Le 100 % renouvelables, ce n’est pas pour demain

Le 100 % renouvelables, ce n’est pas pour demain

Le système électrique français pourra-t-il pas se reposer uniquement sur les énergies renouvelables d’ici 2050 ? Si un tel scénario est théoriquement possible, il s’avère incompatible avec la réalité du terrain, révèle en filigrane une récente étude conduite par RTE et l’AIE.

Dans une interview donnée à RTL le vendredi 12 février, Barbara Pompili faisait preuve d’un très grand optimisme quant à la possibilité d’un futur mix électrique 100 % renouvelable… « Nous avons publié la semaine dernière ou il y a deux semaines une étude qui a été faite par RTE – c’est le Réseau [de transport] d’électricité – [et] l’Agence internationale de l’énergie (AIE), donc des gens sérieux, qui disent que c’est possible à horizon 2050 de passer aux énergies renouvelables totalement », a en effet déclaré la ministre de la Transition écologique à l’antenne. « C’est un rapport qui fera date dans l’histoire énergétique française, et peut-être mondiale, a-t-elle ajouté dans un communiqué de presse. Le scénario 100 % renouvelables entre dans le champ des possibles ! ». Le rapport auquel Barbara Pompili fait référence est une étude commandée par son ministère à RTE et l’AIE sur la faisabilité d’un scénario dans lequel la France dépendrait en grande partie, voire à 100 % des énergies vertes pour la production d’électricité d’ici 2050. Cette étude, rendue publique le 27 janvier 2021, fait l’objet d’interprétations pour le moins contrastées. Ainsi, dans son communiqué, la ministre affirme qu’il « conclut à la faisabilité technologique d’un système électrique tendant vers 100 % d’électricité renouvelable », ajoutant que « le rapport n’identifie pas d’obstacle techniquement infranchissable ».

Techniquement possible ?

En se basant sur le même rapport, nombreux sont ceux qui, pourtant, affirme le contraire. Face à l’emphase de la ministre, qui qualifie cette publication de « moment copernicien pour le monde de l’énergie », plusieurs voix mettent, en effet, en évidence les multiples conditions à respecter et écueils à surmonter pour aller vers ce scénario sans remettre en cause la sécurité du réseau électrique. « Le communiqué de presse du ministère a transformé le “théoriquement possible” en “techniquement possible”, ironise Jean-Marc Jancovici, président du think tank The Shift Project, sur Linkedin. Si on résume la synthèse [du rapport], c’est une affirmation d’une phrase pour dire qu’”en théorie, c’est possible”, suivie de 16 pages de réserves de toute nature pour dire qu’en fait, il vaudrait mieux ne pas trop compter dessus ». L’expert en énergie souligne notamment le risque de « coupures automatiques » identifié par les auteurs de l’étude si les énergies vertes ne parviennent pas à remplacer la puissance installée du parc nucléaire français (responsable de 70 % de la production électrique). Il pointe aussi la faisabilité « non démontrée » d’un réglage sur une même fréquence des systèmes de production d’énergies intermittentes à grande échelle, ou encore la nécessité d’importer de l’électricité des pays « voisins quand il n’y a pas assez de production chez soi »…

Au-delà des obstacles techniques, quid des coûts et conséquences environnementales ?

Dans son communiqué, le ministère de la Transition écologique admet que le scénario 100 % renouvelables « repose sur des conditions structurantes, en particulier le développement à grande échelle de solutions de flexibilité (stockage, effacement…), le renforcement du réseau et l’augmentation du nombre de sites de production électrique ». Mais il omet de préciser que ces conditions sont cumulatives, c’est-à-dire qu’il faut toutes les remplir pour que le scénario envisagé ait une chance de se produire. Or, elles seraient loin d’être atteintes. « En 2050, il devra y avoir entre 40 et 60 GW de capacité pilote décarbonée supplémentaire pour gérer [la] variabilité [de la demande d’électricité], souligne Xavier Piechaczyk, président du directoire de RTE. Cela nécessite une feuille de route très volontariste au niveau européen pour que les décideurs et les industriels se mettent en marche. » Autrement dit, des financements publics sans précédent, alors même que l’Europe est heurtée de plein fouet par la crise économique. En vue de garantir la stabilité du système électrique et d’éviter les pannes intempestives, les solutions de production et de stockage restent à trouver pour que les moyens de production éolien et solaire fournissent suffisamment d’électricité à tout un pays en l’absence de vent ou de soleil. « Il y a des défis industriels importants à relever, reconnaît le président de RTE. Passer du prototype à une solution qui fonctionne en vrai, ce n’est pas rien. Et il faudra ensuite déployer ces solutions à grande échelle. » À l’heure actuelle, les énergies intermittentes semblent ainsi à des années-lumière de pouvoir rivaliser avec le nucléaire. En France, le facteur de charge (production effective par rapport à la puissance maximale) de la filière solaire n’était que de 14,34 % entre 2012 et 2020, contre 20 à 25 % pour l’éolien (2018) et 30 % pour l’hydraulique. En comparaison, les centrales électronucléaires affichent un facteur de charge compris entre 70 et 80 %…

Une transition à quel coût ?

Au-delà de la faisabilité technique, certaines voix alertent sur les conséquences que pourraient avoir une forte dépendance aux énergies renouvelables, qu’ils qualifient de dangereuse. « Le rapport n’examine pas la question de savoir si ces scénarios sont socialement souhaitables ou attrayants, ni celle de leur coût et de leur viabilité financière », admettent les auteurs. Jean-François Moreau, journaliste spécialisé dans l’énergie, souligne notamment l’absence de données sur le coût d’une transition vers le 100 % renouvelables, là où les dispositifs de soutien à la production d’électricité renouvelable représenteront déjà près de 10 milliards d’euros par an d’ici 2023, selon un rapport de la Cour des comptes de mars 2018. Le spécialiste met également en avant le risque d’augmentation de la facture pour le consommateur, qu’il évalue à 30 % alors que le « budget public est chaque jour de plus en plus contraint par la crise sanitaire ». Il dénonce, enfin, les risques encourus par la biodiversité, la biomasse, les forêts et les terres agricoles face à la nécessaire bétonisation et à l’artificialisation des sols pour installer des moyens de production renouvelables. « La question de l’accès la quantité de matériaux nécessaires aux filières des énergies renouvelables intermittentes, environ 10 fois plus que le nucléaire par kWh produit pour l’éolien, 15 fois plus pour le solaire PV, n’est pas abordée par les auteurs de ces études. Tout comme celle du coût considérable de la restructuration et du renforcement du réseau électrique nécessaire à leur développement, déplore Bertrand Durand. Elles sont rarement assorties d’études de la viabilité financière, et quand c’est le  cas, elles font le pari que les conditions économiques et financières seront les mêmes à échéance de 30 ans que maintenant. » Avant de conclure : « il est imprudent de jouer ainsi aux dés de la politique énergétique de la France ».

 

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