Moment de vérité pour la Convention climat

Moment de vérité pour la Convention climat

Alors qu’on s’apprête à célébrer les cinq ans de l’accord de Paris, le paquet de mesures issu des travaux de la Convention climat entre dans une période décisive.

Les 150 citoyens membres de la Convention citoyenne pour le climat ont rendez-vous aujourd’hui et demain au ministère de la Transition écologique. La ministre Barbara Pompili doit leur présenter une première version de la loi destinée à transmettre en règles juridiques les propositions émises à l’issue de leurs travaux. Le projet est censé permettre l’application de 40 % des mesures proposées. Il sera présenté en conseil des ministres fin janvier 2021 avant d’arriver à l’Assemblée nationale en mars.

Mais plusieurs membres de la Convention ont annoncé leur intention de boycotter cette réunion. Ils mettent en avant le caractère factice de la co-construction promise. Déjà échaudés par les réunions conduites en présence de lobbyistes et d’ONG, ils ont le sentiment d’être mis devant le fait accompli, témoins passifs d’un projet déjà ficelé. Même frustration chez certains parlementaires également conviés, lesquels ont portant l’habitude de se faire traiter en simples exécutants.

Malentendus entre le Président et la Convention climat

La méfiance, en vérité, couvait depuis des mois. Tout de suite après la fin de la Convention, le 29 juin dernier, des doutes sont venus entacher cette procédure censée mettre les citoyens en prise directe avec la fabrication de la loi. La faute en revient en partie aux déclarations du Président de la République, principal sponsor du projet, qui avait fait miroiter en début de processus une application « sans filtre » des dispositions adoptées par cette enceinte à la composition inédite. Depuis, le Président semble passer son temps à préciser à ceux qui avaient fait mine de le prendre au mot le sens de l’expression « sans filtre ».

Arguant d’un droit à trois « jokers », il a commencé par ne retenir que 146 des 149 propositions formulées. Exit la limitation à 110 km/h de la vitesse sur autoroute, l’inscription dans la Constitution de la notion d’écocide et la taxe de 4% sur les dividendes des grosses entreprises. Plus tard, il y a eu ses déclarations mal perçues en faveur du déploiement de la technologie 5G, un point sur lequel la Convention appelait à la vigilance.

Depuis lors, une petite musique ne cesse de monter : la crainte que cette Convention ait été ce que beaucoup redoutaient depuis le début, à savoir un gadget censé apaiser les tensions suite à l’épisode des gilets jaunes. Après la connivence du début, s’est installé un climat de méfiance entre le Président et les citoyens tirés au sort, déterminés à honorer jusqu’au bout leur mandat. Un face à face qui, toutes proportions gardées, rappelle celui qui avait opposé l’Assemblée nationale au roi Louis XVI au moment des Etats généraux.

Tension avant la présentation du projet

L’imminence de la présentation du projet de loi a fait monter la tension d’un cran. Dans une tribune au Monde, le cinéaste Cyril Dion s’est inquiété que les mesures de la Convention, dans le secret des cabinets ministériels, aient pu faire l’objet d’ajustements, d’amendements et de réécritures diverses, au risque d’une dénaturation. Entre temps, ce militant écologiste intronisé garant du respect de la Convention avait lancé une pétition appelant à sauver ses acquis, pétition qui a collecté depuis plus de 330 000 signatures.

Emmanuel Macron lui a répondu vendredi, lors du long entretien accordé au magazine Brut. Manifestement piqué au vif par les critiques, il a défendu le caractère normal de la procédure en cours, refusant de considérer le texte de la Convention comme une parole immuable, évoquant au passage la Bible et le Coran. Une comparaison qui n’aura probablement pas contribué à apaiser les échanges, quand on sait que les défenseurs de l’environnement sont parfois comparés à des fanatiques…

Une nouvelle rencontre entre le Président et les conventionnels est prévue d’ici la fin de la semaine, à un moment qui marquera le cinquième anniversaire de l’accord de Paris. Rencontre potentiellement électrique au cours de laquelle les conventionnels ont prévu de se présenter en porte-parole de centaines de milliers de pétitionnaires, façon de rappeler Emmanuel Macron à la sienne.

Eric Fougerolles est un journaliste spécialisé dans le domaine de l’économie et de l’Europe. Diplômé de Sciences Po et en Droit communautaire, il travaille depuis une quinzaine d’années pour divers médias européens. Il est rédacteur pour Confluences.

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