Les énergies renouvelables au défi de la rareté du foncier

Les énergies renouvelables au défi de la rareté du foncier

En France, le déploiement des énergies renouvelables progresse, mais demeure insuffisant faute de foncier disponible, d’après les différents acteurs du secteur. Plusieurs solutions émergent néanmoins pour poursuivre le développement d’installations éoliennes et solaires.

En 2020, les énergies renouvelables ont fait un bond historique pour atteindre 27,3 % du mix électrique français, selon le dernier baromètre Observ’ER publié en janvier. Cette hausse de plus de 4 points par rapport à 2019 (23 %) récompense la stratégie de développement ambitieuse de la France, qui a déployé l’an dernier un dispositif de relance massif de 40 milliards d’euros sur quatre ans : le Plan Climat commun 2020/2024. Mais cette progression record, fruit de la baisse de consommation liée aux périodes de confinement et d’un climat doux, cache en fait une très faible augmentation de la puissance électrique renouvelable raccordée au réseau en 2020 (environ 2 800 MW, contre 2 745 MW en 2019). Sur sa feuille de route énergétique, l’État projetait ainsi une puissance installée entre 33 et 34 GW pour l’éolien, contre seulement 31 GW actuellement. Pour le solaire photovoltaïque, le « décrochage » est encore plus grand avec 18 GW contre 35 à 44 GW prévus. « Le rythme n’est pas suffisant pour atteindre les objectifs, analyse Frédéric Tuillé, responsable des études chez Observ’ER. C’est un retard difficile à rattraper. » Et la crise sanitaire n’expliquerait pas à elle seule ces ralentissements, selon la FNCCR (Fédération nationale des collectivités concédantes et régies), qui regroupe les services publics de distribution d’électricité de gaz, d’électricité et d’eau. Dans les territoires d’outre-mer, l’Ademe (Agence de la transition écologique) estime ainsi que l’accès à l’autonomie énergétique ne sera pas possible avant 2035, soit au moins cinq années de plus que ne le prévoit la loi de transition énergétique pour la croissance verte dans les zones non-interconnectées (ZNI). « Un mix électrique 100 % EnR est possible pour l’ensemble des territoires d’outre-mer, mais cela semble néanmoins difficilement réalisable d’ici 2030 en raison du rythme élevé qu’il implique pour le déploiement des filières renouvelables », affirme une récente étude de l’agence.

La rareté des terrains retarde le développement des filières éolienne et solaire

En France, les filières éolienne et solaire sont les moteurs du développement des énergies renouvelables avec près de 90 % des nouveaux raccordements. En matière d’éolien, la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) prévoit le doublement de la puissance installée en France d’ici 2028. Mais en 2020, la progression n’a quasiment pas varié par rapport à 2019 en raison de la rareté des terrains disponibles. « Au-delà du ralentissement dû au confinement, le principal phénomène qui pèse sur le secteur est celui du foncier, souligne le rapport d’Observ’Er. L’accès aux terrains est de plus en plus ardu, une difficulté grandissante fortement liée à l’acceptabilité des sites par les citoyens. » Pour le solaire photovoltaïque, il faudrait quasiment multiplier par trois le rythme des nouvelles installations pour atteindre les objectifs nationaux, selon Frédéric Tuillé. Leader des énergies renouvelables en France et en Europe, EDF prévoit ainsi de raccorder 30 GW d’ici 2035. Mais l’énergéticien doit pour cela trouver 25 000 à 30 000 hectares disponibles, soit l’équivalent de 40 000 terrains de football. Dans les territoires d’outre-mer, la situation est d’autant plus complexe que l’espace limité comprend de nombreuses zones protégées. En Guyane, 91 % du territoire fait ainsi l’objet de multiples dispositifs de protection de l’environnement qui rendent impossible l’installation de moyens de production d’énergies renouvelables. Et sur les 9 % de terrains non classés, tous ne sont pas mobilisables, rappelle Joëlle Prévot-Madère, présidente de la CPME de Guyane dans le rapport sénatorial intitulé « Conflits d’usage en outre-mer : un foncier disponible rare et sous tension ».

L’Armée, le monde agricole et la biomasse liquide au chevet des énergies renouvelables

Pour concilier déploiement des énergies renouvelables et foncier restreint, des solutions commencent heureusement à émerger. Premier propriétaire de l’État avec près de 265 000 hectares de terrain, l’Armée française a déjà identifié 2 000 hectares qui seront mis à disposition d’ici l’an prochain pour augmenter le parc photovoltaïque national. « Une surface significative qui contribuera à atteindre les objectifs fixés par le gouvernement », apprécie Samy Engelstein, du Syndicat des énergies renouvelables (SER). Autre piste à l’étude : utiliser des terrains agricoles, qui occupent près de 30 millions d’hectares en France. En janvier, une charte de bonnes pratiques a été signée dans ce sens entre les chambres d’agriculture, la FNSEA et EDF Renouvelables afin de « mieux encadrer les projets photovoltaïques au sol sur terres agricoles ». « Il y a un engouement énorme et une certaine pression sur la possibilité d’investir les terrains agricoles », confie Céline Mehl, ingénieure à l’Ademe spécialisée dans l’agrivoltaïsme, qui vise à concilier agriculture et production d’électricité. En outre-mer, une troisième solution suscite beaucoup d’espoir pour l’essor des énergies vertes : la biomasse liquide. À la Réunion, en Guyane, en Martinique et en Guadeloupe, ce biocombustible produit à partir d’huiles comme celle de colza est déjà prévu pour être utilisé en remplacement du fioul lourd qui alimentait les centrales thermiques. « En l’état actuel des technologies, la conversion de nos centrales constitue le levier le plus efficace et le plus rapide pour aller vers un mix 100 % énergies renouvelables sur les territoires insulaires, tout en maintenant la même qualité d’approvisionnement en électricité, explique Frédéric Maillard, président d’EDF PEI, filiale dédiée à la production d’électricité dans les territoires insulaires. Le recours à d’autres solutions, comme le photovoltaïque ou l’éolien nécessiterait une surface au sol très conséquente. Or, sur ces territoires, le foncier est précieux, notamment pour des raisons de biodiversité. ». Les centrales à moteurs qui utilisent la biomasse liquide sont des centrales pilotables et flexibles qui peuvent s’ajuster en temps réel aux besoins du système électrique, permettant d’assurer la continuité d’alimentation des clients. Elles peuvent à ce titre pallier l’intermittence des centrales éoliennes et photovoltaïques. Grâce à la biomasse liquide, mais aussi aux autres sources d’énergies renouvelables comme l’hydraulique, l’éolien et le solaire, la Réunion prévoit de consommer 100 % d’électricité d’origine renouvelable dès la fin 2023. Une première qui, si elle tient ses promesses, devrait inspirer d’autres territoires dans les prochaines années…

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