Gratuité des transports, une fausse bonne idée ?

Gratuité des transports, une fausse bonne idée ?

Des transports publics gratuits pourraient avoir un effet positif. Mais seulement sous certaines conditions.

Les élèves de la maternelle à la terminale à Los Angeles n’auront plus à se munir d’un ticket pour rentrer dans le métro cet été. D’ici la fin de l’année, il en sera de même pour les personnes à faible revenu. La ville californienne s’est en effet engagée cette année dans une politique de gratuité qu’elle envisage d’ailleurs d’étendre à tous en 2023. Le cas échéant, elle disposerait du plus grand réseau gratuit de transports en commun gratuit au monde. 

L’accès gracieux aux transports en commun n’est pas une idée nouvelle. Face à la crise climatique, de nombreux responsables politiques œuvrent au développement de municipalités et d’agglomérations vertes. En 2013, la ville estonienne de Tallinn devenait ainsi la première capitale de l’UE à rendre ses transports gratuits afin d’encourager ses habitants à abandonner leur voiture. Et aujourd’hui, une trentaine de municipalités françaises sont engagées dans cette voie. C’est la métropole de Dunkerque qui ouvrait le bal en septembre 2018, en offrant la gratuité sur ses 18 lignes de bus. 

La crise économique post-pandémie relance aujourd’hui les débats. Apparaissant comme un geste de solidarité, la mesure de gratuité vise également à protéger la pouvoir d’achat des populations fragilisées, ces dernières étant très dépendantes des transports en commun.

Un succès dans de nombreuses villes

Les politiques de gratuité se révèlent pour le moment salvatrices dans les villes dans lesquelles elles ont été implémentées. À Dunkerque, le nombre de passagers s’est de fait considérablement accru : il a doublé le week-end et a augmenté de 60% en semaine. Plus de la moitié des nouveaux usagers ont par ailleurs déclaré qu’ils utilisaient désormais le réseau de transports en commun à la place de leur voiture. Une réussite causant une baisse significative des émissions de gaz à effet de serre.

La mesure aurait également intensifié la fréquentation du centre-ville dunkerquois. « La vacance commerciale est passée de 11,5% à 8% dans le centre-ville historique » raconte le maire au Figaro, « Et tous les locaux vides du centre ont des projets de reprise ». 

Bien qu’aucune augmentation notable du chiffre d’affaires des commerces n’ait été constatée, le dispositif reste un succès trois ans après sa mise en place. Une façon d’inciter les grandes villes comme Paris à s’y mettre ? 

Le problème de la gratuité

La disparité des schémas et dynamiques urbaines appelle cependant à la nuance. Les expériences de gratuité ont pour le moment été bénéfiques sur des réseaux de petite échelle, notamment là où la vente de billets ne représente qu’un pourcentage faible des sociétés de transport. Les avis restent donc partagés. Les opposants relèvent la complexité de la mise en place d’une telle mesure dans une grande ville. De fait, la hausse de la fréquentation induirait de nouveaux coûts seraient à prévoir de pair, et la baisse drastique des revenus de billetterie aurait un impact négatif sur la viabilité du modèle économique. Dans une ville comme Londres, deux tiers du budget des transports proviennent en effet de la vente de tickets. 

Les partisans de la gratuité, quant à eux, avancent qu’elle permettrait d’aider les populations à faible revenu en plus de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Toujours est-il que le processus est engagé. De nombreuses municipalités optent pour un déploiement progressif de la mesure. Paris votait ainsi la gratuité des transports pour les moins de 18 ans l’année dernière. Et Strasbourg, neuvième ville de France, devrait faire de même à la rentrée.

Cependant, la réélection de Valérie Pécresse à la Présidence de la région Ile-de-France il y a quelques semaines, risque de mettre un coup d’arrêt au déploiement du dispositif. L’élue a clairement manifesté son opposition à une gratuité quelle juge « infinançable ».

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