Elizabeth Holmes, l’arnaque qui a changé notre regard sur la Silicon Valley

Elizabeth Holmes, l’arnaque qui a changé notre regard sur la Silicon Valley

Fondatrice de la start-up Theranos spécialisée dans les tests sanguins, Elizabeth Holmes était censée révolutionner le secteur de la santé. Elle est aujourd’hui jugée pour fraude. 

En couverture du T Magazine, de Fortune, de Glamour ou encore de Forbes, Elizabeth Holmes était autour en 2015 la nouvelle icône de la Silicon Valley. Ayant quitté l’université de Stanford pour fonder son entreprise, cette autodidacte s’était lancée en 2003 dans la création d’une start-up spécialisée dans les tests sanguins. Elle avait alors 19 ans. Et dix ans plus tard, à force de travail acharné, elle proclamait avoir trouvé une technologie simplifiant à l’extrême les tests sanguins. Grâce à sa société, il serait bientôt possible d’avoir en quelques heures des centaines de résultats à partir d’une seule goutte de sang. Une révolution. A l’époque, on pensait qu’elle allait devenir le prochain Steve Jobs. Et d’ailleurs, pour polir son image, elle adoptait comme lui des cols roulés noirs et cultivait des airs de gourou.

Une couverture médiatique démesurée

En 2015, la jeune femme de 31 ans jouissait alors d’une couverture médiatique extrêmement positive qui lui permettait d’attirer les investisseurs sans trop de difficultés. Elle utilisait en fait les articles élogieux rédigés à son égard, comme ceux de Fortune, pour construire sa crédibilité auprès des investisseurs et gagner leur confiance. Au total, près de 945 millions de dollars ont été investis dans sa société.

Les journalistes issus de publications réputés se fiaient à l’image publique positive de la business woman, ne cherchaient pas trop plus loin et déformaient ainsi la vérité. Un jeu très dangereux qui a largement changé l’approche médiatique de la tech. Depuis, les médias sont clairement moins dupes et se méfient davantage du secteur. Surtout, ils ont développé une expertise. « Les journalistes ont creusé le rôle de Facebook dans l’élection présidentielle de 2016, ainsi que les scandales chez Uber et une série d’accusations #MeToo et de soulèvements syndicaux dans les entreprises technologiques », expliquent Erin Griffith et Erin Woo dans le New York Times. « Ce changement s’est produit en même temps que la prise de conscience que l’industrie technologique n’était plus le domaine de niche des geeks idéalistes en informatique. Elle était devenue la force dominante de l’économie mondiale et devait être davantage tenue pour responsable. »

L’illusion Elizabeth Holmes

C’est paradoxalement et en partie cette couverture médiatique démesurée qui provoqua la chute d’Elizabeth Holmes. En 2015, le Wall Street Journal mène l’enquête et aboutit à la conclusion suivante : la start-up ne possède pas la technologie sur laquelle elle le prétend travailler. La business women nie en bloc. Ce qui n’empêche pas Theranos de s’effondrer peu de temps après.

Aujourd’hui, le sort de cette entrepreneuse, l’une des plus célèbres de sa génération, est en jeu. Risquant 20 ans de prison, elle est jugée pour avoir trompé les investisseurs et a choisi de plaider non-coupable. Son procès a été retardé à plusieurs reprises à cause de procédures et de la pandémie.

Elizabeth Holmes, symbole de l’orgueil démesuré de la tech

Présentant la jeune femme comme « un symbole de l’orgueil démesuré de l’industrie de tech et de la culture de l’arnaque de la dernière décennie », le New York Times raconte que « les procureurs ont cherché à dépeindre Mme Holmes comme une menteuse qui a fait de Theranos une start-up de 9 milliards de dollars tout en sachant depuis le début que ses tests sanguins ne fonctionnaient pas ». La jeune femme nie en bloc et prétend toujours avoir fondé « une technologie capable d’effectuer n’importe quel test sanguin ». De la simple mauvaise foi ?

Des preuves solides révèlent que la business women présentait aux médias et aux partenaires potentiels des rapports de validation falsifiés. Ces derniers montraient que des laboratoires pharmaceutiques – dont Pfizer et Schering-Plough – avaient approuvé la technologie Theranos. Des représentants de ces sociétés ont cependant été amenés à témoigner : ils ont affirmé n’avoir jamais approuvé le test sanguin de la start-up. Affaire à suivre.

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