Le Royaume-Uni à l’épreuve du Brexit

Le Royaume-Uni à l’épreuve du Brexit

Chute du commerce extérieur, reports à répétion, tensions avec l’UE… Le Royaume-Uni entre difficilement dans l’ère post-Brexit.

Selon les chiffres publiés jeudi dernier par l’Office national des statistiques britannique (ONS), le commerce extérieur du pays a nettement chuté en janvier. Mais en déduire que Royaume-Uni est dans la tourmente serait exagéré. La période de transition de sortie de l’Union Européenne clôturée, le pays entre plutôt dans le dur et fait face à des retombées qu’il n’avait pas vraiment anticipées.

Les importations de biens ont ainsi diminué de 21,6 % en janvier 2021. Et les exportations de biens, à l’exclusion de l’or non monétaire et d’autres métaux précieux, ont baissé de 19,3% ; cet affaissement étant à imputer à un plongeon de 40,7% des exportations vers l’UE. Selon l’ONS, ce serait « la plus forte chute en un mois depuis que ces chiffres ont commencé à être mesurés en janvier 1997 ».

Fragilisation des exportations

Cette chute du commerce extérieur s’explique en partie par la mise en place de stocks réalisés par les entreprises avant l’entrée en vigueur du Brexit au début de 2021. Mais les causes sont plus vastes. La sortie du marché unique européen bouleverse ainsi des années et des années de pratiques de libre échange bien rodées et sans obstacles entre le Royaume-Uni et les pays de l’UE.

Le Brexit a introduit en fait de nouvelles démarches administratives et de nouvelles taxes qui ralentissent les échanges. Côté importation et exportation, les entreprises font donc face à une augmentation des coûts, administratifs ou autres, liés à l’expédition de leurs marchandises. Cela ne facilite évidemment pas les affaires, d’autant plus que le rétablissement par les membres de l’Union européenne de postes de contrôles à leurs frontières affecte la fluidité et le volume des exportations britanniques. D’après une enquête de Make UK, près des trois quarts des entreprises britanniques ont ainsi été confrontées à des retards dans l’acheminement des marchandises vers et hors de l’Union européenne au cours des trois derniers mois.

Report dangereux de l’échéance

De janvier à juillet 2021, le Royaume-Uni aurait dû procéder progressivement à des contrôles aux frontières mais face à un cafouillage généralisé et des ralentissements multipliés, le gouvernement a récemment choisi de repousser la date limite des six mois, c’est à dire à janvier 2022. Prise début mars, la décision était également motivée par des retards en tout genre : près de 30 nouveaux postes de douane pour traiter les marchandises entrantes n’auraient, par exemple, pas été construits à temps.

Ce report de la date de mise en application des contrôles permet de soulager les transporteurs et les entreprises en leur accordant moins de paperasse à gérer pour le moment et plus de temps pour s’adapter. Il évite ainsi le risque de pénurie de produits frais dans les supermarchés britanniques ou de défaut d’approvisionnement des usines en pièces détachées.

Détérioration des relations entre Londres et Bruxelles

La mesure est donc un soulagement économique mais elle fragilise le gouvernement, suggérant que ce dernier a minimisé voire mal préparé les complications post-Brexit. Car il faut également noter que cette décision de reporter l’échéance à janvier 2022 fait suite à une autre manœuvre du gouvernement. Plus politiquement dommageable, elle consiste à retarder les contrôles douaniers sur les marchandises quittant la Grande-Bretagne (Angleterre, Pays de Galles et l’Écosse) pour être acheminés en Irlande du Nord.

Pour des raisons historiques, le commerce avec l’Irlande du Nord est régi par des accords spécifiques et distincts des autres pays de l’UE. Cette décision unilatérale de la Grande-Bretagne est donc très mal passée auprès de l’Irlande du Nord, qui y voit une violation du droit international.

Dans les prochains jours, l’exécutif européen va ainsi engager une double action en justice contre la Grande-Bretagne. La première vise la décision de report concernant les autres pays de l’UE. La seconde concerne la violation du « protocole nord-irlandais » par le report des contrôles de douane entre la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord.

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