Le juteux business des vaccins anti-Covid

Le juteux business des vaccins anti-Covid

Bien que des centaines de millions de vies reposent entre leurs mains, les vaccins anti-Covid n’échappent pas aux dynamiques du marché. Comment fonctionne leur économie ? Qui en profite ? Et en quoi vont-ils disrupter le marché pharmaceutique ? Confluences fait le point.

Représentant 3% du marché global pharmaceutique, l’économie des vaccins n’intéressait pas grand monde avant la pandémie mondiale de Covid-19. GlaxoSmithKline, Merck, Pfizer et Sanofi régnaient en maîtres sur l’industrie du vaccin et se partageaient tranquillement 90% du marché en 2019. La mise au point d’un vaccin coûtait alors près d’1 milliard d’euros en moyenne, et il fallait attendre environ 10 ans avant toute commercialisation.

Mais cela, c’était avant que l’épidémie de Covid-19 ne passe par là et ne précipite des investissements colossaux de la part des États. Plusieurs dizaines de milliards d’euros ont ainsi été injectés dans la course au vaccin et répartis à la fois dans la recherche pure et dans des pré-commandes de doses de vaccins.

Un nouveau marché : les vaccins

Ce volontarisme sans précédent a permis de développer un vaccin dans les délais les plus courts de l’histoire -1 an – et a complètement rebattu les cartes de l’industrie du vaccin. Les analystes prévoient en effet qu’en 2021 les ventes de vaccins de Moderna et Novavax dépasseront de trois fois celles des producteurs de vaccins qui dominaient le marché avant la pandémie, à savoir Merck, GSK et Sanofi.

Les cinq plus gros et nouveaux joueurs —Pfizer, Moderna, AstraZeneca, Novavax and Johnson & Johnson— devraient en effet générer pas moins de 38 millards de dollars de chiffre d’affaire. Compte tenu de la quantité de vaccins en cours de développement, la concurrence pourrait cependant s’intensifier. Or, si certains vaccins se révèlent plus efficaces et nécessitent des injections régulières, comme annuellement à l’instar de la grippe, les flux de revenus des laboratoires concernés ne risquent pas de s’arrêter.

La place de premier plan occupée par ces nouveaux producteurs de vaccins leur donne non seulement l’assurance de revenus dans les années à venir mais aussi un avantage de taille dans le développement de vaccins futurs. La recherche pharmaceutique anti-Covid a en effet donné naissance à de nouvelles technologies (l’ARN messager, vecteurs viraux…). Ces dernières ouvrent le champ des possibles dans la recherche et rendent les nouveaux vaccins potentiellement plus profitables qu’auparavant. Il est donc probable que dans les années à venir, ceux-ci pèsent davantage dans l’économie pharmaceutique mondiale.

Les stratégies de profit du vaccin

En attendant, les conditions d’urgence et la forte pression de la demande de la part des gouvernements augmentent les risques de prix abusifs des doses anti-Covid. Aujourd’hui, la formule Moderna se négocie autour de 31€, celle de Pfizer autour de 17€, celle Johnson & Johnson autour de 8€ et celle d’AstraZeneca autour de 3€. Pourquoi de telles différences de prix ? Pfizer et Moderna assument réaliser des bénéfices avec des marges commerciales estimées de 60% à 80 %, tandis que Johnson & Johnson et AstraZeneca affirment ne pas faire de profit à court-terme.

En fait, de nombreux laboratoires ne fixent pas leur prix en fonction du coût de recherche et de développement mais en fonction de la somme que les États sont prêts à débourser. Le manque de transparence sur les coûts de production rend cependant très difficile l’accès à la profitabilité du vaccin par les laboratoires. Une situation problématique quand on sait que ce sont des financements publics qui ont permis de faire avancer la recherche….

Les laboratoires privés ont vocation à faire des profits et n’ont pas renoncé à leur brevet afin de laisser à d’autres organismes le soin de produire davantage de vaccins. AstraZeneca compte par ailleurs réaliser des profits sur le long terme, en gonflant ses prix cette année, et module ses tarifs en fonction des pays. Et si Johnson & Johnson distribue des vaccins à prix coûtant, c’est notamment pour redorer son image ternie par des scandales. Le prix de vente est un outil de communication

Inégalités entre pays riches et pays pauvres

Dans le contexte sanitaire actuel, les dynamiques de marché apparaissent donc plus que douteuses. Les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire ne jouent pas à armes égales dans la course aux vaccins et se battent avec acharnement contre les accords passés entre les pays riches et les producteurs de vaccins. Lancé il y a un an, l’Accélérateur ACT, un programme pour aider les États pauvres, commence par ailleurs à manquer de financements pour continuer sa mission (environ 19 milliards de dollars). « La grande majorité de ces États ont à peine vacciné 1 % de leur population. Ce n’est pas suffisant pour avoir un impact sur l’épidémiologie », s’alarmait la directrice scientifique de l’OMS, Soumya Swaminathan, dans le journal Le Monde.

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