Disruption en vue dans le monde du travail post-Covid

Disruption en vue dans le monde du travail post-Covid

Causé par la crise sanitaire, l’essor du télétravail va avoir des conséquences économiques majeures sur le long terme. L’enjeu : les anticiper dès maintenant alors que les employés sont peu à peu renvoyés sur leur lieu de travail.

Avec le développement et la distribution de plus en plus généralisée d’un vaccin anti-Covid, le calendrier d’un retour à une « nouvelle normale » est plus lisible. Et il est important de déterminer à quoi ressemblera le travail post-Covid afin que des mesures d’adaptation adéquates soient mises en place.

Nouvellement acquise, cette capacité à travailler à distance va en effet reconfigurer la distribution du travail dans le temps et dans l’espace. Pour Nicholas Bloom, économiste à l’université de Stanford, « cette recrudescence du travail à domicile est en grande partie là pour durer, et je constate un déclin à plus long terme dans les centres-villes. » Selon lui, il y a de fortes chances qu’on assiste à une fuite de l’activité économique, et notamment des profils jeunes et éduqués, hors des grandes villes.

Une nouvelle géographie du travail

La conjoncture amène ainsi des bouleversements non seulement dans l’organisation du travail, mais aussi dans les processus de recrutement et la redistribution des richesses. On le sait : le télétravail concerne surtout les cadres et les professions intellectuelles supérieures. Auparavant définie par son lieu de vie (la ville), cette classe se caractérise désormais, et de plus en plus, par sa liberté à habiter et travailler où elle le souhaite.

Si le télétravail ne fait plus exception mais devient une norme, il va être potentiellement possible d’obtenir des emplois (à distance) avec des salaires très élevés hors de la ville. Des entreprises vont également et probablement ouvrir leur recrutement à des profils ne souhaitant pas habiter à proximité de leurs locaux.

Il faut ainsi s’attendre à ce que la demande d’espaces de bureaux diminue sensiblement dans les années futures. D’une part, parce que les employés travailleront davantage chez eux- il est en effet raisonnable de penser que le retour au bureau ne sera jamais total mais s’hybridera dans les mois futurs avec des formes de travail délocalisées- d’autre part, parce que la situation encouragera sans doute nombre d’entre eux à travailler depuis d’autres lieux, à l’écart de la ville ou de leur bureau officiel.

Le bureau en mutation

Les fournisseurs de bureaux, bailleurs et entreprises vont devoir s’adapter à cette nouvelle donne. Car, si un faible nombre de bureaux de quartiers d’affaires ou d’emplois traditionnels vont probablement être transformés en logements, salles de réunions, centre de distributions en tout genre, espaces publics (santé, culture…), le reste se livrera une concurrence féroce dans le partage du marché.

Face à l’augmentation d’une demande d’espace de travail hors du bureau, on peut également prédire un développement accru de zones de travail – coworking ou non – dans les zones péri-urbaines mais également au sein de lieux existants, comme des immeubles, des hôtels, des cafés, restaurants, des magasins…

Des multinationales comme Starbucks commencent en effet à reconvertir certains de leurs espaces en bureaux monétisés à l’heure ou à la journée. Porté par de nombreuses start-ups, le concept de coliving fait également de plus en plus d’émules en proposant de nouveaux espaces de colocation, entre communautés de vie et de travail.

Du télétravail au phygital

L’ensemble de ces initiatives posent les jalons des modes de travail du futur que doivent considérer ou qu’encouragent déjà les employeurs. Car l’enjeu, dans les mois à venir, est de parvenir à trouver la bonne formule de travail, à savoir déterminer les activités les mieux exécutées au bureau, celles qui peuvent s’effectuer à distance et les répartir au mieux.

La tâche n’est pas aisée. Chaque situation est unique et plusieurs paramètres entrent en compte. Il a en effet été prouvé que le travail à distance augmente la productivité tout en étant également vecteur de stress et d’isolement. Il pourrait également conduire à réduire la créativité et la cohésion des équipes, les rencontres fortuites jouant un rôle central dans l’innovation.

Le bureau comme produit de consommation

Les employeurs sont ainsi poussés à prendre des décisions curiales qui auront pour conséquence de métamorphoser l’architecture même du bureau. Selon Dror Poleg, journaliste au New York Times et co président de l’Urban Land Institute’s Technology and Innovation Council in New York, les espaces de travail vont devenir des « produits de consommation ». « Et comme tout produit de consommation, le bureau devra se battre en permanence pour ses clients et répondre à leurs besoins (…). Les bureaux auront besoin d’espaces pour des tâches spécifiques telles que le travail ciblé, le brainstorming d’équipe, les présentations clients et la formation des employés. »

De nouvelles plateformes, ou le développement de celles qui existent déjà (comme Zoom) sont également à prévoir. Les outils actuels de travail et de communication à distance n’en sont encore qu’à leurs balbutiements. Le format horizontal proposé par Zoom, par exemple, ne permet pas de voir le corps des interlocuteurs et empêche de prédire leurs réactions. Les décalages, temporels notamment, aboutissent à des quiproquos… L’innovation dans ce domaine est nécessaire et se présente comme un nouvel eldorado pour les entrepreneurs. L’avenir du travail est aussi entre leurs mains.

Laisser un commentaire

À la une

Eloge de la décroissance

Paru aux éditions Tana et signé Vincent Liegey, un ouvrage promeut la décroissance et démêle le vrai du faux autour de ...

À la une

Le “noci-score”, un outil pour mesurer les risques liés aux produits du tabac

Inspiré du nutriscore, le “noci-score”, imaginé par Jean-Philippe Delsol, le président de l’Institut de Recherches économiques et fiscales (IREF), est ...