Alexandre Azoulay (SGH Capital) : « Les FemTech peuvent pallier les inégalités de genre dans l’accès aux soins ».

Alexandre Azoulay (SGH Capital) : « Les FemTech peuvent pallier les inégalités de genre dans l’accès aux soins ».

Si les femmes multiplient les désavantages dans de nombreux domaines de la vie sociale et professionnelle, elles bénéficient toujours d’une espérance de vie supérieure à celle des hommes. Pourtant, même dans la santé, les femmes cumulent les obstacles. Pour pallier ces inégalités structurelles, un écosystème de startups spécialisées (les FemTech) se développe et aspire à répondre aux besoins spécifiques des femmes. Selon Alexandre Azoulay, fondateur de SGH Capital, « les FemTech peuvent contribuer à pallier les inégalités de genre dans l’accès aux soins ».

Des risques spécifiques aux femmes, souvent restés sans réponse

Les inégalités structurelles entre les femmes et les hommes sont aujourd’hui extrêmement bien documentées, grâce à l’apport d’une riche littérature scientifique. Il est ainsi aujourd’hui acté que les femmes gèrent 71 % des tâches ménagères et 65 % des tâches parentales ou qu’elles reçoivent un revenu salarial net 28,5 % inférieur à celui des hommes, selon les données de l’INSEE.

Une somme de connaissances qui permet de sensibiliser les décideurs aux inégalités de genre et, dans le meilleur des cas, d’orienter les politiques publiques en faveur d’une meilleure équité. Dans la recherche scientifique, en revanche, les connaissances sur les besoins spécifiques des femmes restent amoindries par une prise de conscience tardive de la communauté médicale. Mais aussi du fait d’une moindre représentation des femmes dans le domaine de la recherche scientifique et dans les cohortes engagées pour les essais cliniques. Loin d’être exempts de biais, des pans entiers de la recherche médicale contribuent ainsi à augmenter les pertes de chance des femmes dans certaines pathologies spécifiques.

La recherche scientifique n’a, pour le moment, pas encore adopté une approche différenciée entre les deux sexes. Une réalité qui se dessine notamment dans les essais cliniques, maillon essentiel de la création d’un consensus autour de la diffusion de normes thérapeutiques adaptées aux maladies. Ainsi, un éditorial publié dans la prestigieuse revue Nature indique « qu’un tiers des personnes participant aux essais cliniques sur les maladies cardiovasculaires sont des femmes ».

Conséquence, les femmes sont 50 % plus susceptibles que les hommes de recevoir un premier diagnostic erroné après une crise cardiaque, mais aussi moins à même de se voir prescrire des médicaments permettant d’éviter une rechute, selon une étude de la British Heart Foundation. Des inégalités qui se dessinent aussi dans le diabète de type 2, la maladie d’Alzheimer ou un ensemble de pathologies cardiaques qui affectent de manière différenciée les femmes et les hommes. « Les femmes ont besoin de recherches dédiées tout simplement parce qu’elles sont différentes des hommes », estime Marie Bogataj, directrice du AXA Research Fund, auteure d’une tribune sur le sujet publiée le 25 mars 2019.

La santé des femmes au travail pas exempte d’inégalités

Dans le monde du travail, la santé des femmes semble aussi de plus en plus délaissée. Selon Florence Chappert, référente « égalité, santé et conditions de travail des femmes et des hommes » à l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (ANACT), les accidents du travail ont augmenté de 30 % chez les femmes entre 2001 et 2016, alors qu’ils ont baissé de 29 % chez les hommes. Au niveau psychologique, « le taux de prévalence de la souffrance psychique liée au travail était 2 fois plus élevé chez les femmes que chez les hommes, quelle que soit l’année », avec une augmentation continue sur la période 2007 – 2012. Les femmes ont également un risque de connaître un trouble dépressif « 1,5 à 2 fois plus élevé », selon les conclusions d’une étude de la DREES, publiée en mars 2013. Plus susceptibles de subir un harcèlement professionnel et sexuel, mais aussi victimes d’une moindre reconnaissance au travail, les femmes sont ainsi beaucoup plus fragiles face aux risques psychosociaux. Là encore une approche différenciée est nécessaire. « Il serait, la plupart du temps, justifié que les programmes de prévention comportent un volet spécifique aux femmes. Il serait alors possible de discuter une adaptation des conditions et des horaires de travail » affirme, par exemple, William Dab, médecin épidémiologiste et Professeur titulaire de la chaire d’Hygiène et Sécurité du CNAM.

Pour répondre aux besoins des femmes, l’écosystème de la FemTech se structure

Une partie de la réponse pourrait bien advenir grâce à l’écosystème entrepreneurial des FemTech. « Ces technologies, produits et services contrebalancent avec un passé dans lequel on n’acceptait pas de femmes dans les essais cliniques, ce qui rendait souvent les médicaments et solutions inadaptés à cette cible », affirme Shiraz Mahfoudhi, VC chez SpeedInvest et coordinatrice du programme Inclusion & Diversité chez Sista, pour Maddyness. C’est dans ce secteur en pleine croissance, porté par le monde des start-ups, que commence à émerger un écosystème d’entreprises spécialisées.

Doctoconsult, startup spécialisée dans la télémédecine a été cofondée par la Docteure Fanny Jacq, médecin psychiatre spécialisée dans les problématiques liées à la maternité, est l’une des grandes réussites tricolores. Première plateforme de visio-consultation en psychiatrie en ligne, remboursée par la sécurité sociale, elle permet une alternative aux consultations en présentiel, tout en maintenant le suivi thérapeutique. Mais, là encore, les États-Unis devancent le vieux continent, encore empreint de rigidité entrepreneuriale. « Cela n’est pas propre aux FemTech. L’Amérique a une longueur d’avance dans la plupart des industries tech. En santé, leur système plus libéral permet aussi plus d’innovations dans leurs cliniques privées que dans nos établissements publics », rétorque Marine Wetzel, pour Maddyness.

Aux États-Unis, c’est Maven Clinic qui s’est positionnée très rapidement sur ce marché, devenant aujourd’hui le leader de la santé des femmes pour les femmes. Récemment, l’entreprise a levé 110 millions de dollars et connaît une valorisation de 1 milliard d’euros. Une accession au rang de licorne unique au monde pour une start-up de la FemTech. Une réussite aussi — un peu — française, car le fonds d’investissement SGH Capital y a investi dès 2016.

« L’écosystème des FemTech se structure aussi grâce à la montée en puissance des femmes dans le monde de la tech ». Elles restent les plus à même de fournir des produits adaptés aux besoins spécifiques des femmes », explique Alexandre Azoulay. Parfois, les startups se spécialisent sur une pathologie spécifique. Comme avec Lucine, créée par Maryne Cotty-Eslous et orientée sur l’endométriose, dont l’application utilise la reconnaissance vocale et posturale pour mesurer la douleur des femmes en étant victimes. Ou encore Olivia, une jeune pousse destinée à accompagner les femmes dans leur expérience de la ménopause. Une très belle mobilisation qui, cependant, ne reste qu’un palliatif. « Le développement des FemTech est évidemment positif. Mais il n’a pas vocation à remplacer de vraies politiques publiques de réduction des inégalités de genre, notamment dans l’accès à la santé des femmes », conclut Alexandre Azoulay.

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