Quel impact de la crise actuelle sur le marché du debt advisory ?

Quel impact de la crise actuelle sur le marché du debt advisory ?

Avec la crise économique et sanitaire, c’est tout l’écosystème de la dette privée qui s’est transformé. En quelques mois, les tendances amorcées depuis plusieurs années se sont subitement accélérées : polarisation du marché, émergence de nouveaux acteurs… Un paysage inédit dans lequel le rôle des conseils en financement semble être appelé à se renforcer.

Depuis le mois de mars, tout le secteur des fusions-acquisitions et du private equity avance dans le flou. En effet, l’épidémie de la Covid-19 et le confinement mondial ont provoqué un brusque ralentissement des opérations avec des investisseurs se concentrant désormais sur la viabilité de leur portefeuille. Mais pour combien de temps ?

Car le temps, c’est justement la grande inconnue. Si pour tous les professionnels du secteur, les dossiers ouverts avant le début de l’épidémie ont toujours cours, un décalage dans le calendrier a finalement eu lieu, notamment pour les levées de fonds.

Deux poids deux mesures : certains secteurs sont lourdement touchés par la crise économique, principalement le commerce de détail, l’hôtellerie, l’événementiel, l’aéronautique ou l’automobile. Inversement, la santé, l’agroalimentaire ou la tech résistent bien. Une situation qui annonce une vague de concentrations d’entreprises voire de liquidations dans certains secteurs, et une très forte dichotomie du marché pour les prochains investissements : les secteurs les moins exposés et les crédits les plus résilients pourront rapidement reprendre leur rythme pré-crise ; mais pour tout un pan de l’économie, il pourrait y avoir beaucoup moins de nouvelles opérations avant de nombreux mois, voire de nombreuses années.

Une configuration tendue, qui augure une plus grande prudence des prêteurs lors des négociations, même si, contrairement à la crise de 2008, l’accès au crédit reste toujours disponible.

Quelles évolutions au sein du marché du debt advisory ?

« La crise sanitaire a eu deux impacts principaux sur le marché du debt advisory » résume Mathilde Paoli chez Transaction R & Co, « d’une part la création ou l’accélération de tensions avec les créanciers existants. D’autre part une fenêtre d’opportunité pour financer les secteurs « gagnants » dans le contexte COVID, ces actifs bénéficiant d’un effet de rareté dans un environnement d’abondance de liquidités ».

Entre des prêteurs désormais plus frileux et des emprunteurs qui concentrent leurs efforts sur la recherche de liquidités, une communication permanente entre les parties, notamment entre banques et entreprises, est plus que jamais indispensable.

Un dialogue orchestré par deux types d’acteurs : les banques d’affaires et les avocats spécialisés en financement. Du côté des banques d’affaires, citons le leader du marché, Rothschild & Co. En 2019, Vincent Danjoux, Arnaud Joubert et leurs équipes ont travaillé sur près de 35 dossiers, pour des financements estimés à plusieurs dizaines de milliards d’euros.

Parmi les autres banques à opérer dans le secteur du debt advisory, on compte Lazard, avec 17 opérations et 8,5 milliards de financements levés en 2019, suivi de DC Advisory (3,3Mds€) et Degroof Petercam (3,2Mds€). Des acteurs qui travaillent main dans la main avec des cabinets parisiens prestigieux comme Bredin Prat ou encore Darrois Villey Maillot Brochier, qui ont, au sein de leurs équipes, des spécialistes en matière de structuration d’opérations de financement.

Dans ce contexte, les debt advisors sont donc particulièrement mobilisés, comme le constate Paul Lombard, avocat à la cour chez Willkie Farr & Gallagher LLP : « La crise actuelle a impacté de façon hétérogène les différents fournisseurs de dette. Il en résulte une concurrence accrue sur les transactions. Les conseils financiers se voient particulièrement sollicités aux deux extrêmes du marché : sur les deals porteurs pour faire jouer la concurrence et obtenir les meilleurs termes, et sur les deals compliqués pour trouver des prêteurs prêts à s’engager ».

Ces dernières années ont vu également l’émergence de boutiques spécialisées en financement comme celle de Jonathan Nabarro et Jennifer Hinge (qui ont récemment repris leur indépendance). Jennifer Hinge revient d’ailleurs sur la nouvelle fonction, notamment pédagogique, des conseillers : « Les conseils en debt advisory ont aidé de nombreuses sociétés à obtenir des prêts garantis par l’Etat (PGE) pendant le premier confinement. S’ils sont moins actifs aujourd’hui sur les PGE, ils vont devoir faire preuve à l’avenir de pédagogie. La plupart de leurs clients se retrouve dans une situation financière dégradée tout en ayant de la trésorerie. Les entreprises ne vont pas forcément comprendre qu’il reste urgent de restructurer leur passif. Ce sera le nouveau rôle des conseils. »

Même son de cloche de la part de ceux qui pratiquent cette activité au sein de boutique spécialisée comme chez Fairway, avec notamment David Franco, expert dans le financement d’opérations immobilières, ou encore Jeausserand Audouard, spécialisé en conseil des dirigeants, qui s’est positionné comme conseil des emprunteurs uniquement. Marie-Paule Noël du cabinet Jeausserand Audouard confirme d’ailleurs que dans ce nouveau contexte « notre rôle premier est bien sûr d’accompagner les dirigeants dans la sécurisation des aspects juridiques de leurs opérations de financement, mais il va bien au-delà. Nous devons également apporter un regard objectif et expérimenté sur des situations difficiles où l’affect peut parfois déformer la réalité ».

Une pratique d’autant plus indispensable qu’en Europe et aux USA, la crise a largement contracté le marché de la dette, désormais plus fermé pour de nouveaux financements. Dans cette perspective, l’activité en financement dans ces prochains mois devrait principalement porter sur des restructurations de dettes.

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