L’Ouzbékistan se développe rapidement malgré la crise

L’Ouzbékistan se développe rapidement malgré la crise

En mai dernier, le ministre français du Commerce extérieur Franck Riester visitait ce pays d’Asie centrale, accompagné par une importante délégation du Medef. Agriculture, énergie, automobile, tourisme : les sociétés françaises ont fait le plein de contrats dans ce pays engagé dans une série de réformes économiques, en pleine croissance malgré la crise sanitaire mondiale.

C’est l’un des rares pays qui tire son épingle du jeu dans une mondialisation paralysée par la crise sanitaire mondiale : avec une solide croissance de 1,6% en 2020, l’Ouzbékistan a réussi à maintenir son économie à flot contre vents et marées. Et avec 5% de croissance du PIB annoncé pour 2021, le pays retrouve déjà ses indicateurs économiques positifs de 2019 et de 2018. Un dynamisme qui attire depuis plusieurs mois les investisseurs internationaux dans ce pays stratégique, aux portes de la Chine, à l’agriculture et au tissu industriel très prometteurs.

Comment expliquer l’exception ouzbèke ? Dès les premières semaines de la crise sanitaire mondiale, le gouvernement de Tachkent mettait sur pied une série de mesures destinées à protéger les entreprises et le pouvoir d’achat, essentiellement dans le domaine fiscal : exemptions et reports de certains impôts, prêts préférentiels… Dès mars et avril 2020, c’est près de 30 000 milliards de soums (2,8 milliards de dollars), soit 5,9% du PIB ouzbèke, qui ont été mobilisés par l’État pour alléger le poids de la crise sur son économie.

Un investissement massif, mais qui n’explique pas tout : l’Ouzbékistan n’est pas le seul pays à avoir très tôt pris des mesures pour protéger ses entreprises ; d’autres nations, parfois plus riches, ont adopté des mesures similaires et ne bénéficient pourtant pas du dynamisme actuel de l’économie Ouzbèke. Comment expliquer cette réussite ?

De nombreux atouts bonifiés par une vague de réformes

Réduire le poids de l’État, diversification de l’économie et lutte contre la corruption : depuis son entrée en fonction en 2016, le nouveau dirigeant Shavkat Mirziyoyev a engagé son pays dans une vague de réformes censées dynamiser la production et attirer les investisseurs internationaux.

Le pays ne manquait pas d’atouts : grand producteur agricole (second plus grand producteur d’abricots et de carottes au monde, troisième plus grand producteur de cerises…), proche des gigantesques marchés chinois, russes ou indiens, l’Ouzbékistan bénéficie aussi d’une tradition industrielle héritée du monde soviétique.

Mais pour faire de ce pays prometteur une des nations les plus attractives du globe, le gouvernement de Tachkent a multiplié les réformes de grande ampleur depuis plusieurs années.

Première priorité du gouvernement Mirziyoyev : réduire le poids que représentait jusque-là l’État dans l’économie. Alors que 55% du PIB est assuré par des entreprises d’État, Tachkent s’est assuré l’expertise de la Banque Mondiale et de nombreuses institutions financières (McKinsey & Company, Boston Consulting Group, Rothschild & Co…) pour engager une vaste campagne de libéralisation. Ainsi en 2021, plus de 80 entreprises, dans des secteurs aussi stratégiques que le tourisme, l’agroalimentaire ou le secteur minier ont été mis aux enchères. De quoi renflouer les caisses de l’État en période de crise tout en redynamisant ces entreprises, quelque peu endolories par des années dans le giron étatique.

Exemple très concret : dès 2021, les usines minières et métallurgiques de Navoi, Uzbekneftegaz, Uzbekhydroenergo et Uzavtosanoat pourront accéder au marché financier international et lever des fonds sans garantie de l’État. Un grand bain dans le secteur privé qui attire les investisseurs du monde entier.

