Premier test électoral pour un Kazakhstan en voie de libéralisation

Premier test électoral pour un Kazakhstan en voie de libéralisation

Le 10 janvier prochain, les électeurs du Kazakhstan se rendront aux urnes pour renouveler la composition du Majilis, la chambre basse du Parlement bicaméral. Ce rendez-vous électoral constitue un test de choix pour ce pays d’Asie centrale, lancé dans une transition démocratique depuis la transition présidentielle.

En mars 2019, l’homme fort du Kazakhstan annonçait son départ de la présidence, à l’âge de 79 ans. Les commentateurs, à l’époque, ont parlé de « démission en trompe l’oeil », prêtant à celui qui dirigeait l’ancienne République Soviétique depuis une trentaine d’années l’intention de continuer à régner en coulisses. Quelques mois après cette annonce surprise, conformément à la Constitution – dont le texte s’inspirait du modèle français et a été rédigé avec la participation de Roland Dumas et Jacques Attali – Nazarbaïev passait la main à Kassym-Jomart Tokayev, qui présidait le Sénat avant d’être élu chef de l’État au suffrage universel en juin 2019.

Une transition saluée par l’Union européenne

Près de deux ans plus tard, ce dernier semble avoir pris la mesure de son rôle, incarnant la modernisation du pays, notamment aux yeux de l’étranger. Dès son arrivée aux affaires, Tokayev s’est lancé dans un vaste programme de réformes destiné à rétablir la confiance entre les élites dirigeantes et la population. Une démarche symbolisée par la création du Conseil national sur la confiance publique, dont la dénomination résume l’ampleur du défi.

Après plusieurs décennies consacrées au rattrapage économique consécutif à l’effondrement de l’URSS, les Kazakhstanais, notamment les plus jeunes, ont manifesté leur volonté de changement, n’hésitant pas à descendre dans la rue pour faire entendre leur voix. Pour répondre à ces aspirations, le nouveau chef de l’État s’efforce depuis plus d’un an de pratiquer une démocratisation contrôlée ». À la mise en place du Conseil de la confiance s’est ajouté le concept d’« État à l’écoute », destiné à impliquer la société civile dans l’élaboration des politiques publiques. L’adoption d’une loi sur les réunions pacifiques témoigne elle aussi de cette volonté de libéralisation.

Mais le geste le plus spectaculaire de cette entreprise d’ouverture fut la décision, annoncée en décembre 2019 à la tribune des Nations Unies, d’abolir la peine de mort. Jusqu’alors, la peine capitale faisait l’objet d’un simple moratoire, mesure jugée insuffisante par le chef de l’État qui entend désormais « protéger le droit fondamental, la vie et la dignité de la personne humaine ».

Un an après son élection, la diplomatie européenne saluait les débuts de Tokayev, évoquant « des progrès impressionnants dans ses efforts de modernisation et de réforme ».

Des élections placées sous le signe de l’ouverture

Les élections législatives de janvier prochain devront confirmer ces progrès. Dans leur organisation même, elles témoignent d’une volonté de s’approcher des plus hauts standards démocratiques.

Pour encourager le pluralisme, le gouvernement a décidé de baisser de moitié le nombre de membres nécessaires à l’enregistrement d’un parti, passé de 40 000 à 20 000. Un tout nouvel Institut de l’opposition parlementaire sera chargé de veiller au respect des partis minoritaires au sein de l’Assemblée. Parallèlement, des lignes directrices ont été émises pour favoriser l’inclusion des femmes et des jeunes de moins de 29 ans sur les listes électorales.

L’encadrement, en revanche, sera de mise d’un point de vue sanitaire. Comme la plupart des autre pays, le Kazakhstan a souffert et continue de souffrir des répercussions de la pandémie de Covid-19. En plus de ses conséquences sur la santé publique, la crise de la Covid s’est traduite par une chute des prix du pétrole, préjudiciable à l’économie de cet immense pays qui figure parmi les principaux exportateurs d’hydrocarbures. Une dépendance qui s’est traduite par une dépréciation de la monnaie, ce qui devrait conduire le pouvoir issu des urnes à accentuer les efforts de diversification économique.

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