La ruée vers l’or blanc, l’hydrogène, est lancée

La ruée vers l’or blanc, l’hydrogène, est lancée

Parce qu’il pourrait décarboner des secteurs extrêmement polluants, l’hydrogène vert est amené à jouer à rôle central dans la transition énergétique. Son développement mobilise aujourd’hui les pouvoirs publics et les acteurs de l’industrie.

L’hydrogène a le vent en poupe. Il y a quelques jours, la société d’ingénierie H2V annonçait investir 250 millions d’euros dans la reconversion de l’ancienne usine sidérurgique de Gandrange en site de production d’hydrogène vert. Engagée dans un plan de verdissement de ses activités, la SNCF communiquait de son côté le lancement d’un premier train à hydrogène en septembre prochain et cela, avant une mise en circulation commerciale généralisée prévue pour 2025.

Ces initiatives sont loin d’être isolées. Au niveau international, l’Union européenne s’est engagée à investir 430 milliards de dollars dans l’hydrogène vert d’ici 2030. Et aux Etats-Unis, le Département de l’Énergie prévoit d’injecter près de 100 millions de dollars dans la recherche et le développement de l’hydrogène et des piles à combustible. Le Chili, le Japon, l’Allemagne, l’Arabie saoudite et l’Australie investissent également dans cette énergie, présentée à maints égards comme révolutionnaire.

Depuis l’accord de Paris sur le climat en 2015 en effet, l’hydrogène vert, aussi nommé « hydrogène bas carbone », fait l’objet d’une mobilisation sans précédent de la part des puissances publiques, des investisseurs et des acteurs de l’industrie. Les gouvernements cherchent désespérément des moyens de réduire les émissions de secteurs hautement polluants comme le chauffage, la sidérurgie et le transport. Et avec son potentiel énergétique très élevé et son caractère inépuisable, l’hydrogène vert apparaît comme la solution miracle. Contrairement à l’électricité, il a également l’avantage de pouvoir être stocké en très grande quantité et converti en électricité.

Un cruel manque de compétitivité

Le problème, cependant, réside dans la quasi-inexistence d’une filière verte du secteur. Aujourd’hui, 96 % de l’hydrogène est dit « gris » ; ce qui signifie qu’il est issu d’énergies fossiles, surtout de gaz naturel, et produit par vaporeformage, une opération consistant à reformer du méthane en dissociant sa molécule en dihydrogène et en CO2. Ce processus est extrêmement polluant. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la production d’hydrogène gris est actuellement à l’origine d’émissions de gaz à effet de serre équivalentes à celles de l’Indonésie et du Royaume-Uni réunis, soit 830 millions de tonnes de dioxyde de carbone par an.

L’enjeu numéro 1 réside donc la production d’hydrogène vert à partir d’électricité solaire ou éolienne, et par électrolyse (une action séparant le gaz des molécules d’eau). Les difficultés sont cependant nombreuses et les progrès à réaliser sont immenses. La production d’hydrogène vert nécessite en effet d’importantes infrastructures. Mais surtout, elle coûte très cher. Selon la Commission européenne, un kilogramme d’hydrogène vert coûte environ 5 € contre 1,5 € seulement le kilogramme d’hydrogène gris.

Initiative mondiale regroupant des entreprises de premier plan du secteur de l’énergie, le Conseil de l’Hydrogène planche donc sérieusement sur la compétitivité de ce vecteur vert qualifié de révolutionnaire. Dans un rapport publié à ce sujet en janvier 2020, l’organisation soulignait que le coût de l’hydrogène vert pourrait baisser de 50% d’ici 10 ans si des investissements massifs sont réalisés dans la filière et concernent le déploiement massif d’infrastructures d’électrolyses, et particulièrement le développement d’unités de production à travers l’éolien en mer.

Une politique volontariste

Les grands groupes pétroliers et gaziers du monde sont en fait les premiers partisans de cette révolution par l’hydrogène. La société Shell va d’ailleurs installer en Allemagne le plus grand électrolyseur à hydrogène au monde. Côté transport, Airbus prévoit de mettre en service des avions à hydrogène d’ici 2035.

Représentant 7 à 9 % de émissions de gaz a effet de serre, la sidérurgie commence également à se mettre au diapason en expérimentant des méthodes plus vertes impliquant un sourçage en hydrogène. La production de minerai de fer préréduit, communément appelé (DRI – Direct Reduced Iron), implique de remplacer le coke par du gaz. Le processus est prometteur même si pour le moment, la fabrication d’acier à base de DRI nécessite du minerai avec une teneur en fer de 67%, ce qui est rare…

En réalité, pour booster le secteur de l’hydrogène vert, de nombreux experts estiment qu’il faudrait également réévaluer le coût de l’hydrogène gris par le biais de taxes intégrant le prix de son impact environnemental néfaste, et donc à travers des taxes carbones …

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