Second objectif du gouvernement ouzbek : diversifier à tout prix une Économie encore trop centrée sur l’exportation de matières premières à faible valeur ajoutée. Car le potentiel est là : selon une étude de l’Université de Harvard, l’Ouzbékistan a le tissu industriel et le savoir-faire humain suffisant pour devenir extrêmement compétitif dans les secteurs de la pétrochimie, de la métallurgie, de l’ingénierie mécanique et électrique ou encore dans les produits pharmaceutiques. De quoi alléger sa balance commerciale, encore handicapée par une trop grande dépendance à l’importation de produits manufacturés.

Pour libérer ce potentiel, l’État a fait le pari de soutenir les entreprises ouzbèkes soucieuses d’exporter davantage afin de conquérir de nouvelles parts de marché à l’étranger avec des prix attractifs… et ainsi financer la modernisation de l’appareil productif national. Ainsi en 2020, 49,3 milliards de soums ont été alloués à 193 entreprises exportatrices pour couvrir une partie de leurs coûts de transport à l’exportation. Et jusqu’au 1er janvier 2024, des subventions sont prévues pour couvrir 50 % des coûts de transport pour les exportations de produits électriques et électroménagers.

Des mesures concrètes qui se sont avérées gagnantes : sur la période 2016-2019, l’industrie du pays a connu une croissance annuelle moyenne de 107,2 %, avec une croissance cumulée de 124,3 %. Dans le même temps, la part des produits de l’industrie dans le total des exportations a augmenté passant de 9,3% à 12,7%.

Une croissance à deux, voire trois chiffres, qui a permis à l’industrie ouzbèke de se numériser massivement. Une montée en gamme réalisée conjointement avec le secteur agricole, qui a réduit sa part dans l’économie nationale (passée de 33% du PIB en 2014 à 28% en 2020), mais qui s’est modernisé grâce notamment au système de « cluster » mis en place par les pouvoirs publics et destiné à regrouper les exploitations complémentaires entre elles. Autant de changements ont fait passer la valeur totale des exportations ouzbèkes de 12,1 milliards de dollars en 2016 à 17,4 milliards de dollars en 2019.

Enfin, l’Ouzbékistan ne s’est pas seulement évertué à être plus concurrentiel à l’export, il a aussi amélioré son attractivité : libéralisation du marché des changes, la simplification des visas, le passage à un barème d’impôt sur le revenu forfaitaire de 12 % , la réduction d’un certain nombre de coûts administratifs liés à la conduite des affaires… Autant de dispositifs pour attirer les investisseurs étrangers : rien qu’en 2017, 18 zones franches et 10 technoparcs ont été créés dans le pays, contribuant au dynamisme de plusieurs régions.

Lutte contre la corruption

Dernier grand chantier pour Tachkent: la lutte contre la corruption et l’économie souterraine, qui est encore estimée à plus de 40% du PIB national. Dès 2017 étaient adoptée une nouvelle loi et une feuille de route destinées à assainir l’économie et rassurer les acteurs internationaux. Une véritable pluie de mesures : en 4ans, près de 60 décrets et résolutions présidentiels ont été adoptés sur ce sujet. En 2020, une agence de lutte contre la corruption a été créée et une plateforme en ligne a même été mise sur pied pour dénoncer en quelques clics les cas de corruption. En deux ans, c’est près de 2000 instructions judiciaires qui ont été saisies par la justice ouzbèke pour des cas de corruption, un record.

Un assainissement de la vie économique, couplé à une démocratisation du pays qui rassure les investisseurs, séduit par ce nouvel environnement probusiness : dans tous les indices internationaux (Doing Business, l’indice de liberté économique, l’indice de compétitivité mondiale, l’indice de perception de la corruption…), l’Ouzbékistan progresse. Une attractivité nouvelle, qui explique la solidité de son économie et l’intérêt de la France pour ce pays aux portes des marchés russes, indiens et chinois.

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