Le Nutri-score menace-t-il le patrimoine gastronomique européen ?

Le Nutri-score menace-t-il le patrimoine gastronomique européen ?

Ironie du sort pour l’étiquetage préféré des Français : le Nutri-score se voit remis en question dans deux berceaux européens de la gastronomie, deux pays réputés pour leur cuisine variée et équilibrée. Après l’Italie, c’est au tour de la France de s’attaquer à ce « totem », mis en place par le gouvernement français en 2016. Le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie demande à revoir sa méthodologie officielle au nom du respect des produits français. Une harmonisation à l’échelle européenne devrait voir le jour, à condition qu’elle respecte les recettes traditionnelles des pays de l’UE.

Nutri-score : la fin du consensus ?

53% des Français se disent influencés dans leurs achats par le Nutri-score. Une application mobile qui sert d’étiquetage alimentaire et qui attribue des notes par le biais de lettres (A,B,C,D,E) et de couleurs (du vert au rouge) en fonction de la supposée qualité nutritionnelle de l’aliment scanné par le consommateur. Cependant, le Nutri-score attribue de mauvaises notes à des recettes françaises traditionnelles, voire ancestrales, au premier rang desquelles les fromages. Un problème qui est devenu politique, tant les producteurs de fromage ressentent une injustice devant ce qu’ils qualifient d’ « approche punitive » de la part des autorités. « Des chips, le Coca light, des nuggets sont mieux traités que nous », dénonçait récemment Sébastien Vignette, secrétaire général de la Confédération générale de Roquefort, sur le plateau de la chaine LCI.

Jeudi 21 octobre, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie a reconnu, lors du congrès de l’Association nationale des élus de la montagne au Grand-Bornand en Haute-Savoie les limites du Nutri-score, ce dernier menaçant directement les produits de montagne et les fromages AOP (Appellation d’Origine Protégée). Les producteurs de Roquefort – fromage classé entre D et E par le Nutri-Score – se mobilisent depuis près d’un an pour faire valoir le respect du patrimoine gastronomique français. « Les femmes et les hommes qui produisent le roquefort estiment que l’étiquetage Nutriscore n’est pas adapté à leur AOP, peut-on lire sur le compte Twitter de Roquefort AOP. Ils demandent l’exemption du Nutri-Score pour le Roquefort et les fromages sous signes officiels de qualité ». Même son de cloche du côté des producteurs de lait: «Les fromages obtiennent quasi-systématiquement une évaluation négative (D voire E), en dépit du rôle important qu’ils jouent dans la couverture des besoins nutritionnels des Français» argue la filière dans un courrier adressé au ministre de l’Agriculture.

Gronde européenne

Une gronde qui n’est pas sans rappeler l’opposition massive des producteurs italiens, pénalisés eux aussi par le Nutri-score sur un certain nombre de produits typiques du régime méditerranéen, régime pourtant réputé pour allonger l’espérance de vie et préserver notamment des maladies cardiovasculaires et des risques de cancer. C’est au niveau européen que la fronde a été portée par l’ancienne ministre italienne de l’Agriculture Teresa Bellanova auprès de ses homologues. Un document a même été présenté par l’Italie et également six autres États signataires (République tchèque, Chypre, Grèce, Lettonie, Roumanie et Hongrie), pointant du doigt la classification jugée trompeuse de l’huile d’olive, consommée pour chaque plat en très faibles quantités.

L’Union européenne souhaite en effet harmoniser les étiquetages nutritionnelles. L’Autorité européenne de sécurité des aliments a lancé une consultation publique le 15 novembre dernier sur le sujet et devrait par ailleurs présenter un avis scientifique en mars 2022. La Commission européenne veut en effet soumettre d’ici fin 2022 une proposition d’étiquetage nutritionnel harmonisé obligatoire sur les emballages alimentaires. Il y a quelques jours, c’est en haut lieu que ce sujet a été abordé, en marge de la signature du traité du Quirinale le 26 novembre dernier, par le premier ministre italien Mario Draghi et le président français Emmanuel Macron. Quant au ministre de l’agriculture français, il a récemment déclaré lors d’une audition à la commission des affaires économiques du Parlement français que « l’État français ne rendra le Nutri-score obligatoire que lorsque l’UE le fera ».

C’est donc bien au niveau européen que le problème doit être posé, afin qu’un autre système de notation harmonisé – nécessaire car répondant à une très forte demande des consommateurs mais conforme aux habitudes alimentaires des Européens – voit enfin le jour.

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