles (charbon, gaz…), soit utiliser notre parc existant de réacteurs.

La seule source d’énergie renouvelable qui, de facto, pourrait apparaître comme la plus vertueuse est l’hydroélectrique. Problème, France Nature Environnement considérait, dès 2013, que « la France a atteint les limites de son potentiel » dans ce domaine. Rappelons aussi que les infrastructures hydroélectriques risquent, souvent plus que l’éolien ou le solaire, de se heurter au plafond de verre de l’acceptabilité sociale dans les projets locaux.

La Cour des Comptes n’étrille pas que les coûts de la filière nucléaire nouvelle génération

Amandine Albizatti souligne à juste titre que la Cour des Comptes a épinglé les dérives évidentes, en termes de coût et de délai, de la filière EPR. Mais a malheureusement omis de préciser qu’elle a aussi étrillé le résultat des politiques publiques en faveur des énergies renouvelables, dans un autre rapport publié en 2018, qui évoque « un bilan industriel décevant (…) mis en regard des moyens consacrés au développement des énergies renouvelables, en particulier aux EnR électriques ».

Rappelons que la Cour des Comptes n’interroge pas la légitimité des énergies renouvelables ou du nucléaire dans leur apport à la transition énergétique, elle se contente d’en questionner le mode de gouvernance ou la stratégie de développement. Ou dans le cas des énergies renouvelables, l’absence de modèle économique viable faisant des éoliennes et des panneaux solaires d’immenses gouffres à subventions à l’efficacité encore très modérée.

Un débat public, oui, mais éclairé !

Si un débat public est évidemment toujours souhaitable, il ne peut reposer, sur un sujet aussi complexe, que sur un panel de connaissances scientifiques également partagé par le grand public. Un travail pédagogique sans lequel toute forme de « débat public » serait au mieux inutile, et au pire, contre-productive. Et le chemin vers une meilleure connaissance et objectivité des consommateurs reste sinueux.

Un sondage BVA, daté d’octobre 2019, témoigne de la méconnaissance profonde qu’ont encore les Français de la question nucléaire. S’ils en reconnaissent volontiers les atouts, 69 % d’entre eux considèrent qu’il contribue à la production de gaz à effet de serre et au dérèglement climatique. Une idée préconçue d’autant plus inquiétante qu’elle est largement partagée — à hauteur de 86 % — par les 18 – 34 ans. Pourtant, les données scientifiques concordent pour considérer que l’énergie nucléaire est l’un des modes de production les plus faiblement émetteurs de CO2, aux mêmes niveaux que l’éolien ou l’hydraulique. Et ce, tout au long de son cycle de vie. Il n’est plus guère que GreenPeace pour contester cette réalité qui, grâce à une communication habilement anxiogène, réussit pourtant à distiller dans l’opinion les graines de l’ignorance. Qui ont depuis bien germées…

Toujours selon ce sondage, le risque d’accident est un vecteur d’inquiétude pour 52 % des Français. Ce que Amandine Albozzatti nomme, sans doute, « les risques qui ne font que croître ». Une atteinte, encore, aux connaissances établies. Une étude de référence, publiée par la revue Environemental Science and Technology en 2013, indique que le nucléaire aurait permis de sauver 1,84 million de vies entre 1971 et 2019. Car, au-delà des catastrophes aussi tragiques que rarissimes, dont les conséquences perçues sont souvent là-encore surestimées, le nucléaire n’est pas un problème de santé publique. En Chine, la pollution de l’air résultant des centrales à charbon et des énergies fossiles tue : 500 000 Chinois en meurent chaque année, selon les conclusions d’une étude publiée dans Environment International en décembre 2018. Quid des déchets ? 56 % des sondés considèrent qu’ils contribuent à l’empreinte environnementale négative du nucléaire. Certes, mais les Français ignorent sans doute qu’une partie est recyclable et surtout que les déchets les plus dangereux, dits à haute activité et vie longue, ne représentent, en volume, qu’une infime partie du stock global. Et que le démantèlement des éoliennes — qui pose déjà problème pour les infrastructures de première génération —, n’est pas exempt de tout reproche et complexité notamment pour le recyclage des matériaux contenant des « terres rares ».

Un rapport de l’Assemblée nationale, daté de juillet 2019, conclut très justement que « la diversification du mix électrique et la substitution d’électricité de source nucléaire par une électricité de source renouvelable ne répond pas à la problématique du CO2 et du réchauffement climatique induit par les émissions de celui-ci ». L’argument climatique étant inopérant, au vu des faibles émissions des centrales nucléaires, pourquoi concentrer toute son énergie pour substituer à nos réacteurs des éoliennes et des panneaux solaires ? Alors même que tant reste à faire dans les transports, l’industrie ou encore la rénovation thermique des bâtiments… Le juste milieu ou juste « équilibre des énergies » reste donc à trouver, avec bien sûr une trajectoire forte sur une sortie progressive des énergies fossiles les plus polluantes, aucune énergie n’étant à ce jour, capable de répondre seule à l’entièreté de nos consommations.

Ingénieur de formation, Jean-François Moreau est un journaliste spécialisé dans les domaines de la transition énergétique et de l’efficacité énergétique des bâtiments. Il collabore avec les magazines spécialisés Filière 3E et Le Moniteur. Il dispense également des formations « RGE » aux entreprises du bâtiment. Dans un passé plus lointain, il a mené des projets sur les process et la logistique pour Ciments Calcia (Italcementi).

1 commentaire

  1. Avatar
    E_libresRépondre

    Cet article est une accumulation d’approximations et d’arguments partiaux et n’apporte rien au débat entre les énergies renouvelables (EnR) et la filière nucléaire.

    Quelques exemples:

    “il reste aujourd’hui difficilement imaginable de pouvoir compter uniquement sur [la solution du stockage]”
    L’auteur feint d’ignorer que nous n’aurons probablement pas le choix de faire autrement.
    En effet, le nucléaire assure notre production d’électricité mais cela ne représente qu’une petite partie de la totalité de l’énergie dont nous avons besoin et qui est actuellement couverte par les énergies fossiles pour les transports, l’industrie, le BTP. Or le nucléaire ne pourra JAMAIS assurer le remplacement des énergies fossiles en totalité. Que reste-t-il ? Le soleil. Donc le stockage, qui pourra prendre des formes différentes.

    “le démantèlement des éoliennes […] n’est pas exempt de tout reproche et complexité ”
    Osons, il en restera quelque chose, semble parier l’auteur. Car il faut oser comparer des déchets nucléaires (cumulés à plusieurs millions de tonnes) qui ont un effet avéré sur la santé à l’effort pour démanteler des installations dont la toxicité est mineure et techniquement maîtrisée.

    “pourquoi concentrer toute son énergie pour substituer à nos réacteurs des éoliennes et des panneaux solaires ?”
    La raison est simple: le prix. Dans le monde entier, l’électricité EnR atteint prix de marché sans subventions de 20 €/MWh et ça baisse encore. Le prix de l’électricité de l’EPR ne cesse d’augmenter: 120 € /MWh actuellement.
    Rationnellement, il vaut mieux investir dans les EnR que dans un EPR.

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