Préserver la biodiversité, l’atout stratégique des entreprises qui préparent l’après Covid-19

Préserver la biodiversité, l’atout stratégique des entreprises qui préparent l’après Covid-19

La question de préservation de la biodiversité gagne en popularité auprès des grandes multinationales comme Danone, qui répondent en cela aux fortes attentes des consommateurs. Mais pas seulement, car de la préservation des écosystèmes dépendra la viabilité et la durabilité de leurs modèles économiques et, in fine, leur propre survie. 

Les entreprises ont, depuis longtemps pour les plus pionnières d’entre elles, bien intégré la question de l’impact climatique de leurs activités. Mais qu’en est-il de la protection de la biodiversité ? Au moins aussi importante que celle du réchauffement du climat, cette problématique se fraie peu à peu un chemin dans les directions des grands groupes mondiaux. Le 1er octobre dernier se tenait ainsi à Paris une rencontre, placée sous l’égide de l’association Entreprises pour l’environnement (EpE), réunissant une trentaine de sociétés françaises au sein d’une coalition baptisée « Act4nature ». Objectif affiché : s’engager pour la protection des écosystèmes naturels.

Le défi de la prise en compte de la biodiversité

Axa, LVMH, Danone, Carrefour, Veolia, ADP, Total, Vinci… : tous les grands noms du CAC40 avaient répondu présents à l’appel d’EpE. « Avec le coronavirus, notamment lié à notre emprise sur la nature, les entreprises ont réalisé que les risques étaient bien réels explique dans La Croix la déléguée générale de l’association, Claire Tutenuit La crise sanitaire a rendu cet enjeu très concret, alors qu’il était jusque-là secondaire par rapport au climat ». Certains des groupes participant à la réunion en ont profité pour énumérer leurs engagements en faveur de la biodiversité. Problème : « la plupart (de ces engagements) ne sont pas précis, pas mesurables », relève dans le même quotidien Clément Feger, maître de conférence à AgroParisTech.

Il ne s’agirait donc pas tant d’une question de volonté, que de la difficulté à s’accorder sur un ou des indicateurs à même de mesurer l’impact des entreprises sur leur environnement. « En matière de biodiversité, les enjeux sont locaux et très divers : comment appréhender des effets aussi variés que l’impact sur l’eau, les sols ou l’habitat des orangs-outangs ? » interroge Clément Feger, qui pointe également le poids d’objectifs financiers court-termistes faisant parfois peu de cas de la protection de la planète. « Pour agir en profondeur, il faudrait transformer les modèles d’affaires et de gouvernance » des entreprises, conclut l’universitaire.

La perte de biodiversité représente « des risques importants pour les investisseurs »

Véritable défi, la prise en compte de la biodiversité au sein des entreprises représente aussi — et surtout — un atout pour leur développement et leur croissance. C’est la principale conclusion que tire un rapport, publié en septembre dernier par le Boston Consulting Group (BCG), consacré au secteur agroalimentaire. Selon ses auteurs, qui rappellent que l’agriculture est responsable de 80 % de la déforestation mondiale, le système en place n’est plus tenable : « la recherche de rendements élevés (…) a conduit à une normalisation mondiale des produits de base au détriment de la durabilité et de la résilience. L’agriculture est devenue un contributeur majeur de la dégradation de la biodiversité mondiale et de l’environnement ». De fait, actuellement, seulement neuf cultures (maïs, blé…) pèsent pour les deux tiers de la production agricole de la planète, tandis que pas plus de 30 plantes et animaux fournissent 95 % de l’apport calorique des êtres humains du globe : l’intensification du modèle agro-industriel s’est aussi accompagnée d’une standardisation et d’une disparition de la diversité dans sa propre production.

Et la nature n’est pas la seule à payer un lourd tribut à ces pratiques héritées de l’après-guerre. « Pour les entreprises dépendantes de l’agriculture, la perte de biodiversité menace les opérations et les opportunités d’innovation », poursuit le rapport, selon lequel « le système agricole actuel entraîne une perte de biodiversité et exerce une pression sur la résilience de la production à moyen et long termes. Les entreprises risquent de perdre en rentabilité en raison de la diminution des rendements et de la dépendance croissante à des intrants agricoles coûteux (…), de l’épuisement des sols et des pénuries d’eau ».

Le modèle actuellement en vigueur fait également peser « des risques importants pour les investisseurs (et) la réputation » des entreprises concernées. « Les entreprises qui ne font pas la promotion de la biodiversité pourraient voir les investisseurs perdre leur confiance à long terme et se retirer pour favoriser des investissements plus durables », prévient le BCG, qui n’oublie pas les « risques de réputation qui pourraient conduire à une baisse de la demande ou à des boycotts ». Une tendance que la crise sanitaire — qui a agi comme un « rappel vital de ce qui peut arriver lorsque nous ignorons ou échouons à lutter efficacement contre les menaces existentielles » — a encore accentuée, 70 % des personnes interrogées par le BCG se disant plus préoccupées par l’environnement qu’avant la pandémie de Covid-19.

Danone, le bon élève

De grands acteurs de l’agroalimentaire ont pris conscience de ces nouvelles aspirations sociétales, ainsi que de l’urgence et de l’intérêt de repenser leur modèle s’ils veulent préserver leurs parts de marché et bénéfices futurs. « Les principaux transformateurs de matières premières agricoles, comme Unilever, Danone et L’Oréal, ont pris des mesures décisives pour restaurer la biodiversité dans leurs chaînes d’approvisionnement agricoles », se félicite le BCG. Danone, à la fois groupe phare du capitalisme français et héraut de la biodiversité, a ainsi convaincu une vingtaine de multinationales de le rejoindre dans une coalition baptisée « Une activité planétaire pour la biodiversité ».

Lors d’un sommet organisé en septembre 2019 à l’ONU, le PDG du groupe français, Emmanuel Faber, a dénoncé « un système destructeur de diversité agricole et agroalimentaire ». Selon lui, les consommateurs « savent désormais que chacun de leurs achats leur fournit l’occasion de choisir un mode de consommation durable. Ils sont à la recherche d’un nouveau contrat social avec la nature, qui place la biodiversité au centre de l’économie et de la société ». Et le PDG de Danone d’appeler à « des actions tangibles » qui fassent naître « des solutions innovantes de protection de la biodiversité et des systèmes agricoles », comme le groupe tricolore l’a entrepris par exemple sur la question du soja. Il s’agit d’une question de survie — pour la planète, mais aussi pour les grands groupes du secteur.

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