Le Crédit Mutuel Arkéa à la croisée des chemins

Le Crédit Mutuel Arkéa à la croisée des chemins

Quatre mois après le départ de Jean-Pierre Denis, le nouveau président du Crédit Mutuel Arkéa, Julien Carmona, fait face à un dilemme de taille : renforcer un modèle mutualiste éprouvé ou marcher dans les pas de son prédécesseur.

Le mutualisme, encore et toujours…

Au vu des récents résultats affichés par la fédération la plus importante du groupe Crédit Mutuel, le Crédit Mutuel Alliance Fédérale (CMAF), il semblerait que le modèle mutualiste, contrairement à son homologue capitaliste, ne connaisse pas la crise : en plus d’être en avance sur son calendrier prévisionnel – la fédération tablait sur un retour à la normale en 2023 -, le CMAF fait mieux qu’avant. La fédération a en effet enregistré, au premier semestre 2021, un résultat net supérieur de 30 % à celui de 2019.

Constat similaire pour le Crédit Mutuel Arkéa (CMA), deuxième plus importante fédération du groupe, qui s’enorgueillissait de très bons résultats sur la même période. Mais si les chiffres de la filiale bretonne du Crédit Mutuel sont rassurants, cette dernière est toujours en proie à d’importantes tensions internes. En cause, les décisions prises par son ancienne direction. 

Un passif encombrant

Celle-ci avait en effet cédé aux sirènes du libéralisme au début des années 2010, affichant depuis lors sa volonté de faire du CMA, “l’Amazon de la banque”, notamment à travers l’acquisition de FinTech, et en cherchant à obtenir son indépendance du Crédit Mutuel. Une décennie plus tard, force est de constater que l’une et l’autre de ces stratégies ont non seulement échoué, mais les choix inhérents à celles-ci encombrent la nouvelle direction. 

Qui cherche à tout prix à s’en défaire : à peine Jean-Pierre Denis parti, celle-ci mandatait en effet la Deutsche Bank afin de trouver un acquéreur à la cagnotte en ligne Leetchi, rachetée en 2015 par la banque – et qui accuse 4 millions de pertes pour 2020 en sus de sa dette -, et Mangopay, sa filiale de paiement. Côté indépendance, les débuts de Julien Carmona resteront marqués par le revers juridique infligé par le Conseil d’Etat à Arkéa en juillet dernier, concernant l’un des nombreux recours intentés par son prédécesseur. 

Le changement, c’est maintenant ?

En cette rentrée 2021, Julien Carmona fait donc face à un choix cornélien : renforcer le modèle mutualiste du Crédit Mutuel Arkea, qui a fait ses preuves durant la plus grave crise de la décennie, ou alors marcher dans les pas de Jean-Pierre Denis.

Pour l’instant, le nouveau président d’Arkéa souffle le chaud et le froid puisque, tout en louant le modèle mutualiste qu’il considère “plus moderne et efficace que celui de la banque capitaliste”, celui-ci a affirmé vouloir poursuivre “sans hésitation” le projet d’indépendance porté par son prédécesseur. Une position contradictoire qui devrait vite devenir intenable, notamment devant les autorités bancaires françaises et européennes, qui gardent un œil attentif sur le CMA.

Crédit photo : Jérémy Kergourlay

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