Eloge de la décroissance

Eloge de la décroissance

Paru aux éditions Tana et signé Vincent Liegey, un ouvrage promeut la décroissance et démêle le vrai du faux autour de ce concept souvent mal compris.

Ingénieur, chercheur et conférencier, Vincent Liegey est l’un des représentants de la décroissance, un mouvement dont il retrace l’avènement dans un ouvrage de vulgarisation paru aux éditions Tana.

L’auteur présente le concept comme un état d’esprit et un cadre ouvert dont tout un chacun doit s’emparer. Toute sa pensée découle du constat suivant : la croissance n’est plus une référence et ni un indicateur de performance efficace pour mesurer l’évolution des sociétés. Elle peine non seulement à prendre en compte des aspects qualitatifs (comme le bien-être) mais aussi (et surtout) à faire face à la crise environnementale. Les ressources de la planète étant limitées, produire plus et consommer plus chaque année – l’une des conditions premières de la croissance – n’est plus une perspective envisageable. Et cela, explique l’auteur, d’autant plus que les économies occidentales semblent avoir atteint leur pleine capacité.

Une première partie de l’ouvrage dresse ainsi le tableau noir de plusieurs décennies de politiques publiques consacrées à l’accomplissement de la croissance sous toutes ses formes, Vincent Liegey montrant du même coup les limites souvent invisibilisées de la croissance verte.

Une croissance insoutenable

Etendard du capitalisme vert, la croissance verte est en fait assimilée à une illusion et une utopie. Ses formes actuelles, certes dirigées vers une réduction des émissions, manquent complètement leur cible. Vincent Liegey s’attaque ainsi aux mythes de la voiture électrique, du recyclage, de l’hydrogène… Les énergies vertes sont une impasse à ses yeux car elles ne peuvent complètement soutenir l’économie actuelle, encore trop énergivore. La hausse des prix de l’énergie à l’approche de cet hiver en est d’ailleurs la preuve.

C’est dans cette perspective que l’auteur prône une forme de décroissance maîtrisée, qu’il nomme aussi sobriété heureuse, abondance frugale ou prospérité sans croissance. Entre revenu de base, permaculture et low tech, Vincent Liegey liste un certain nombre de solutions alternatives et explore de nombreuses pistes prometteuses pour atteindre ce projet de société plus écologique et plus juste socialement.

L’auteur anticipe par ailleurs les critiques affirmant que la décroissance ne peut fonctionner que si de nombreux pays s’y mettent. « Chaque territoire recherche l’autonomie et l’abondance frugale », écrit Liegey, « Si la France remet à la décroissance, il y a de grandes chances que beaucoup d’autres régions lui emboîtent le pas. En effet, les débats sur la décroissance sont présents en France, mais également partout dans le monde, sous des formes diverses et variées en fonction des cultures et des contextes historiques, politiques et sociaux ».

Et les plus précaires ?

La vertu de cet ouvrage réside ainsi dans son approche positive. A sa lecture, on comprend que décroissance ne rime pas avec régression même si le terme peut prêter à confusion. La décroissance apparait ainsi non pas comme un cadre figé, mais comme l’occasion de repenser le lien social et d’évoluer vers plus de solidarité. « La décroissance, ça n’est pas demander aux pauvres de se serrer encore plus la ceinture » explique l’auteur, « plus on est riche, plus consomme, plus on devrait remettre en cause son mode de vie ». « Une société décroissante doit être inclusive pour les plus précaires. »

L’ouvrage, rédigé après la crise sanitaire, fait de la pandémie un autre symptôme du malaise économique actuel et une opportunité de repenser notre modèle – et en premier lieu nos besoins fondamentaux. C’est à partir d’eux que peut se dessiner un nouveau cadre économique solidaire. « La décroissance invite à un débat de fond sur le sens que l’on souhaite donner à notre vie, alors que nous sommes à un tournant civilisationnel des plus inquiétants », conclut Liegey.

Décroissance, Vincent Liegey, Tana éditions,110 pages, 13,90€.

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